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Editorial

Cours élémentaire

Une baisse du nombre de candidats au CEPE à Antananarivo. Voilà de quoi inquiéter étant donné que depuis plusieurs années le nombre de potaches en quête du premier diplôme de leur vie n’a cessé de croître. Et la baisse est inmportante puisqu’elle est estimée à 7% par rapport au chiffre de l’année passée. Quelle que soit l’explication de ce phénomène, il s’agit d’un drame pour le pays. De deux choses l’une, soit la fréquentation scolaire elle-même a diminué, soit c’est l’effet de la crise sanitaire qui a ruiné l’économie donc de la population. Beaucoup de parents ont perdu leur emploi et n’ont plus les moyens d’assumer la scolarité de leurs enfants. Comme le droit d’inscription a été rétabli dans les EPP après une année de gratuité, cela a constitué un obstacle insurmontable pour plusieurs parents.

La situation semble concerner tous les cycles scolaires de l’éducation. Une baisse du nombre des candidats inscrits au baccalauréat a été également constatée cette année. Là aussi, l’impact de la crise sanitaire est durement ressenti. Le droit d’inscription à l’examen bloque plusieurs parents rejetés parmi les sans emplois par les conséquences de la crise sanitaire.

Des élèves ont quitté l’école pour faire des petits boulots et aider leurs parents à survivre. Ce qui n’est pas évident surtout avec l’actuelle hausse généralisée des prix qui dérive toujours de l’effet conjugué de la crise sanitaire et de la guerre en Ukraine.

Il reste à savoir si le constat va se généraliser dans tout le pays. Mais quand on sait que la capitale est mieux lotie que les régions, on voit mal comment il peut en être autrement dans les provinces dont les ressources sont essentiellement basées sur le tourisme complètement anéanti par la crise sanitaire.

Tout ne va pas bien dans le monde de l’éducation et de l’enseignement cette semaine. L’opinion a été choquée de voir des enseignants-chercheurs et chercheurs-enseignants faire la queue aux chèques postaux à Tsaralalana pour toucher leurs heures complémentaires enfin débloquées au prix de moultes revendications. Pour beaucoup c’est un manque de respect aux détenteurs du savoir voire un mépris. Un tel traitement déshonorant fait partie du peu d’estime témoignée à l’égard des enseignants depuis plusieurs années. L’enseignant ou l’institut pu le prof, n’est plus le petit prince de la première République qui avait droit au logement, à un bon salaire, à une formation adéquate.

Et ce n’est pas tout puisque le Seces dénonce l’existence d’enseignants-chercheurs ou chercheurs-enseignants fantômes à l’université d’Antananarivo. Autrement dit certains enseignants ont été recrutés sans passer par l’avis du collège des enseignants comme l’exigent les procédures. Il existe donc des professeurs Fram dans l’enseignement supérieur. Il faut le dire, on joue avec le feu là.

À force de vouloir déroger aux règles, on va droit au mur. Comme dans l’éducation nationale où le niveau des élèves est une grandeur directement proportionnelle avec la qualité des enseignants, le niveau des étudiants va à coup sûr dégringoler avec des enseignants tout venant.

En résumé, il y aura de plus en plus de jeunes qui n’auront pas terminé leur cycle primaire d’une année à l’autre. Actuellement selon les organismes internationaux, le taux des élèves n’ayant pas terminé leur cycle primaire est déjà inquiétant. Quand on rajoute le taux de déscolarisation au niveau secondaire, on en conclut qu’on est en train de bâtir une nation d’ignorants. Si en 2018, la plupart des candidats à la présidentielle avaient tous un joli cursus mais pas assez de sous à distribuer pour avoir la faveur des électeurs constitués en revanche justement par une écrasante majorité d’individus peu instruits, dans vingt ans on aura une centaine de candidats à la présidentielle dont la majorité n’ont pas leur CEPE.

Le message et l’image que l’on fait passer évoquent hélas la réussite sans passer par l’école. Qu’on ne s’étonne donc si les trafics, le détournement de fonds et la corruption prolifèrent.

Il faut reconnaître cependant que l’État fait beaucoup d’efforts pour remettre sur orbite l’éducation à travers la construction d’infrastructures, la distribution de manuels et dictionnaires, le recrutement d’enseignants. Néanmoins il faut une cohérence , une concertation, un respect des règles et procédures dans toutes les actions entreprises. Autrement, elles vont poser plus de problèmes qu’elles n’en résolvent. Élémentaire mon cher Watson.

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