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Editorial Opinions

Vermine de rien

Et si Sous…Mahamanina n’était que la face visible de l’iceberg   Pourquoi l’Etat défend-t-il bec et ongles les Chinois de Jiuxing Mines alors qu’il avait laissé les Chinois de Wang Bin, propriétaires de Sucrerie Complant de Madagascar qui a racheté la Siranala, Sucrerie d’Analaiva à Morondava, se faire dévorer par les employés et les pilleurs en 2014   Elémentaire mon cher Watson.
Jiuxing Mines appartient au China Harbour Engineering Company (CHEC), le partenaire de l’État dans la plupart des Projets présidentiels dont la construction de la voie rapide Tsarasaotra-Ivato, la construction d’un camp militaire et bien d’autres infrastructures. CHEC semble avoir pris la place de China Sonangol International, le consortium chinois parti pour être le partenaire privilégié de l’État dans la construction de l’autoroute Tana-Toamasina, la reprise d’Air Madagascar, la construction de parkings à étages à Analakely et à Antaninarenina …mais dont le PDG a été arrêté pour corruption.
Tout va bien jusque là. On a un grand besoin de routes pour désengorger la ville et réduire les coûts des embouteillages. Il faudra plusieurs voies rapides et périphériques pour qu’on ne mette pas autant de temps pour rallier Antsirabe que pour aller d’Iavoloha à Ivato.
Les militaires ont aussi besoin d’un camp digne de leur grade en particulier les centaines de généraux dont les étoiles pâlissent dans des casernes vestiges de l’époque coloniale qui n’ont fait l’objet d’aucun lifting depuis leur existence. Ce qui explique sans doute la sortie massive d’armes de guerre. Les magasins d’armes sont tout sauf un lieu sûr et hermétique.
Seulement aucune convention n’a été signée entre l’État et le CHEC, contrairement à la reprise de Siranala par Wang Bin, encadré par une coopération bilatérale où l’engagement de l’État est bien défini. Un tel accord aurait d’ailleurs du passer par l’Assemblée nationale pour la forme. La Sucoma a été incendiée et pillée par les employés grévistes en 2014 sans que l’État n’ait éprouvé le besoin d’envoyer l’Emmoreg pour sauver l’entreprise, des centaines d’emplois et une production de 300.000 tonnes par an destinée à l’exportation. À Soamahamanina, il emploie les grands moyens pour réprimer le mouvement contestataire de la population, prise au dépourvu devant un projet dévastateur de l’environnement et du patrimoine. Le permis d’exploitation octroyé aux Chinois a été délivré de manière expéditive en novembre 2015 alors qu’ils ont hérité d’un permis de recherche d’une société malgacho-australienne dont les résultats n’ont jamais été publiés. Il est bien clair qu’aucune étude d’impacts environnementaux n’a pu être terminée en six mois pour qu’on puisse délivrer un permis d’exploitation.
Il est idiot de croire que les Chinois de CHEC sont des philanthropes et qu’ils vont construire toutes ces infrastructures pour « raffermir l’amitié entre les deux peuples ». L’époque de la révolution est révolue et les entreprises chinoises sont très agressives et se soucient peu des formalités d’usage. La construction du Palais des Sports en est la preuve.
Et il semble que c’est aussi désormais le mode opératoire de l’Etat dans la réalisation de ces projets de développement. Les blocs miniers servent de monnaie d’échanges et tout se fait dans une opacité et discrétion totale. L’acquisition de l’avion présidentiel Falcon, l’éclairage public des grandes villes  et bien d’autres projets se font ainsi contre la cession de blocs miniers à Mandritsara, à Ihorombe et ailleurs. La voie avait été tracée par Rajoelina dans le permis donné à Mainland et à Wisco dont les impacts socio-économiques restent à prouver jusqu’à présent outre les 100 millions de dollars, de pourboire remis par Wisco.
Autrement dit, on est en plein financement parallèle avec en prime un pillage en coupe réglée des ressources minières du pays. L’État est en totale infraction dans la gestion des affaires nationales et l’engagement du pays dans ces exploitations nocives équivaut à de la haute trahison. À cette allure, Madagascar finira par être morcelé en milliers d’îles éparses dans un désert où la seule richesse qui reste est la vermine.

Par Sylvain Ranjalahy