Chronique

Diplomatie culturelle et d’influence

La langue française serait menacée. Au Québec, 47 millions d’euros seront alloués pour la promotion de l’enseignement du français dans la province et pour la francisation des nouveaux immigrés : «des 14.955 immigrants admis au Québec, en 2013, qui ne parlaient pas le français, seulement 28% avaient suivi des cours de français offerts».

En Grande-Bretagne, l’espagnol supplanterait le français comme première langue étrangère, dès 2020. En Algérie, le 21 juillet 2019, le ministre de l’enseignement supérieur a demandé aux recteurs des universités d’exclure le français des en-têtes des correspondances et documents officiels. Le 8 juillet, il avait déjà déclaré que «le français ne vous mène nulle part !».

Pourtant, le français est la langue la plus utilisée dans la diplomatie, après l’anglais. Elle est langue officielle à l’ONU, langue de travail au sein de l’Union européenne et de l’Union africaine, et l’une des deux langues des Jeux Olympiques. Elle reste la cinquième langue la plus parlée dans le monde, et sur tous les continents.

Pourtant, le réseau AEFE (créé en 1990) est le premier réseau scolaire étranger dans le monde : «l’enseignement français à l’étranger est l’un des instruments majeurs de la présence et de l’influence de la France dans le monde, de la promotion de la langue française et de la francophonie (…) il permet de participer à la formation de nombreuses élites étrangères et participe à notre politique d’attractivité».

Pourtant, la France ne désespère pas de faire à nouveau du français la lingua franca de l’Union européenne à la faveur du Brexit. Pourtant, en novembre 2017, avait été lancée la «Fabrique des humanités», visant la traduction des sciences humaines et sociales françaises entre le français et l’anglais, en partenariat avec l’université de Stirling (Écosse) et l’université Yale (États-Unis). Pourtant, la toute nouvelle Université de Paris (Paris V + Paris VII + Institut de physique du globe), créée en mars 2019, a conclu un partenariat stratégique avec le King’s College London, pas plus tard que le 8 juillet 2019.

En Chine, l’on apprendrait de plus en plus le français pour faire des affaires avec l’Afrique : 80% des 700 millions de Francophones de 2050 seront Africains. Le Maroc tire également partie de sa francophonie pour se projeter en Afrique sub-saharienne.

La menace a été prise au sérieux. Et les parlementaires français ont fait leur travail d’enquête et de contrôle. À l’Assemblée nationale, au nom de la Commission des affaires étrangères, un rapport d’information a été déposé le 31 octobre 2018, par une mission constituée le 24 octobre 2017 : «La diplomatie culturelle et d’influence de la France : quelle stratégie à dix ans ?» : «Pour la première fois depuis des années, le programme 185 est bien doté, les crédits de l’AEFE préservés, les crédits de l’Institut augmentés de 2 millions d’euros, ainsi que les bourses universitaires sanctuarisées. Néanmoins, le retard à rattraper est immense et le simple maintien des crédits ne parviendra pas à le combler. En effet, sur plus d’une dizaine d’années, ces crédits ont été en baisse constante» (p.116).

Un avis sur le projet de loi de finances pour 2019 (Commission des affaires étrangères, Tome II : Action extérieure de l’État : Diplomatie culturelle et d’influence – Francophonie, enregistré le 12 octobre 2018) confirme la reprise : «La fin du mouvement de baisse continue des crédits du programme 185».

Ce programme 185, «diplomatie culturelle et d’influence», était devenu «la variable d’ajustement budgétaire» d’un ministère soumis à de fortes coupes financières et le symbole d’une «gestion de la pénurie». Un autre programme, «209» s’intitule «solidarité à l’égard des pays en développement», tandis que le «Programme 224» organise l’action internationale du Ministère de la Culture.

La diplomatie d’influence française poursuit trois priorités : la promotion et la diffusion de la langue française et l’enseignement français à l’étranger, le rayonnement culturel et artistique de la France, l’attractivité du territoire avec la formation des élites et des talents étrangers. Y sont dédiés : l’Institut Français (action culturelle), Campus France (attractivité universitaire), l’AEFE (dispositif d’enseignement à programme français à l’étranger), Atout France (tourisme), Business France (attractivité du territoire), Expertise France (expertise technique internationale).

Le soft power par la diplomatie culturelle, qui permet de se faire des amis mieux que des alliés, est pris très au sérieux par les grandes puissances qui multiplient les instituts : Confucius pour la Chine, Cervantes pour l’Espagne, Pouchkine pour la Russie, aux côtés des déjà classiques British Council (Royaume-Uni) et Goethe (Allemagne). La France, de son côté, mise sur un réseau de 834 Alliances françaises locales dans 132 pays, 98 Instituts Français et 26 instituts de recherches: «Notre pays trouve un chemin dans les coeurs et les esprits grâce à notre politique culturelle (…) Au plan diplomatique, bien que difficilement quantifiable, l’intimité qu’entretiennent avec notre pays les personnalités issues des écoles françaises, les étudiants passés par nos universités, ou les amoureux du cinéma et de la littérature française a une valeur inestimable» («La diplomatie culturelle et d’influence de la France : quelle stratégie à dix ans ?», p.28).

Dans le dispositif français, huit postes diplomatiques sont «à format d’exception» : Allemagne, Espagne, Royaume-Uni, Italie, États-Unis, Maroc, Sénégal et Madagascar. Étrangement, cette «exception» trouve son chemin dans nos coeurs et nos esprits : c’est bien le sens de l’Étranger intime. En attendant que Madagascar s’approprie également les démarches Pouchkine, Cervantes, Goethe, Confucius.

1 commentaire

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter

  • Comment defendre la langue Francaise lorsque au depart de CDG le s compagnies aeriennes ont du personnel naviguant ne parlant pas le Francais?, voyez Qatar Airways dont le pays fait parti de la francophonie avec des PNC qui ne le parle PAS, je peux donner beaucoup de compagnies n’;ayant aucun respect de leurs passagers francophones KLM le 1er , lorsque vous prenez AF il y a toujours un PNC qui parle la langue du pays de destination