Notes du passé

Deux jours à rendre visite aux mânes des ancêtres

RAINILAIARIVONY, après s’être débarrassé de ses adversaires en 1864, donne champ libre à son ambition, au sommet de l’État. Il commence par organiser le territoire du « Royaume de Madagascar » en instituant autour de l’Imerina qui est le « cœur du royaume », les Tanindrana constitués par les pays conquis, les Hautesterres comprenant le Betsileo et les Hautesterres, et les vastes plateaux du Sud (« Histoire de Madagascar », 1967).

Malgré ce début d’organisation territoriale qui semble bien tourner, l’État reste pauvre. Selon les auteurs de l’ouvrage, les ressources de l’État sont limitées parce que l’économie demeure très archaïque. « Les droits de douane rapportent beaucoup plus que les autres impositions, mais les droits en nature, l’ isampangady et la corvée, ne permettent pas des réalisations spectaculaires. Les autres impôts, taxes diverses et a mendes , hasina, ne rapportent guère . L’insuffisance de l’argent et de l’or, une circulation monétaire encore trop faible, réduisent les possibilités du Premier ministre. On ne peut parler de Finances. »

Pourtant, les serviteurs de l’État ne reçoivent pas de traitement. La corvée frappe tous les hommes libres. Elle les oblige à servir, le cas échéant, dans les postes de l’Administration. Aussi, ces serviteurs sont-ils conduits à vivre sur le pays et sur l’habitant. « La notion de budget n’existe pratiquement pas : le peuple et l’État y perdent ensemble. Car les abus ne sont pas rares et le contrôle des gouverneurs et de leurs subordonnés est souvent impossible. »

L’hégémonie de l’État merina fait cependant régner la paix dans les pays conquis et se renforce avec le temps. Des commerçants et des paysans suivent les soldats. Aussi les postes militaires deviennent-ils souvent de petites villes. Telles Fianarantsoa qui se développe sur le Rova d’Ivoneana, Ambositra qui se relève… Le long des pistes, écrivent les historiens, de nouveaux terroirs et villages naissent.

Sur la côte, les colons créoles parviennent désormais à s’installer dans des plantations modestes qu’ils louent à des Malgaches. « Ils ne peuvent en aucun cas devenir propriétaires de ces terres où ils cultivent le café, la vanille, la canne à sucre et le girofle. » Le gouvernement seul peut concéder une grande plantation à l’étranger et perçoit des redevances sur les produits. Il affirme sans cesse son droit de propriétaire, « ce qui exaspère les traitants et les colons européens avides de profit ».

Parallèlement, la tradition est confrontée à l’Occident. En 1864, en effet, l’Europe est en pleine révolution industrielle. Les pays occidentaux, surtout l’Angleterre et la France, s’orientent vers l’impérialisme. C’est une concurrence sans merci, soulignent les auteurs du livre d’ « Histoire de Madagascar » de 1967, qui oppose les détenteurs de capitaux à la recherche de pro fi ts. Le monde colonial devient pour l’Europe industrielle un vaste champ de bataille économique.

« L’intégrité de la Grande ile est de plus en plus menacée par cette évolution qui donne à la conquête impérialiste un élan nouveau, souvent irrésistible. Se développer ou succomber, tel est le dilemme pour les pays menacés par la colonisation. » Bref, Rainilaiarivony et Madagascar ne peuvent échapper aux convoitises.

Les mêmes auteurs précisent toutefois que la civilisation des ancêtres n’est pas ébranlée en dehors de l’Imerina et de quelques cantons sur les côtes. La vie est essentiellement la même dans l’intérieur de l’Ile où les groupes demeurent solidement liés par les traditions. Les luttes entre les chefs et les clans ne modifient pas les coutumes. Pasteurs ou agriculteurs, itinérants ou sédentaires, tous vivent dans le respect profond des règles ancestrales.

De plus, les sociétés restent fondées sur l’esclavage et les catégories sociales sont jalousement attachées à leurs privilèges. « Les structures demeurent intactes. L’économie d’échange, en dehors de l’Imerina et des pistes commerciales, est très réduite. Les bouleversements que la circulation monétaire entraine dans les sociétés traditionnelles, ne se produisent pas. » L’individu reste surtout attaché à son clan quelle que soit sa condition.

Les gens luttent pour conserver leur liberté et leur patrimoine ancestral. Les Antanosy, au milieu du XIXe siècle par exemple, quittent leur territoire pour s’installer hors de l’influence merina, dans les pays des Mahafaly, dans la vallée moyenne de l’Onilahy. Des Antesaka se réfugient dans les forêts pour la même raison. « Ainsi, la fidélité aux coutumes et le goût de la liberté pouvaient l’emporter sur l’amour de la terre. »

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