Notes du passé

Une argumentation des plus fantaisistes

Alors que les ambassadeurs de Madagascar de 1882-1883 mènent une mission dans des pays européens et aux États-Unis pour faire valoir les droits malgaches contre la France, une brochure américaine paraît. Pour pouvoir défendre la légitimité des exigences françaises, elle présente la Grande île. Les historiens attribuent généralement la découverte de Madagascar au capitaine portugais Diego Dias. D’autres prétendent que la même année, un capitaine français de Normandie, Paulmier de Gonneville y débarque. « En tout cas, personne ne conteste qu’en 1642, Pronis fonda un établissement à Tholangas, que Flacourt fortifia et nomma Fort-Dauphin en 1648. »

Selon la brochure, depuis cette époque les Français s’appliquent à apprendre la langue et gagnent rapidement la confiance de la population. « Malheureusement, la conduite des fonctionnaires qu’ils envoyèrent, contrebalança les efforts de Richelieu et de Colbert pour assurer la prospérité des établissements français qui furent, en outre, bientôt, attaqués par les Hova ». Une assertion d’une « extrême fantaisie », souligne l’archiviste- paléographe Jean Valette.

Dès lors, la brochure américaine ne fait que critiquer la « puissance hova » pour louer les peuples antakarana, betsimisaraka, betanimena et sakalava soutenus par les Français. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, le gouvernement de Versailles, en raison de sa faiblesse, se contente de faire flotter son pavillon sur quelques établissements. La Ire République envoie à Madagascar M. Lescalier comme commissaire.

En 1810, les Anglais conquièrent l’île Maurice sur les Français et aussitôt, ils commencent « leurs intrigues » à Madagascar. Selon la brochure américaine, « la Contemporary Review admet que les Hova furent autorisés en pleine amitié avec l’Angleterre à soumettre certains peuples indigènes ». En même temps, Sir Robert Farquhar, gouverneur de Maurice, « essaya en 1816 de refuser aux Français le droit de fonder des établissements à Madagascar ». Mais « il est désavoué par son propre gouvernement qui déclara que les droits de la France avaient été reconnus par le Traité de Vienne et qu’elle pouvait reprendre possession des lieux qu’elle occupait au 1er janvier 1792 ».

Et la brochure de poursuivre: « Les intrigues avortées de Sir Robert Farquhar furent continuées par James Hastie, un sous-officier non commissionné qu’il envoya à Madagascar, muni d’instructions secrètes. » Sur le conseil de celui-ci, Radama Ier « se proclama » roi de l’île toute entière. À la mort de ce dernier, sa femme Ranavalona Ire lui succède en 1828. « Cette reine arrêta net l’élan civilisateur que Radama Ier, s’inspirant des idées libérales de la Révolution française, avait donné à Madagascar. » Puis une autre assertion fantaisiste: « On a supposé que Radama Ier qui avait du sang malgache, avait été assassiné par les nobles hova bien décidés à maintenir le pays dans la barbarie pour le gouverner plus aisément. » L’auteur de la brochure semble confondre Radama Ier au second du nom.

Aussi bien sous Radama Ier que sous son épouse, les droits de la France «n’avaient jamais cessé d’être proclamés », tant par l’expédition de l’amiral Mackau en 1818, que plus tard, sous Charles X par une autre qui occupe Toamasina, Tintingue et Foulpointe en 1829; « droits reconnus implicitement par la Grande-Bretagne ».

La brochure américaine poursuit sur la « révolte » des chefs hova (qui, d’après Jean Valette, n’a que peu d’importance) contre la reine en 1840 et qui ont demandé l’aide de la France. En réalité, c’est le fils même de la reine, le futur Radama II, qui s’est mis d’accord avec Lambert pour « libérer » son pays de la xénophobie.

Elle évoque le soulèvement général contre les conquérants hova des pays sakalava et antakarana. Ces derniers cèdent à la France par un Traité signé en 1841 « tous les pays situés dans le Nord de l’île et dont la validité est plus tard admise par la Grande-Bretagne ». En fait, l’accord est conclu entre le commandant Passot et le roi antakarana, Tsimiharo.

Radama II succède à sa mère en 1861 et « Madagascar fut rouvert au commerce et à l’influence chrétienne » qui se poursuit « jusqu’à la présente reine, Ranavalona II ».

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