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Isabelle Rabaroana : « J’espère perpétuer l’héritage des Surfs auprès de la jeune génération »

Membre de la fratrie des Surfs, groupe malgache qui avait égayé la scène internationale de ses chansons durant les années « Yéyé », Isabelle Rabaroana est de passage au pays pour un voyage initiatique avec sa famille et revient sur l’histoire des Surfings.

Au sein de votre famille, comment avez-vous vécu cette passion commune pour la musique ?

Je suis issue d’une fratrie de douze enfants tous passionnés par la musique et le chant. On peut dire qu’ensemble nous avons baigné dedans dès notre plus jeune âge. De ces douze enfants, les six aînés ont formé l’incontournable groupe « Les Surfs » que nous connaissons tous. Quant à nous autres les cadets, nous nous sommes aussi plus à poursuivre de notre côté, notre amour pour la musique. Pour ma part, je me suis perfectionnée au chant au sein d’une chorale. Forts des valeurs fraternelles qui nous anime, nous ne nous sommes jamais perdus de vue, nous nous sommes toujours soutenus mutuellement. Ainsi aux côtés des Surfs, nous avons formé les Surfings. Suivant les pas de nos aînés, nous nous sommes découverts en ayant remporté un concours de variétés internationales, où nous avons fini à la seconde place, grâce à notre passion. On nous a alors accordé l’enregistrement de notre première chanson au sein de Discomad, elle s’intitule « Petite fille ». Tout ça pour vous illustrer à quel point la musique est au cœur même de la famille.

De quoi cette chanson parle-t-elle ?

Il s’agit d’une chanson qui reflète les rêveries d’une petite fille, une enfant solitaire qui avait juste comme souhait d’avoir une sœur avec qui jouer. Cette chanson illustrait un peu mon ressenti de l’époque, moi qui étais, la plupart du temps, entourée de mes grands gaillards de frères, aurais aimé avoir une petite sœur avec qui jouer aussi. Mais nous avons aussi interprété et repris des chansons tout aussi enjouées que celles de nos aînés. Notamment, « Reviens Sloopy », une reprise de « Hang on Sloopy » de The McCoys.

Racontez-nous le parcours des Surfings.

Nous avons eu le privilège de faire une tournée nationale avec les Surfings à l’époque. C’était l’occasion pour nous de côtoyer, entre autres le fameux Marc Justin qui interprétait du Otis Redding, mais aussi Del Rabenja et tant d’autres. Découvrir la scène musicale m’avait ainsi permis de faire de belles rencontres, je me rappelle notamment de nos camaraderies avec Datita Rabeson, guitariste émérite, ou encore l’illustre Jaojoby pour qui j’éprouve un grand respect. À côté de la musique, j’ai cependant poursuivi activement mes études et j’ai été au lycée Jules Ferry à Faravohitra (LJF) en 1977. De même, les Surfings ont aussi été très actifs à travers une série de petits concerts, entre autres, à l’ancien Hôtel Hilton. En 1983, j’ai continué mes études dans l’Hexagone, en Aix-en-Provence, puis à Nice où j’ai entrepris des études de droit et de lettres anglaises. En parallèle, nous avons poursuivi notre chemin, chacun de son côté, et ce n’est qu’en 2008 que nous nous sommes retrouvés pour une grande tournée en France, en Belgique et en Suisse, l’occasion pour la fratrie entière de reformer les Surfs.

Désormais, vous vivez donc de cette passion pour la musique.

On peut le dire. Le fait est que je n’ai jamais cessé de la pratiquer. D’ailleurs, je suis actuellement professeur de chant et de musique actuels au sein de l’Académie de Musique de Nice. Ce qui me permet de partager pleinement ma passion pour la musique à tous ceux qui veulent bien en profiter. Notamment les plus jeunes, puisque j’exerce aussi au sein d’une école de musique, de danse et de contes locale. Je me plais toujours autant à me mettre en scène, de temps en temps. Je me rappelle, en particulier, de mon passage sur la scène du festival international Madajazzcar en 2013, qui m’a permis de retrouver le pays et ses talentueux artistes. Ce fut très épanouissant pour moi, car ça m’a beaucoup inspiré e en tant que voyage initiatique.

Qu’en est-il de cet héritage musical des Surfs à l’heure actuelle ?

Il reste toujours passionnant et j’espère toujours la perpétuer aussi longtemps que possible auprès de la jeune génération. C’est là l’essence même de mon passage au pays en ce moment, qui est à la fois de faire découvrir à mes filles nos valeurs, mais surtout notre culture. Mes deux filles qui sont tout aussi passionnées que nous à leur âge d’ailleurs, puisqu’elles étudient ensemble le piano classique au Conservatoire de Nice. Je les sens motivées et passionnées, prêtes à reprendre le flambeau et, qui sait, plus tard peut-être, nous formerons ensemble un trio mère-filles.

Justement, avez-vous des projets en cours ?

Oui, je prévois de sortir un album l’année prochaine. On y retrouvera essentiellement des reprises de chansons classiques malgaches, comme du Naly Rakotofiringa, par exemple, mais aussi des compositions inédites de ma part. Je peux déjà vous parler de deux morceaux qui s’intitulent « Lohantaona » et « Nankaiza », à travers lesquels je chante ma nostalgie du pays et de ses splendeurs si inspirantes.