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PÉNURIE DE DEVISES À MAURICE – Comment les banques encouragent la spéculation

Des membres de l’opposition parlaient, certes timidement, des spéculations pratiquées par ceux qu’ils qualifiaient de profiteurs. Nous avons découvert l’ampleur de ce phénomène et ses origines.

Alors que les importateurs font la queue pour acheter des devises étrangères, que l’offre ne peut satisfaire la demande et que, par conséquent, le taux de change de ces monnaies ne cesse de s’apprécier par rapport à la roupie, on apprend que certains Mauriciens fortunés ont accès à des centaines de milliers de dollars ou d’euros. Qu’en font-ils ? Importent-ils des produits alimentaires pour nourrir la population ? Utilisent-ils ces devises pour financer les études de jeunes Mauriciens à l’étranger ? Non, ils les gardent au chaud.

Plus grave, ces privilégiés n’utilisent pas seulement leurs propres économies qu’ils ont en devises étrangères. Ils demandent et obtiennent des prêts en ces devises auprès de certaines banques. Qui récoltent par la même occasion des intérêts et d’autres frais.

Comment cela se fait-il ? Un exportateur, par exemple, peut conserver disons 100 000 dollars de recettes à son compte en devise et non les vendre. Cela peut se comprendre, vu que l’exportateur devrait avoir le droit de garder ses dollars qu’il utilisera pour financer l’importation de matières premières.

En voilà encore

Ainsi, il ne courra pas le risque de fluctuations, surtout à un moment où la roupie tend à se déprécier, ce qui lui causera des pertes lorsqu’il devra acheter plus cher les dollars pour payer ses importations. Certains diront que le fait que l’exportateur garde une grosse partie de ses recettes en devises prouve que son entreprise n’apporte pas grand-chose au pays, surtout si elles sont aussi utilisées pour payer le travailleur bangladais. Mais cela est un autre débat.

On comprend cependant moins que des Mauriciens ou résidents étrangers non exportateurs puissent être autorisés à conserver leurs dollars ou euros rien que pour se prémunir de la dépréciation de la roupie. Alors que le pays manque de devises. Là aussi, c’est un autre débat dans lequel il n’y a pas beaucoup d’économistes, même de l’opposition, qui daigneront entrer, probablement au nom du sacro-saint principe de liberté économique et de l’image du pays !

Résultat, déjà sérieux, pour les Mauriciens lambda, le manque de devises provoque une dépréciation accélérée de la roupie et ainsi une inflation des prix de produits importés comme le lait, le riz ou même le carburant, dont le prix risque de rester élevé pour cette raison, comme l’a expliqué l’express de lundi.

Mais ce qui est grave dans toute cette histoire, c’est que certains privilégiés du système ne placent pas seulement leur propre argent en devises. Ils en empruntent encore et ont droit à neuf fois la somme qu’ils détiennent déjà… avec l’effet levier ou le leveraging. Ainsi, si l’on a 100 000 dollars, on a droit à un emprunt de 900 000 dollars. Le tout, c’est-à-dire, un million de dollars, est alors placé là où cela rapporte le mieux. Il y a aussi un élément de risque lorsque l’on recherche de hauts retours. Pour un financier, la banque qui pratique cela fait presque exactement ce qu’elle a promis de ne plus faire après les pertes par milliards : prêter à risque à des étrangers.

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