Editorial

Mapartheid

Du jamais vu. Même si le spoil système a toujours accompagné un changement de régime ou de président, la vague de limogeages en vigueur actuellement est sans précédent. Dans la plupart des cas, l’abrogation n’est pas assortie de nouvelle, nomination, entraînant un vide administratif dangereux. La journée du bonheur a été ainsi particulièrement amère pour plusieurs hauts techniciens en poste dans les hauts emplois de l’État. Eh oui, ils sont vraiment tombés de haut. Ils ne s’attendaient pas à une telle traduction aussi cynique du « Ny fitiavana no lehibe indrindra ». ( Le plus grand c’est l’amour). Les techniciens ont estimé qu’ils servent la République et non une personne et qu’ainsi, les changements à la tête de l’État ne doivent pas relativement les affecter. Erreur. Tous les régimes se sont empressés de politiser l’administration après avoir dénoncé vigoureusement cette situation pendant la campagne électorale. On met les gens de confiance dans les commandements de l’armée pour éviter les coups d’État militaires. On change les chefs de la police pour arrêter les personnalités gênantes. On remplace les présidents des différentes cours, les procureurs pour se mettre à l’abri d’une poursuite judiciaire. Et tout le
monde sans exception est passé à la trappe quelle que soit sa compétence et ses résultats. L’ex directeur du Bianco Analamanga, pour avoir osé s’attaquer à un baron du pouvoir actuel sous l’ère Rajaonarimampianina, en sait quelque chose.

Le changement balaie tout sur son passage . Les rares nominations laissent entendre que la compétence n’est pas obligatoirement le critère principal pour être nommé à un poste. La couleur et l’appartenance politique priment sur tout. Ils se disent victimes du Mapartheid qui souffle dans les ministères et les organismes semi-publics.

Le ministère des Finances et du Budget a donné le ton en abrogeant la nomination de tous les directeurs généraux, sans procéder à de nouvelles nominations dans l’immédiat. Une initiative dangereuse étant donné que, pour des postes très techniques, les prétendants ne courent pas les rues. Il a ainsi fallu remettre à son poste le directeur général du Trésor après s’être aperçu que sa place ne peut pas être laissée vacante indéfiniment. Le solde des fonctionnaires, la loi de finances rectificatives exigent la présence de techniciens rompus à ces exercices. D’accord pour un assainissement dans un ministère miné par le copinage et la gabegie dans le recrutement du
personnel, non pour une purge générale.

Les autres départements lui ont emboîté le pas. Des grincements de dents ont été entendus du côté des techniciens de l’environnement évincés sans aménités. Ils finiront par devenir eux-mêmes braconniers faute d’emploi.
Au ministère des Sports, le directeur général des sports, diplômé de l’École nationale des sports, reconnu à l’unanimité par ses pairs et le monde sportif comme celui qui maîtrise au bout des doigts la législation sportive, n’a pas été épargné par le tsunami. À ce rythme, le changement tant prôné risque de finir par un triomphe de la médiocratie. Ce serait dommage. On ne fait pas un assainissement pour introduire un nouveau fléau dans l’administration. Il faut admettre que l’élection d’un Président ne signifie pas que tous ceux qui ne partagent pas sa vision doivent être écartés de toute participation à la bonne marche des affaires nationales. Andry Rajoelina a bien affirmé qu’il voulait être le Président de tous les Malgaches. La coupe ne doit pas être loin des lèvres.

1 commentaire

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  • Laissons le temps au temps disait MITTERRAND . Ca ne rime à rien de chercher sans cesse des poux à ce régime. L’administration en général dans un pays sous développé comme Madagascar est gangrénée par l’apanage d’un copinage institutionnalisé et de gabegie officielle . Maintenant si on veut remettre à tout prix en selle par exemple RASOLO Elise corrompue jusqu’aux os ou l’ancien DG de la CNAPS c’est une autre question . Le directeur régional pour la province d’Antananarivo du bianco a été écarté pour ces accointances louches avec Mbola RAJAONAH .Si on veut vraiment rendre service à ce pouvoir dans le chemin d’instauration de l’état de droit c’est de lui rappeler sans cesse que la frilosité du PRM à légiférer par ordonnance le recouvrement des avoirs illicites est une faute politique .