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Dominique Fofa – « Le décollage économique de Toliara doit se faire maintenant»

Enseignant chercheur, consultant, ancien directeur de cabinet du ministère des Travaux publics, originaire de la région Atsimo Andrefana, Dominique Fofa apporte ses points de vue sur le pourquoi de la dégradation économique et sociale de sa région d’origine. Celle-ci est si profonde qu’il faut qu’une bonne politique soit mise en œuvre maintenant.

L’Express de Madagascar: Pourquoi dites-vous que la dégradation économique et sociale de Toliara et de la région Atsimo Andrefana est profonde ?

Dominique Fofa: La plaie est profonde. D’abord c’est la région où il y a le plus de districts dans le pays. Neuf alors que d’autres n’en comportent que trois. C’est déjà un handicap en ce qui concerne la décentralisation et la politique de développement. Mais cette situation peut être changée en avantages, mais cela demandera du temps. Le déclin économique a commencé avec le socialisme. Un socialisme mal maîtrisé. À mon constat, la dégradation concerne surtout les infrastructures, les moyens de production et l’environnement.

Pourquoi ?

Je reviens un peu sur le contexte économique de la première République, où le pois du Cap a coûté 10 ariary le kilo. Samangoky, la société de développement mise en place par l’État a aménagé le périmètre de Mangoky. Ceci a permis de faire vivre la province de Toliara. Il y eut deux ports pour exporter le pois du Cap. Des aménagements rizicoles ont aussi été faits au Bas Fiherenana, au Taheza à Bezaha. L’arachide de Sakaraha, Ankazoabo et Beroroha a permis l’implantation de sociétés d’huilerie. Nous étions à la troisième place en Afrique en termes de production et nous exportions. Toliara exportait également de la viande. La société La Rochefortaise a amélioré le secteur de l’élevage et de l’exportation d’aliments. La pêche permettait de faire vivre des milliers de ménages sans techniques particulières. La province de Toliara a connu l’autosuffisance alimentaire. Mais le socialisme a apporté ses nouveautés et les industries ont eu leurs propres raisonnements avec les investissements à outrance. La production et la transformation du coton par Hasyma ont permis aux sociétés comme Toly et Sumatex de se développer.

Tout allait bien alors avec le socialisme puisque des sociétés ont prospéré.

Tout allait pour le mieux mais un phénomène est apparu. Puisque le coton et le pois du Cap étaient à la mode, tous les terrains agricoles et aménageables se sont transformés en terres de culture de coton et de pois du Cap au détriment du maïs et de l’arachide. Au final, l’offre a largement dépassé la demande et c’était le début du déclin. Les Sotema, Sumatex, Cotona ont disparu peu à peu. Le prix du pois du Cap n’est plus maîtrisé et la qualité et la quantité avec. Il n’y eut plus d’aménagement agricole. Il n’y a plus de ports. Les populations se sont tournées vers l’exploitation des forêts, les mines, le tourisme et les industries hôtelières. Des activités qui ne rapportent plus les valeurs ajoutées attendues. Il y a des rentabilités financières pour certains secteurs mais il n’y a pas de rentabilité économique. Le Tourisme devient un secteur vulnérable. La filière Mines tels que l’or n’est pas bien gérée et ne profite qu’à une frange de personnes. Le cahier des charges sur l’exploitation de l’ilménite de Ranobe est opaque, inconnu de tous.

Comment retrouver alors cette prospérité d’antan ?

La reprise économique nécessite la recherche d’un point clé de développement. Il faut une décision ferme sur ce qu’on veut réellement concernant l’économie de Toliara et la région Atsimo Andrefana. Cette décision doit être prise maintenant sinon ce serait trop tard.

Pourquoi trop tard ?

Parce qu’il y a le phénomène de changement climatique. Et la précarité de la vie des populations est à un stade avancé. Des secteurs sont prioritaires par rapport à d’autres. C’est la raison pour laquelle il faut un point clé. Parce qu’il est théoriquement et pratiquement impossible de faire tout décoller en même temps. La politique de saupoudrage ne marche pas.

Quel est ce point clé ?

C’est un secteur qui fait des effets d’entrainement sur d’autres secteurs. C’est aux politiques de le déterminer. La riziculture à travers Bas Mangoky et le périmètre de Bezaha est une option avec des aménagements en bonne et due forme car la prise de Bevoay fait actuellement polémique, couplée avec le phénomène d’ensablement. Il ne faut pas oublier que la population a besoin de se nourrir d’abord avant de penser à se tourner vers d’autres activités. La réhabilitation des routes nationales et d’intérêt provincial est aussi primordiale. Il n’est pas possible de décoller une économie avec l’état catastrophique des routes. Quatre routes nationales traversent la région, la RN 7, 9, 10, 55 et 15. La culture du coton et du pois cap peut être remise sur table à condition que les chaînes de valeur, les divers risques, la rentabilité, les marchés de l’exportation, l’environnement et les phénomènes climatiques soient pris en compte.

Que suggérez-vous pour sortir le grand sud de la pauvreté ?

Une bonne politique. Pour la région Androy par exemple, il faut chercher tous les moyens pour que cette région dispose de nourriture, et ce, toute l’année. Je propose la mise en place de centres de formation agricole en agriculture et en pêche. L’État doit protéger sa population coûte que coûte. Les chamailles politiques ne mènent nulle part alors que les populations sont déjà acculées, tellement acculées. Leur précarité est déjà trop profonde.

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  • D’après la soutenance d’un étudiant ( thèse de doctorat), depuis notre indépendance, ce sont les hommes politiques de la région Sud-Ouest et proches du Pouvoir qui ont fait péricliter les industries naissantes : Cas de Jamoka, Toly et SNHU.La mauvaise gestion n’ a pas été prouvée durant ces études. Souvent aussi, certaines décisions des fonctionnaires du Ministère de tutelle étaient à l’origine du désastre. Ex : Une notre de service interdisait la société SODEMO ( Morondava) de faire des bénéfices, soi-disant que cette société est d’utilité publique et les devis de maintenance du canal de Dabara ont été minorés, donc cette société accumulait des pertes. Et c’était la fermeture.
    Pour le cas de Toly, on a obligé cette société de livrer de matériels agricoles à une autre société d’Etat qui n’a jamais payé leurs factures.Le ministère de tutelle de l’époque menaçait de licenciement, les cadres commerciaux en cas de refus de livraison. Aucun acompte n’a été versé et on était obligé de fermer alors que cette société cumulait des bons de commande pour les 5 ans à venir. Ce sont des exemples typiques de ces sociétés d’Etat où les cadres étaient obligés d’obéir. Ce problème revient sous une autre forme, et c’est la galère pour les jeunes, victimes du comportement de cette minorité de politiciens qui sème beaucoup de dégâts pour sa région et la Nation toute entière. Ces politiciens se prennent pour des experts, plus compétents que ceux qui ont façonné ces sociétés.Le cas de Base Toliara n’est que le reflet du Passé qui revient…..