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Chronique

Fascination pour la chose royale

La moitié de l’Humanité a suivi (à la télévision) les funérailles d’Élizabeth II. Quatre milliards, dit-on, selon un mode de calcul que j’ignore. En avril 2011, le mariage du prince William avec Kate Middleton avait réuni trois milliards de téléspectateurs, selon une estimation du New York Times. Les funérailles de Lady Di, en septembre 1997, scotchèrent jusqu’à 2 milliards de gens devant leur télé. Parmi les dix évènements les plus suivis (l’ouverture des Jeux Olympiques 2008, la finale de Coupe du monde de football 2018, les premiers pas sur la Lune en 1969), ceux en l’abbaye de Westminster écrasent largement la concurrence en audiences cumulées.

Mais, qu’a donc cette monarchie britannique qui nous fascine tellement ? Par exemple, cela fait 530 ans que les Rois catholiques, Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille, ont achevé la Reconquista en Espagne. Et la monarchie espagnole, comme sa cousine britannique, avait été, elle aussi, à la tête d’un immense empire. Mais, qu’elle perdit entièrement à la fin du XIXème siècle. Guerre de la succession d’Espagne, défaite navale de Trafalgar, deux abdications royales, deux républiques proclamées, une guerre civile, une dictature militaire, une restauration concédée par Franco en 1947 : une histoire en pointillés qui mettra la monarchie espagnole sous la tutelle du général Franco, jusqu’en 1975.

Les monarchies les plus anciennes affichent un arbre généalogique qui traverse les siècles. Leurs chronologies rythment les séquences des manuels d’histoire. Leurs disputes familiales provoquent des guerres entre les nations. Chaque détail de leur existence devient sujet de littérature ou objet de curiosité scientifique. Que, par exemple, Alphonse XIII d’Espagne (1886-1931) est un cas rarissime d’endogamie et de consanguinité : à la onzième génération, on ne lui comptait que 111 ancêtres différents, là où une filiation «normale» énumérerait 1024 ascendants.

Les dynasties les plus influentes nouent également entre elles un cousinage, aux ramifications complexes et implexes, qui a finalement tissé les États-Unis d’Europe bien avant l’idée d’Europe. Ainsi, Georges 1er, de Brunswick Lunebourg, déjà roi de Hanovre, devint aussi roi d’Angleterre en 1714. Il est l’ancêtre des rois hanovriens d’Angleterre tandis que l’époux de la reine Victoria (1837-1901), le prince Albert, relie les Mountbatten-Windsor à la prestigieuse maison Saxe-Cobourg-Gotha, qui occupait encore cinq trônes européens au début du XXème siècle. Et que, pour en revenir à Alphonse XIII, son épouse était une Battenberg, comme l’époux d’Élizabeth II était un Battenberg par sa mère, avant d’angliciser le nom en «Mountbatten».

La monarchie britannique bénéficie enfin d’une audience planétaire. Cet empire-là fut maître sur toutes les mers et des trois quarts des terres émergées : les Indes, l’Afrique depuis Le Caire jusqu’au Cap, le Canada et les treize colonies d’Amérique, l’Australie, l’Arabie, la péninsule malaise, Singapour, Hongkong, l’île Maurice, les Seychelles… Que l’anglais devienne la lingua franca du village planétaire et les cérémonies en l’abbaye de Westminster sont audibles à la moitié de l’Humanité.

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