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Indépendance – Soixante-deux ans d’histoire, soixante-deux ans d’espoir

Soixante-deux ans après le retour de l’indépendance, six présidents de la République se sont succédés.

En grande partie à cause des crises politiques, les soixante-deux ans d’indépendance de Madagascar sont une marche infernale vers la pauvreté. Avec ses treize velirano, le président de la République veut être l’homme providentiel pour renverser le cours de l’histoire.

Éditorial – L’espoir et le doute

Madagascar célèbre cette année le 62e anniversaire du retour de l’indépendance entre l’espoir jamais perdu d’un avenir meilleur, d’un réel développement et le doute d’un nouvel échec, la crainte d’une nouvelle désillusion. Le président de la République Andry Rajoelina a basé son programme de développement sur treize velirano durant sa campagne électorale. Les velirano répondent sans aucun doute aux aspirations profondes et élémentaires de la population en l’occurrence une sécurité à toute épreuve, une éducation pour tous, une santé pour tous, un bon pouvoir d’achat, de l’emploi pour les jeunes, une alimentation saine pour tous, de l’énergie pour tout le pays, une justice juste, une liberté d’expression, des unités industrielles… Des domaines devenus au fil du temps aussi urgents les uns que les autres. Difficile donc d’établir une priorité pour mériter les actions d’urgence. Tout n’est pas aisé dans la réalisation des velirano puisqu’il faut combler des années de manque, d’errements et d’incertitude.

Pour remettre l’éducation sur orbite c’est tout le système qu’il faut revoir. Le programme d’enseignement comme les infrastructures et le niveau des enseignants. Le niveau est tombé très bas selon le rapport de la Banque Mondiale, aussi bien celui des enseignants que celui des élèves. L’Etat commence par rénover les infrastructures et doter les élèves de matériel informatique et didactique mais le fonds, un problème vieux de plusieurs décennies, ne se résoudra pas en cinq ans malgré la volonté du Président de faire en un mandat tout ce qui n’a pas été accompli en 60 ans. Le manque d’enseignement qualifié constitue un obstacle dirimant dans la volonté de rehausser le niveau de l’éducation. Enseignant est un titre dévalorisé depuis plusieurs Républiques qu’il n’y a que ceux n’en ayant pas la vocation qui embrassent ce métier incapable de nourrir son homme.

Insécurité étant, rares sont les enseignants qui acceptent d’aller dans les bourgs perdus où l’école est souvent sans mur et sans table-bancs.

En matière de santé, le problème est presque le même. Pire, depuis plusieurs années soins et les médicaments ne sont plus gratuits dans les hôpitaux publics ou les centres de santé de base. Les médecins sont également en nombre insuffisant de même que les aides-soignants ou les paramédicaux.

Le nombre de spécialistes dans diverses maladies comme le cancer, la cardiopathie, l’insuffisance rénale… est une autre paire de manche.

Des lacunes cumulées depuis quatre Républiques qu’on n’arrivera pas à combler d’un coup de baguette magique.

L’énergie constitue sans doute le point névralgique de la politique d’émergence actuelle. Le pays vit actuellement dans un intense délestage du au manque de capacité disponible de la Jirama d’un côté et d’une très mauvaise gouvernance de l’autre. La Jirama ne peut compter que sur le barrage hydroélectrique d’Andekaleka pour alimenter le réseau interconnecté d’Antananarivo. Victime d’un incident qualifié de criminel cette année, Andekaleka est en train de relever la tête pour trouver sa capacité totale. Pour compléter le gap, la Jirama recourt à des prestataires dont la facture est élevée et dont elle doit payer le fuel pour faire tourner les centrales thermiques. La dette de la Jirama est estimée à 1 003 milliards d’ariary et elle est désormais interdite de réquisition pour avoir du fuel.

Récemment l’Etat vient de décider d’augmenter la subvention accordée à la Jirama à 500 milliards ariary pour parer au plus pressé. Mais la transition énergétique reste la solution idoine. Les centrales solaires restent la solution optimale. Mais en attendant, le délestage continue à compromettre sérieusement les activités économiques en général.

Les autres velirano présidentiels rencontrent également quelques difficultés à l’image du réseau routier, l’agriculture, l’adduction d’eau…Mais cela dit, il n’y a que le premier pas qui compte pour réaliser un grand bond.

Indépendance – Soixante-deux ans d’histoire, soixante-deux ans d’espoir

En grande partie à cause des crises politiques, les soixante-deux ans d’indépendance de Madagascar sont une marche infernale vers la pauvreté. Avec ses treize velirano, le président de la République veut être l’homme providentiel pour inverser le cours de l’histoire. Les réalités du moment sont, pourtant, en train de doucher cette lueur d’espoir.

Dans l’expectative. Soixante-deux ans après l’indépendance, le pays ne voit toujours pas le bout du tunnel. Après quelques années comme un des fers de lance en matière de performances économiques en Afrique, durant la première République, Madagascar s’est embourbé dans la pauvreté. Une reculade intenable au point que le pays figure, aujourd’hui, parmi les lanternes rouges du classement mondial en termes de développement.

Les crises politiques cycliques, la corruption qui a gagné du terrain dans tous les secteurs au fil des années, les intérêts particuliers qui ont pris le dessus sur l’intérêt national ont fortement contribué à embourber le pays dans la mélasse de la pauvreté. L’issue de l’élection présidentielle de 2018, a apporté une lueur d’espoir dans ce marécage de désillusions. Il s’agit, en effet, de la première alternance démocratique en bonne et due forme depuis l’indépendance.

Le programme porté par Andry Rajoelina, président de la République, basé sur ses treize velirano ou engagements, ont séduit la majorité des électeurs. Voir son prédécesseur et le finaliste de la course à la magistrature suprême assister à la prestation de serment du nouvel élu a été un moment historique. Tous les voyants étaient, visiblement, au vert pour amorcer un nouvel élan de développement pour le pays. Le quinquennat qui a suivi la transition de 2009 à 2013 a, d’autant plus, servi de période tampon, entre la longue crise politique et une ère de stabilité.

Pour convaincre les électeurs, le locataire d’Iavoloha a misé sur la valeur ancestrale du velirano. Plus qu’une promesse, le velirano lie celui qui le fait, au point d’en subir les conséquences en cas non respect des engagements pris. Les velirano de Andry Rajoelina, déclinés en treize points, doivent tracer la voie vers l’émergence du pays. Ils inscrivent en priorité la paix et la sécurité, y compris la protection des ressources naturelles. En deuxième position, il y a l’énergie pour tous. Ce velirano numéro 2 ambitionne d’offrir de l’électricité à bas prix à tous, de raccorder tout le territoire et apporter de l’eau potable à tous.

Du plomb dans l’aile

Toujours dans la liste des velirano, il y a la tolérance zéro contre la corruption et une justice équitable. Garantir une éducation de qualité pour tous, et promouvoir la culture y figure, aussi. Pareillement pour la santé pour tous et à tout âge. Le président s’engage aussi à booster le secteur de l’emploi et à mener la Grande île vers l’industrialisation. Concrétiser l’égalité des genres, ainsi que parvenir à l’autosuffisance alimentaire et la gestion durable des ressources naturelles sont aussi inscrits dans les velirano présidentiels.

Réviser les objectifs

Les engagements pris par le chef de l’Etat portent également sur la modernisation du pays avec la construction de nouvelles villes, de nouvelles infrastructures routières et de transports. Il y a aussi l’autonomisation et la responsabilisation des collectivités territoriales, ainsi que le but de faire du sport une fierté nationale. Le défi que s’est fixé Andry Rajoelina est de concrétiser, ses engagements, ou du moins ceux considérés comme prioritaires, avant la fin de son quinquennat, en 2023. A un peu plus d’un an de l’échéance, la situation apparaît compliquée, cependant.

Une étude menée dans le cadre du projet Baromètre citoyen (BAROCI), publiée en avril, indique que seuls 12% des projets prévus dans le Plan émergence de Madagascar (PEM), sont achevés. Que 40% sont en cours de réalisation et 48% restent à faire. La crise sanitaire, aggravée par la guerre en Ukraine, a mis du plomb dans l’aile de l’administration Rajoelina.

Tout comme le reste du monde, elle a dû revoir ses plans, ajuster sa vitesse de croisière et réviser ses objectifs face au choc de la pandémie de la Covid-19 et aux conséquences du conflit à l’Est de l’Europe. Ce qui peut expliquer pourquoi le PEM n’a pas été rendu public jusqu’ici. De multiples mises à jour ont, probablement, été nécessaires en raison des changements incessants de paramètres.

Avec des milliers de pertes d’emploi mettant sur la paille autant de ménages, la crise sanitaire a déchiqueté le tissu économique de la Grande île. L’inflation générale causée par la guerre en Ukraine est en train d’attiser une crispation sociale. Des familles de plusieurs parties du pays ont, de plus, dû boire le calice jusqu’à la lie, en raison des déferlantes cycloniques du début d’année. Des séries de catastrophes naturelles qui, en cinq jours, ont fait reculer de 5% le Produit intérieur brut (PIB), de Madagascar, selon une étude de la Banque mondiale.

Changer l’espoir en réalité

Le Kere causé par plus de trois ans de sécheresse dans le Grand Sud, démontre constamment la dure réalité de la détresse alimentaire d’une partie de la population. Aux aléas climatiques et crises d’ordre global, les différentes complications au niveau local sont, aussi, en train de doucher la lueur d’espoir qui a scintillé à l’issue de l’élection présidentielle de 2018. La gabegie et les mauvais choix stratégiques qui couvent au sein de la société d’eau et électricité Jirama sont en train de frapper de plein fouet la population avec l’enfer des délestages et coupures d’eau.

Il y a, du reste, les scandales financiers qui éclaboussent des personnalités étatiques, les trafics de ressources naturelles et minières, le sentiment d’injustice face à des décisions judiciaires discutables, ou encore, la résurgence d’une insécurité délétère autant en zone urbaine que rurale. Les rapts avec des issues sanglantes, notamment, en brousse, avec des vols d’organes, ou dont les raisons restent inconnues à Antananarivo, ou ceux dont sont victimes les personnes vivant avec l’albinisme, créent une psychose générale. Une situation d’autant plus pesante avec l’inflation galopante.

L’État s’applique tant bien que mal à reprendre la main sur la situation et è maintenir le cap dans la concrétisation des velirano du président de la République. Andry Rajoelina enchaîne les tournées pour inaugurer les réalisations étatiques ou lancer des projets, cadrant avec ses engagements. Surfant sur l’idylle avec les Partenaires techniques et financiers (PTF), les accords de financement de programme de développement ou de projet d’infrastructures foisonnent, aussi. Seulement, difficile de masquer la conjoncture socio-économique qui motive la grogne de la population, surtout que les maux actuels impactent directement sur leur bien-être au quotidien.

Outre la conjoncture compliquée, l’administration Rajoelina doit déjà préparer l’échéance électorale de 2023. L’approche vers la course à la magistrature suprême qui fait resurgir les tensions politiques et les diverses manœuvres qui vont avec. Consolider les acquis démocratiques de 2018 est également un défi des tenants du pouvoir actuel. Une responsabilité qu’ils partagent avec les autres acteurs de l’arène politique et civile. Tous s’accordent que la stabilité politique est une des clés du développement.

La pauvreté n’est pas une fatalité. Madagascar a tous les ingrédients pour retrouver la lumière du développement, afin de parvenir à l’émergence martelée par les tenants du pouvoir. À eux de démontrer qu’ils ont la volonté et l’aptitude à le faire, à sortir le pays du sable mouvant de la pauvreté. La résilience de la population n’est pas sans limite et l’examen final qu’est l’élection approche à grand pas. Il est plus que temps de transformer l’espoir de ces soixante deux ans d’indépendance en réalité.

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