Notes du passé

Madagascar payera les dépenses du protectorat français

Dans son premier article du 31 mars 1895, un chroniqueur anonyme du Madagascar News indique que la seule armée malgache peut provoquer la déroute du corps expéditionnaire français et qu’il ne sera pas nécessaire de recourir à une extrémité, telle brûler Antananarivo (lire précédente Note). Dans son article du 6 avril, il se pose une question, celle de savoir ce qui coûtera le plus cher: brûler Tananarive ou l’abandonner aux Français.

Il débute son second texte par une affirmation: ce serait une pure folie d’engager une bataille en règle avec les Français. Aussi, affirme-t-il, il faut laisser au climat de faire son œuvre, mais pour ce faire, « il est indispensable que les Malgaches détruisent Tananarive, ses faubourgs et tous les villages environnants ». Certes, c’est un acte très grave, mais une grande ville occupée par une armée ennemie n’appartient plus à ses maîtres naturels et elle sert de base pour la levée d’impôts.

L’auteur s’efforce d’en convaincre les Tananariviens, en présumant de ce qu’ils auront à subir des Français dans le cas contraire. Ainsi, les grandes et belles maisons seraient les plus lourdement taxées. De surcroît, elles seraient réquisitionnées pour le logement des officiers, et les propriétaires en seront chassés comme des laquais ou relégués dans les combles. « Mieux vaut la destruction de ces demeures familiales que de les voir souillées par des orgies et des scènes honteuses ».

De plus, outre l’affront fait aux sentiments patriotiques des Malgaches, il faut aussi s’attendre à « des massacres et des viols, prélude de l’occupation française ».

Ils auront également à nourrir les conquérants, la riche province de l’Imerina sera mise à contribution pour pourvoir de vivres le corps expéditionnaire. En outre, de nombreux convois de porteurs seront réquisitionnés pour envoyer les provisions aux stations militaires établies entre la capitale et la mer.

Le chroniqueur se lance alors dans des hypothèses. « Si l’armée française arrive dans l’Imerina vers le 1er octobre, elle devra, à cause de la saison des pluies, y séjourner au moins jusqu’au 31 mai suivant, et pendant ces 243 jours, la ville de Tananarive aura pour les seules rations de viande, de riz et de bois à brûler, à payer une somme totale d’au moins 15 millions de francs qui seront forcément prélevés sur les propriétaires. » De leur côté, ouvriers et laboureurs seront corvéables à merci, sans aucun espoir d’une rémunération quelconque.

En résumé, les approvisionnements à apporter de la côte à Antananarivo, le transport en filanjana des nombreux officiers à travers le pays, occuperont la grande masse de la population et « les Merina se retrouveront sans vivres et sans argent ».

Et d’insister sur une déclaration de M. Chautemps, rapporteur de la Commission de Madagascar à la Chambre des députés, le 23 novembre 1894: « Il est important de ne pas prendre de demi-mesures, il faut aller à Tananarive. Une fois l’effort décisif accompli, Madagascar payera les dépenses du protectorat français. »

D’ailleurs, le gouvernement français « n’a jamais caché sa volonté formelle » de faire supporter à la Grande île, non seulement les frais de protectorat, mais aussi les dépenses de l’expédition. Ainsi, une fois la conquête réussie, « les Malgaches auront à procéder à un emprunt de 125 millions de francs, dont les charges et intérêts ne seraient inférieurs à 7,5%, soit une annuité à payer de près de 22 millions ». Il faudra ajouter à cette première somme, les traitements des innombrables Français et l’entretien de l’armée d’occupation, etc.

En conclusion de cet article du 6 avril 1895, l’auteur propose: « Il faut que les Malgaches risquent le tout pour le tout; il faut qu’ils brûlent leurs maisons et leurs églises plutôt que de laisser ces maisons devenir le tombeau de leur Nation et de voir les églises transformées en écuries pour mules. Il faut que les Malgaches acceptent toutes les privations et obéissent aveuglément à leur jeune reine si héroïque et à leur Premier ministre si courageux. Qu’ils mettent leur confiance dans Dieu et le Tout-Puissant réduira à néant l’œuvre malfaisante des Français et leur rendra la paix et la prospérité. »

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