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Histoire – Le jour qui changea la face du monde

Le 9 novembre aurait bien pu être la Fête Nationale de l’Allemagne réunifiée, et cela n’aurait été que justice rendue à l’Histoire. C’est le 9 novembre 1989, il y a de cela trente ans en effet, mois pour mois, que tombait ce qui à l’Ouest était appelé « le Mur de la Honte » qui divisait Berlin en deux, et à l’Est « le Mur de protection antifasciste », protégeant la République démocratique allemande contre l’émigration, le noyautage, l’espionnage, le sabotage, la contrebande et l’agression en provenance de l’Ouest. Excusez du peu… Ce jour-là, non seulement s’amorçait l’irrémédiable fin d’une partition contre nature imposée par les vainqueurs de la Deuxième Guerre Mondiale, mais sonnait également le glas pour la Guerre froide que se livraient l’Est et l’Ouest, de part et d’autre du Rideau de Fer.

En Afrique, la démocratie devenait une conditionnalité de l’aide au développement. Seulement, d’autres évènements à oublier de l’Histoire allemande tombaient eux aussi un 9 novembre. C’est le cas du putsch de Munich qui ouvrit la voie du pouvoir à Hitler, ou encore de la « Nuit de cristal » durant laquelle les nazis se livrèrent à la chasse aux Juifs. C’est pourquoi le 3 octobre lui fut finalement préféré.

Le Mur ? Il fut érigé en plein Berlin à partir de la nuit du 12 au 13 août 1961 pour mettre fin à l’exode croissant des citoyens de la RDA vers l’Ouest. Plus qu’un mur, c’était un ouvrage militaire complexe comprenant en réalité deux murs de 3,60 mètres de haut, un chemin de ronde, trois cent deux miradors, un système d’alarme performant, des barbelés, le tout veillé en permanence par des milliers de gardes dont les tristement célèbres Vopos et leurs chiens bergers. Les gardes avaient consigne de tirer même sur les femmes et les enfants, car « c’est une stratégie couramment utilisée par les traitres ». Aussi étanche qu’il fut, une des particularités du Mur était l’existence d’une population frontalière d’environ cinquante mille personnes qui travaillaient à Berlin Ouest tout en continuant à résider à l’Est où le coût de la vie et les loyers étaient plus abordables. Les autorités de la RDA toléraient cette pratique, mais pour y trouver leur compte, elles exigeaient un paiement en mark de l’Ouest. Aujourd’hui, le tracé du Mur est marqué au sol par une double rangée de pavés, et des plaques en fonte portant l’inscription : «  Mur de Berlin, 1961- 1989 ».

«Gorbi, aide-nous!»

Comment en est-on arrivé à l’écroulement de ce Jéricho des temps modernes et de ce qu’il représentait ? La géopolitique mondiale avait, en fait, basculé du tout au tout : les Soviétiques annoncent leur retrait sans gloire et sans victoire d’Afghanistan. La Hongrie ose ouvrir sa part du rideau de fer, devenant un passage pour des milliers d’Allemands de l’Est prétextant des vacances dans ce « pays frère ». En Pologne, Tadeus Mazowieski, du syndicat libéral Solidarnosc, devient Premier Ministre. En Allemagne de l’Est même la contestation enfle, souvent à partir des Églises protestantes. Gorbatchev, venu pour les quarante ans de la RDA, rappelle à ses interlocuteurs que le recours à une répression armée est à exclure. Les manifestants descendus dans les rues des grandes villes par centaines de milliers scandent : « Gorbi Gorbi, hilfe uns ! » Gorbi, Gorbi, aide-nous ! Le pouvoir est acculé. Lors d’une conférence de presse tenue le 9 novembre dans la matinée, Gunter Schabowski secrétaire du Comité Central chargé des médias lit un texte placé devant lui : « Les voyages privés vers l’étranger sont autorisés sans présentation de justificatif (motif du voyage ou lien de parenté). Les départements de la Police populaire responsables des visas et de l’enregistrement du domicile sont mandatés pour accorder sans délai des autorisations permanentes de voyage, sans que les conditions actuellement en vigueur aient à être remplacées. Les voyages, y compris à durée permanente, peuvent se faire à tout poste frontière avec la RFA.» À la question sur l’entrée en vigueur de ces dispositions, la réponse de Schabowski est à la fois inattendue et sans équivoque : «  Autant que je sache, immédiatement. »

Après les annonces des radios et télévisions de la République Fédérale, d’interminables cortèges se forment en direction du Mur. Dépassés par le flot, les gardes frontières creusent eux-mêmes des brèches dans l’ouvrage, la veille encore infranchissable. Le Mur tombe, après plus de vingt-huit ans de pouvoir absolu. Dès la confirmation de l’ouverture, les députés de la Bundestag interrompent leur séance, se lèvent, et entonnent l’hymne national. L’évènement est entré dans l’Histoire allemande sous l’appellation de « Die Wende », le tournant.

Trente ans ont passé. Avec le recul, l’Allemagne de l’Est n’aurait-elle pas été excessivement diabolisée ? Toujours est-il que beaucoup repensent à ce pays rayé de la carte, qui raflait les médailles d’or lors des compétitions sportives, à sa sécurité sociale sans faille pour les travailleurs, aux vacances payées par l’entreprise, aux loyers insignifiants comparés à ceux de l’Ouest… Certains milieux utilisent aujourd’hui un vocable qui n’a pas attendu son improbable homologation pour être plus que clair et explicite : Celui de  « Ostalgie », la nostalgie de l’Est.

5 commentaires

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  • oui date importante, connue et actionnée en temps opportun

    à méditer en miroir

    9 Novembre 1938

    En Allemagne, dans la nuit du 9 au 10, pogrom à l’échelle nationale « nuit de cristal ».

    9 Novembre 1923

    Échec du « putsch de la Brasserie » à Munich mené par Hitler.

    9 Novembre 1918

    En Allemagne, proclamation de la République après l’abdication de l’empereur Guillaume II.

  • j’allais en DDR tous les hiver, ce n’était pas du tout l’enfer ! L’enfer, c’est la France avec ses milliers de gens comme moi, chassés , poussés à la rue par la spéculation immobilière , le chômage à outrance, les loyers exhorbitants, les taxes absurdes et les impots. En DDR, personne dehors en hiver, sous 0 °C, dans le vent et la pluie comme cettte nuit, ce qui est le pire des supplices. On a démoli le mur à Berlin mais on l’a reconstruit à Paris.

  • Aujourd’hui si le parti RACISTE AFD Allemand (Alternative pour l’Allemagne,en Français) gagne du terrain dans l’ex-RDA c’est parce-que la chute du mur à été imprévue et les habitants de l’ex-RDA n’ont pas été préparés psychologiquement aux conditions de la vie dans une société capitaliste libérale où c’est « la loi du plus fort »,de la concurence…
    Dans l’ex-RDA c’était l’économie planifiée:des la naissance,les études,le travail,le logement,les soins de la santé,étaient presque gratuits…mais il n’y avait point des produits de luxe de consommation;déjà posséder une Trabant,(la voiture qu’on obtient 2 ans après la commande et que les gens de l’ouest surnomme « lave-vaisselle »)était un vrai luxe.la population vivait sans soucis,donc la vie était monotone alors qu’avec la TV de l’ouest(quoique interdite) on voyait le luxe,la mode, les grosses berlines…Mais tout cela étaient pour ceux qui ont les moyens et tout était payant,il fallait travailler dur!
    Et au pays en ex-RDA beaucoup d’usines ont été laissées à l’abandon,car beaucoup de travailleurs ont « émigrés »à l’ouest,
    parfois aussi elles ont été bradés à des occidentaux qui n’ont rien fait et la population connait maintenant ce qu’est le chomâge:et c’est là la brèche que le nouveau parti fasciste AFD a fait son entrée…

    • Tout à fait d’accord ! La propagande de l’Est , le lavage de cerveau étaient terribles mais pas pire que ce qu’on voit en France aujourd’hui..En DDR, Il n’y avait pas de secteur privé, tout le monde était salarié. En France ,il y a un secteur privé mais les « salariés » sont tellement ponctionnés par les taxes que cela devient des fonctionnaires !!

  • Le communiste était une plaie ! Et surtout en DDR , mais aussi à Madagascar avec Ratsiraka. Mais il avait le mérite de juguler le capitalisme qui montre son vrai visage auourd’hui..Si on en est là, c’est que le garde fou du communisme est tombé et que le libéralisme exacervé est en train de détruire l’humanité. Que faut il faire ?? Personne ne peut plus rien faire..