Filière bovine - Entre mythe et réalité


Qu’il est loin le temps où la Grande île comptait plus de zébus que d’êtres humains. Le cheptel bovin fait face à une pression permanente actuellement, en raison d’une forte demande et à cause d’une faiblesse structurelle pour développer le secteur. «Sept millions d’habitants, neuf millions de zébus », c’est de cette manière que les professeurs d’Histoire-Géographie de l’île de La Réunion décrivaient autrefois Madagascar à leurs élèves dans les années 60 et 70. Aujourd’hui, le pays se retrouve avec pratiquement le même cheptel, voire moins, mais avec 27 millions d’habitants. Il y a quelques années, le ministère de l’Élevage estimait à 7 millions le cheptel malgache. Dans le même temps, le poids des zébus n’a cessé de régresser, faute d’alimentation et de soins vétérinaires adéquats. Plus de consommateurs, donc, mais de moins en moins de produits. C’est, en partie, l’une des explications de la hausse incessante du prix de la viande bovine sur le marché local. La consommation nationale équivaut à peu près à 1300 têtes par jour d’après le ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche. À elle seule, la capitale, Antananarivo, consommerait à peu près 400 têtes par jour. Pour un cheptel qui n’évolue plus depuis des décennies, on peut se demander si le pays ne risque pas de se retrouver un jour avec une crise de la viande bovine. Avec un prix qui varie autour de 1 4000 Ariary le kilo, la viande de bœuf n’est plus très accessible à la majorité des consommateurs. Raison pour laquelle, les bouchers rivalisent de créativité pour éviter le gaspillage quand le stock n’est pas écoulé à temps. Cela va de la possibilité d’acheter en très petite quantité, à la récupération des viandes déjà en dégradation pour différents usages (consommation animale, mélange avec des viandes de meilleure qualité etc.) Quid de l’exportation L’interdiction d’exportation de viande bovine et de zébus sur pieds a, certes, permis de limiter la pression sur le cheptel, au cours des dernières années. Mais face à une demande internationale pressante, le pays ne peut pas indéfiniment maintenir le statu quo. Les Emirats Arabes, la Chine et les îles voisines de Madagascar dans l’océan Indien sont des marchés potentiels en viande de zébu en provenance de la Grande île. Et ce ne sont pas les projets d’exportation qui manquent. Depuis quelques années, à titre d’exemple, avec le soutien de la Société Financière Internationale (IFC) de la Banque Mondiale, le projet Bovima (Bonne viande de Madagas­- car) du groupe SMTP a été mis sur les rails à Fort-Dauphin. Il prévoit notamment la mise en place d’un parc d’engraissement et d’un abattoir moderne. À terme, les exportations seront facilitées en raison de la proximité du port de FortDauphin. Un prêt de 7 millions de dollars a été consenti par l’IFC à cet effet. En outre, la Banque Mondiale a apporté un financement de 53 millions de dollars pour moderniser le secteur. Cela inclut notamment la modernisation des laboratoires et l’optimisation des infrastructures, dont l’installation de cuves d’immersion et d’un couloir de contention. « Ces améliorations permettront à Madagascar d’émettre des certificats vétérinaires reconnus à l’international et d’ouvrir la voie aux exportations » selon la Banque Mondiale. Élevage contemplatif Cependant, la pratique de l’élevage adopté par un grand nombre d’habitants de Madagascar suscite l’interrogation, quant à l’opportunité de développement de la filière bovine. Dans de nombreux cas, en effet, c’est l’élevage « contemplatif » qui prédomine. Surtout dans les régions qui comptent le plus grand nombre de cheptel. Cette pratique explique aussi en grande partie le phénomène « Dahalo » étroitement lié à la consommation de viande bovine à travers le pays. « La majeure partie des viandes consommées à Tanà sont issues du vol de bœufs » a déjà affirmé sans ambages un éleveur de la région de Fianarantsoa. Dans certaines localités du Sud, certaines familles possèdent jusqu’à 10 000 têtes mais elles sont peu enclines à commercialiser le bétail. Pourtant, la demande ne cesse d’augmenter, dans les grandes villes surtout, et, depuis quelques temps, au niveau international. C’est de cette demande que découle en partie le phénomène d’insécurité dans de nombreuses régions qui comptent d’importants cheptels, un phénomène qui touche de plus en plus également les régions centrales qui comptent beaucoup moins de zébus que d’autres. Le changement de pratique d’élevage, la modernisation et l’optimisation des infrastructures, la multiplication des initiatives de formation pour les vétérinaires et la mise en place de parcs d’engraissement constituent la solution pour pérenniser et développer la filière bovine dans le pays, selon un vétérinaire. Le choix n’est pas facile, face à une pratique ancrée depuis plusieurs décennies, surtout pour un animal considéré comme le « symbole du pouvoir et de la prospérité » dans de nombreuses régions.
Plus récente Plus ancienne