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Chronique

Fins de règne

Grandeur et décadence. L’arrogance que confère une marge confortable pourtant aussitôt suivie d’une peur panique au moment surprise de tout perdre. D’inattendu en 1971-1972, ce revirement rapide de fortune deviendra presque classique après d’autres «incroyables mais vrais» : 1991, 1996, 2001-2002, 2008- 2009, 2018…

En ce cinquantième anniversaire du 13 mai 1972, il ne faut pas perpétuer la cécité du pouvoir de l’époque sur les «événements» d’avril 1971 dans le Sud de l’île. Car, au moment de faire ouvrir le feu contre les manifestants d’Analakely, le Président de la République n’avait manifestement pas encore pris la mesure des «événements» contre la «révolte paysanne» : «Monja Jaona est le seul de son espèce et c’est un fou !», improvisa-t-il lors de son discours d’Andafiavaratra, le 16 novembre 1971. Mais, quand Philibert Tsiranana prétend que les Antandroy et les Mahafaly avaient été trompés un 1er avril, il semble que ce soit lui dans le délire.

Malgré le kéré de juillet 1968 à janvier 1969, les vivres de l’approvisionnement organisé par le parti MONIMA furent confisquées ; une fièvre charbonneuse avait décimé le cheptel bovin, mais la taxe sur le bétail continua d’être exigée : un décalage hallucinant que le Président mit sur le compte de son «état déficient de santé» et les tromperies de certains de son entourage.

On ignore si le Président a écrit lui-même ce discours d’Andafiavaratra, devant les Parlementaires et le Corps diplomatique, ou si un conseiller l’avait aidé à persévérer dans l’erreur. Mais, le 16 novembre 1971, donc, Philibert Tsiranana déclarait encore : «Aussi, a-t-on vu ce Sud, cependant beaucoup mieux équipé que de multiples zones désertiques habitées du Monde, se laisser, par endroits, envoûter et séduire par un vent de folie. Des gens, qui auraient dû s’occuper de l’amélioration du niveau de vie de nos frères du Sud, ont préféré faire une politique d’ambition dans laquelle leurs compatriotes comptaient bien peu. Le plus grave est qu’ils ont abusé de la confiance que plaçaient en eux les populations ; la justice, en toute sérénité, sanctionnera cette attitude. D’autres, qui auraient dû connaître la situation, et par là même nous permettre d’arrêter les dispositions convenables, ont démontré l’absence ou l’insuffisance totale de leurs rapports avec les populations, et parfois, ce qui est pire, leur incurie. Les choses sont rentrées dans l’ordre et j’ai remédié au relâchement en renforçant les structures de l’Administration et du Parti Social Démocrate. Je n’envisage pas du tout une administration policière, ni un parti unique. Cependant, on me sait assez pragmatique pour être capable de les préconiser s’il m’apparaissait qu’ils sont indispensables au renforcement de l’unité nationale et à une nouvelle relance du Développement» (Bulletin de Madagascar, décembre 1971).

On le voit, «développement» a toujours été un mo tbateau et «unité nationale» un concept-épouvantail. À l’urgence d’une situation, dont il était manifestement davantage encore coupé que ceux qu’il accusait d’incurie, le Président opposa un deuxième Plan quinquennal (après celui de 1964-1968) aux résultats lointains dont plus personne n’avait la patience. Pour répondre aux problèmes quotidiens et aux revendications structurelles, il exhiba les exposés au Congrès du parti au pouvoir, qu’il qualifia de «imposant rendez-vous PSD». C’était deux mois avant ce discours de novembre 1971 et huit mois avant qu’il ne soit balayé du pouvoir.

Un «rendez-vous imposant», c’était combien de courtisans obséquieux en septembre 1971 ? Et combien furent-ils à lui mentir et à se mentir à eux-mêmes, quand la candidature unique du président en exercice recueillit 99,72% des suffrages exprimés, le 30 janvier 1972 ? Enfin, combien restèrent loyaux et fidèles, après le 18 mai 1972 ?

Depuis cinquante ans, il y en eut de congrès Potemkine, de protestations d’allégeance, de plébiscite sans légitimité. Et l’aveuglément de chaque Président et des entourages à cet éternel mirage laisse une kyrielle de questions sans réponse depuis 1972, 1991, 1996, 2002, 2009, 2018…

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