Notes du passé

Le mouvement syndicaliste se développe dans l’Ile

Inauguration du pont de Tanjombato, le 7 décembre 1930.

La période de dix ans (1929-1939) qui précède la Seconde guerre mondiale, est difficile et troublée. « La grande crise de 1929 remet en question l’équilibre du monde entier », rappellent les auteurs de l’ Histoire de Madagascar de 1967. Née aux États-Unis, elle se propage rapidement et atteint entre 1929 et 1931, les nations industrialisées des autres continents, surtout européennes.

« La France, bien que tardivement touchée, n’échappe pas à cette crise : baisse des valeurs françaises auxquelles le redressement Poincaré avait donné une bonne solidité de 1927 à 1929, baisse des prix agricoles qui frappe durement la paysannerie, baisse des prix industriels. La mévente entraine la surproduction. Le chômage s’étend dans le monde entier. »

En France, vers 1936, on compte 1 500 000 chômeurs environ, un terrain favorable aux crises de tout ordre. Elles se succèdent de 1933 à 1936, sociales, politiques, morales. « Le régime de la IIIe République est menacé par les extrêmes. » L’expéri­ence du Front populaire, né de la coalition des forces de gauche, échoue (mai 1936-avril 1938). « La France, divisée, affaiblie par ces crises, est entrainée en 1939, dans la tourmente. »

Les évènements influent profondément sur l’administration de la Colonie : l’économie malgache étroitement liée à celle de la Métropole, connait comme elle de graves problèmes. L’opposition des Malgaches, de plus en plus forte, prend un relief plus important encore dans ce contexte. L’admi­nistration de Léon Cayla (1930-1939) coïncide avec cette période difficile. Du fait des difficultés économiques, les colons ont besoin de l’aide du gouvernement français. Cette situation renforce la position du nouveau gouverneur général.

Dès son arrivée dans la capitale, en mai 1930, Léon Cayla se charge de défendre l’économie. La France, à sa demande, adopte un système préférentiel au bénéfice des exportateurs de Madagascar. À l’intérieur, l’aménagement de la production permet d’éviter les hausses dangereuses. Les colons sont encouragés à développer les cultures riches, café, vanille, girofle. La recherche de la qualité- par exemple la promotion du vary lava connu en France sous le nom de Caroline malgache- favorise leur exportation. La prospection des marchés étrangers se fait de plus en plus active à travers les foires et expositions internationales. « Cette collaboration étroite des colons et de l’administration atteint son but. »

Tous ces efforts s’accompagnent d’une austérité administrative (renforcement du régionalisme pour atténuer les charges du gouvernement général, réduction des effectifs des fonctionnaires européens et malgaches), mais aussi de la poursuite des grands travaux d’aménagement dans presque toutes les grandes villes malgaches et dans les ports, de l’augmentation du réseau routier qui passe de 15 000 km à 20 000 km de 1930 à 1939, et du réseau ferroviaire, du début de l’exploitation postale aérienne, de l’amélioration de l’Enseignement qui progresse, etc.

En même temps, l’avènement du Front populaire en France modifie la politique coloniale, notamment en matière de travail forcé. La suppression du « Service de la main-d’œuvre des travaux publics d’intérêt général » ou Smotig est prononcée en juillet 1937 et les rapports entre employeurs et salariés deviennent plus conformes aux droits du travailleur. « Cette mesure, mal accueillie par la majorité des colons, ouvre de nouveau la crise de la main-d’œuvre. Pourtant, de nombreux Malgaches, récemment libérés du Smotig, n’hésitèrent pas à s’engager dans des entreprises pour y exercer le métier qu’ils avaient appris dans les camps. Le mouvement syndicaliste se développe à Madagascar. »

En outre, le décret du 7 avril 1938 est pris en France sur l’initiative de Marius Moutet, la veille de la chute du second ministère Blum. Cette loi stipule que les officiers et sous-officiers malgaches accèdent de plein droit à la citoyenneté française, de même les diplômés, anciens élèves de l’École Le Myre de Vilers et de l’École de Médecine, avec une procédure simplifiée de naturalisation. Cependant, « seule une minorité de gens instruits est touchée par ces dispositions malgré le développement de l’Enseignement. »

Les années 1938 et 1939 marquent ainsi un tournant dans l’histoire des rapports entre l’administration française et les Malgaches. Le nouveau ministre de la Colonie, Georges Mandel, « alors que la menaces d’un nouveau conflit mondial s’affirme de plus en plus réelle, recommande aux gouverneurs de travailler au resserrement des liens qui unissent la France à ses colonies ». À Mada­gascar l’opposition nationaliste n’est pas étrangère à cette évolution.

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