Chronique

Cacao et Chocolat : grand cru de Madagascar

Que le cacao soit «Made in Madagascar», mais que les Malgaches ne mangent pas de chocolat, est un postulat que je ne saurai partager : dans les années 1970s-1980s, de mon enfance, si les PPN étaient contigentés, par contre je ne me souviens pas que les tablettes de la «Chocolaterie Robert» aient jamais connu quelque pénurie.
La Chine enroule doucement sa «Route de la Soie» : Madagascar, quoique même pas 1% de la production mondiale de cacao, pourrait dérouler son «autoroute du chocolat», depuis ce cacao planté, récolté, fermenté et séché dans les vallées voisines des rivières Sambirano et Mahavavy, pour lequel les spécialistes ont des mots d’oenologues : «un goût à la fois acidulé et fruité, quelque chose du letchi». Car c’est aux pieds du massif du Tsaratanàna, qui porte le plus haut sommet de Madagascar (Maromokotro, 2876 mètres), que prospèrent la plantation Millot, la plantation Akesson et la plantation de La chocolaterie Robert de la famille Ramanandraibe. En face, sur l’île de Nosy-Be, 17 autres hectares viennent d’être plantés de 20.000 cacaoyers par un exploitant français.

En 1962, le Chef du service du Commerce extérieur constatait que «malgré un milieu extrêmement favorable au cacaoyer, la République malgache ne peut figurer parmi les grands fournisseurs de cacao. Le faible tonnage de cacao qu’elle exporte est présenté brut, c’est-à-dire en fèves fermentées et séchées, alors que les grands pays producteurs ont créé des produits connexes, pour l’offrir sur le marché mondial, en poudre, en beurre, soit en masses ou en pains». La nouvelle attitude «Planteur-Chocolatier» (quoique, «depuis 1940» revendique «La Chocolaterie Robert»), qui s’inscrit dans une tendance mondiale au mouvement «Néo-artisan», change donc la donne en créant pour Madagascar une niche de luxe. À raison de 6 euros le kilo de fèves…

Dans la démarche dite «beam-to-bar», de la fève de cacao à la barre de chocolat, le chocolat de Bertil Akesson est également présent au Brésil et en Indonésie, sur l’île de Bali. Quant à «La Chocolaterie Robert», elle fait une bonne ambassadrice du Made in Madagascar : épicerie fine à Paris, salon de Bruxelles, reconnaissance à Londres.
Le Bulletin de Madagascar (n°79, 16 avril 1953) nous apprend qu’en 1952, les exportations de café représentaient 41.825 tonnes, pour une recette de 7.258 millions de francs soit 44,3% de la valeur totale des exportations ; le riz (40.602 tonnes, 1.234 millions, deuxième poste d’exportation), le girofle (2.644 tonnes, 749 millions), la vanille (414 tonnes, 353 millions), et le cacao (320 tonnes, 40 millions). La nouvelle fortune du cacao semblait déjà se faire aux dépens des vieux plants de caféiers, situation actée dès les années 1960.

La première exportation de cacao «Made in Madagascar» remonte à 1907, avec 7 (sept) tonnes inaugurales. D’abord introduits sur la Côte Est de Madagascar, en 1887, les cacaoyers y furent décimés par une maladie cryptogamique, causée par un champignon. C’est en 1898, qu’une plantation de Nosy-Be reçut des semences en provenance de Colombie (L. Dussel, «Les produits malgaches : le cacao», Bulletin de Madagascar, n°190, mars 1962, page 219).

En fait, cette Chronique est née d’une interrogation : «Pourquoi du chocolat, tout ce chocolat, à Pâques ?» : Salon chocolat et gourmandises (Amiens, 15 au 17 mars 2019), «Le chocolat malgache à l’honneur» au château de Montigny-Le-Gannelon (14 avril 2019), le même jour que le Salon du chocolat à l’hôtel Carlton, Anosy. Dans un paléo-changement climatique, aurait-il existé du cacao, et donc du chocolat (dont on sait qu’il fut inventé par les Mayas), sur ces terres traversées par le Jourdain et où naquit «Jésus, juif de Palestine, fondateur du christianisme» ?

Quoi qu’il en soit, sur les rives du Rianila, à l’Est de Madagascar, c’est un «chocolat Brickaville» qui a ressuscité : «La Chocolaterie Robert» est à l’origine de ce petit miracle en dénichant sur la parcelle dite de Raperason des cacaoyers revenus à l’état sauvage. Et cela donne pour les gourmets et les gourmands : dans la collection «Les chocolats rares», en note aromatique «nez de fleurs séchées ; au palais, rondeur de biscuit beurré, discrète amertume de caramel brun».

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