Culture

Henintsoa Minoarivelo : « Le prix L’Oréal – Unesco constitue un tremplin pour la suite de mes recherches »

Primée au concours Prix L’Oréal-Unesco 2019, Henintsoa Minoarivelo a effectué des travaux de recherche sur la faune sauvage et l’environnement. Elle figure parmi les trois femmes africaines sur les marches du podium.

Quel a été votre parcours ?

Après avoir obtenu ma maîtrise en mathématiques à l’Université d’Antananarivo, j’ai obtenu une bourse d’étude pour l’Afrique du Sud en 2008. J’ai alors entamé mon troisième cycle universitaire à l’institut AIMS (African Institute for Mathematical Sciences). C’est une institution panafricaine dont l’un des objectifs est de recruter des jeunes scientifiques du continent africain qui ont surtout eu un parcours en mathématiques appliquées et fondamentales. Plus tard, avec le concours de quelques organisations qui offrent d’autres bourses, dont une bourse DAAD (Deutscheur Akademischer Austausch Dienst) et une bourse de mérite (offerte par l’Université de Stellenobsch), j’ai pu continuer mon Master et mon doctorat à l’Université de Stellenbosch. J’ai choisi de me spécialiser en modélisation mathématique pour l’écologie. Vers la fin de l’année 2015, j’ai soutenu ma thèse de doctorat sur la modélisation de l’évolution des réseaux d’interactions entre faune et flore sauvages. Je suis, actuellement, chercheuse post-doctorante au sein d’un groupe à l’Université de Stellenbosch spécialisé sur les Biomathématiques.

Qu’est-ce qui vous a poussé à participer à ce concours? Que représente ce prix dans votre carrière?

Le prix L’Oréal-Unesco pour les femmes et la science est une prestigieuse bourse de recherche visant à accélérer la promotion des jeunes femmes scientifiques dans le monde. Pour la région sub-saharienne, ce prix est octroyé, chaque année, à cinq chercheuses post-doctorantes et à dix doctorantes, en se basant sur l’excellence de leurs parcours scientifiques ainsi que sur la qualité scientifique de leurs projets de recherche. Pour 2019, j’ai eu la chance de figurer parmi les post-doctorantes à recevoir ce prix. La bourse de recherche liée à ce prix me permettra d’intensifier mes travaux de recherche sur l’effet du changement climatique sur les réseaux d’interactions écologiques. Un sujet qui me tient à cœur, vu l’ampleur actuelle des dégâts du changement climatique sur l’écosystème, et par voie de conséquence, sur la survie de l’humanité en général.

Pour moi donc, ce prix ne constitue pas seulement une reconnaissance de mes résultats en tant scientifique, mais aussi un tremplin pour la suite de mes recherches, ou même pour ma carrière. Il pourrait éventuellement m’ouvrir de nouvelles opportunités.

Racontez brièvement vos travaux de recherche sur la faune sauvage et l’environnement …

Mes travaux de recherche se situent essentiellement entre deux disciplines qui sont les mathématiques et l’écologie. Par le biais de la modélisation mathématique, les observations empiriques émanant d’un écosystème naturel sont traduites en termes d’équations pour former des modèles mathématiques. Ces modèles sont ensuite codifiés sous forme d’algorithmes dont la simulation se fera sur ordinateur. Ces simulations permettent de prédire l’état de l’écosystème en question au long terme. Cette technique est utilisée pour une gestion efficace des problèmes endurés par cet écosystème. Dans le cas de mes recherches, l’écosystème est constitué par des insectes pollinisateurs comme les abeilles, ainsi que des plantes que ces derniers pollinisent. Bien qu’un tiers de la production agricole mondiale dépend directement de la pollinisation par des insectes, ce type d’écosystème est actuellement en danger, et le changement climatique constitue l’un de ses principaux problèmes. Mes travaux se penchent donc sur les effets à court et à long termes du changement climatique sur la pollinisation.

Avoir une Malgache parmi les nominés constitue une fierté pour nous. Un petit message de votre part …

Si j’ai un message, il s’adresserait plutôt aux jeunes apprentis du secondaire et des lycées. N’évitez surtout pas les matières scientifiques comme les mathématiques pour la seule raison que vous les trouvez difficiles. Vous risqueriez de manquer une carrière scientifique bien passionnante. Embrassez plutôt ces difficultés, baignez-vous dedans. Vous y trouverez un art, une poésie.