Chronique

Chronique de VANF : L’insularité a du bon

Le Nil, mais lequel ? On connaît généralement mieux le «Nil égyptien», celui qui a permis la naissance d’une brillante civilisation dont témoignent les pyramides.

Pourtant, le Nil, dont l’Égypte dépend pour son agriculture, prend sa source au lac Tana : il s’y nomme encore le Nil bleu, traversant l’Éthiopie sur 800 km et le Soudan sur 650 autres, avant de se joindre au Nil blanc à Khartoum, capitale soudanaise. Quant au Nil blanc, il prend sa source au lac Victoria, le plus grand lac d’Afrique, à la frontière de trois pays : le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda. L’histoire de ce lac offre une caricature de «l’Afrique qui n’est pas entrée dans l’histoire» comme diraient certains. Il doit, étrangement, sa «découverte» à un Européen qui lui a accolé le nom de la Reine d’Angleterre en 1885. Et ce serait un Arabe, Al Idrissi, qui en aurait dressé la carte au XIIème siècle : il semble pourtant impensable que les populations nilo-hamitiques ou leurs rivaux bantous n’aient jamais vu ce lac, plusieurs siècles avant les Arabes et les Européens.

Comme dit un proverbe malgache : la fumée ne descend pas, l’eau ne monte pas. Le Nil est donc d’abord éthiopien ou soudanais avant d’être égyptien, en aval. Et sur la partie du Nil qui traverse son territoire, l’Éthiopie a décidé de construire le plus grand barrage hydro-électrique d’Afrique avec une capacité de 6000 mégawatts.

Entamés en 2012, les travaux sont prévus être achevés en 2022. Craignant une baisse du débit de «son» Nil, l’Égypte a toujours été opposée à ce projet et les discussions entre les trois pays concernés, Éthiopie, Soudan, Égypte, n’ont pas avancé depuis neuf ans. Cette année, l’Égypte a demandé une médiation internationale et les négocations ont repris le 6 novembre 2019, à Washington, sous l’égide des États-Unis. L’Égypte demande notamment une garantie de 40 milliards de m3 d’eau.

C’est à la lecture de ce genre de problème que je me félicite de notre insularité. Des frontières communes imposent une cohabitation. Et l’Humanité a suffisamment écrit son histoire en lettres de sang à cause d’une cohabitation qui a mal tourné. Ne pas pouvoir construire «son» barrage, parce que le voisin craint que l’eau ne coule plus à son robinet. Et il faudra envoyer des ministres négocier à Washington. Le «beau Danube bleu», qui traverse dix pays, avait rougi du sang des Chrétiens et des Musulmans, de Vienne à Belgrade, en passant par Buda, lors de la «Reconquista» du XVIIIème siècle. Heureusement, Madagascar est une île.

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