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Chronique

Relire «Le Petit Prince»

«Il était une fois»… Cette fois, j’ai vu et revu le «dessins animés» de Mark Osborne, une adaptation «d’après le chef d’oeuvre d’Antoine de Saint-Exupéry» comme écrit si bien le générique.

La vie toute tracée de cette petite fille très sage allait s’avérer d’une implacable efficacité, «Tu seras une adulte formidable», sans le hasard qui a mis dans son voisinage le narrateur bien connu, cette fois sous les traits d’un vieillard extravagant qui s’échine à réparer son avion dans son jardin, quitte à faire profiter de ses explosions accidentelles le mur des voisins. Les assureurs ont moyennement apprécié.

Un «projet de vie» méthodiquement mis en «tableau de bord», comme nous avait appris à dresser le même prêtre jésuite qui essaya de nous faire comprendre «Le Petit Prince»: «la minute de l’heure, l’heure du jour, le jour de la semaine, la semaine du mois, le mois de l’année, l’année de ta vie : rien ne sera laissé au hasard»… Aïe.

Quel ancien écolier ignore encore le fameux «Dessine-moi un mouton». Et l’imagination enfan­tine qui sait voir dans le brouillon d’une caisse un mouton endormi. Lointain écho du boa digérant un éléphant et que tous les adultes confondaient avec un bête chapeau. Et l’astéroïde B612 sur lequel aucun rover venu de très loin n’a souci à fabriquer de l’oxygène à partir du dioxyde de carbone…

Énième adaptation du «Petit Prince», mais pas juste une adaptation de plus. On retrouve, pastichés fort à propos, les personnages classi­ques: le monarque qui n’a pas de sujet, le vaniteux qui s’oublie à l’applaudimètre, le comptable des étoiles qui voulait posséder le Ciel…

Il y a plusieurs niveaux de lecture dans «Le Petit Prince». Cette fois, je veux m’arrêter sur le mouton qui risque de déguster la fleur chérie: «un mouton mange tout ce qu’il rencontre». C’est bien de cette manière que les ruminants à l’ongle fendu en deux, moutons et chèvres, de Palestine, d’Israël, de Mésopotamie, d’Arabie, ont transformé les oasis en sable. Les cochons n’allaient plus pouvoir être élevés sur cette terre ingrate et pour ne pas avoir à se fatiguer à les nourrir, les gens de ces pays, Juifs, Paléo-Chrétiens, Musulmans, ont inventé un tabou religieux et un interdit alimentaire à leur encontre. Tandis qu’ils allaient laisser gambader librement sans plus de soins les ovins et les caprins. Question très adulte: ce sont les moutons et les chèvres qui ont créé le désert, ou le désert qui se prédispose aux moutons et aux chèvres?

En cette journée mondiale du Livre, il est bon de se rappeler que «Le Petit Prince» est le livre non-religieux le plus traduit au monde: en 457 langues. Publié un 6 avril à New York, 1946 ans après la Bible, «Le Petit Prince» a rapidement conquis un auditoire sans frontières: une tendre allégorie sur l’amitié et l’amour, la naïveté enfantine et les absurdités adultes.

Nous sommes tous le renard, apprenant qu’il n’y a pas de chasseurs sur la planète du Petit Prince: «Ça, c’est intéressant!». Mais, pas de poules non plus: «Rien n’est parfait». Quand, devant ce DA, je retrouve intacte cette vieille émotion toujours renouvelée, je sais ne pas avoir oublié de m’habiller le coeur. Il est trop vrai qu’une fois les rites accomplis, «on ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux».

Reste, incontournable, le vieil aviateur, dont la demeure déglinguée est la seule joyeusement en couleurs dans une ville au damier rigoureuse­ment géométrique, aux rues parfaitement rectilignes, aux maisons rigoureusement identiques. Sans une seule aspérité malencontreuse. Sans la moindre fantaisie qui dépareille. Uniformément tristes par défaut. «Grandir, ce n’est pas tellement ça le problème. Le problème, c’est d’oublier»: Merci, Monsieur Saint-Exupéry (29 juillet 1900 – 31 juillet 1944).

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