Editorial

Arrêter le massacre architectural

Pas si laid, ce complexe administratif d’anosyampefiloha sur les photos de sa maquette. On devine une volonté de cohérence. On sent un dessein de bâtisseur.

Le choix de remblayer une plaine inondable est certainement contestable, mais il se dégage une certaine originalité harmonieuse de cet ensemble autour de l’Hôpital Ravoahangy-andrianavalona, du Palais de Justice, de l’actuel Ministère des affaires étrangères qui devait être le siège du sénat, de l’immeuble circulaire du Ministère de l’Éducation, de l’immeuble «patte d’éléphant».

Leur perspective architecturale ne devrait pas être polluée par des annexes rapportés : parfum d’improvisation, absence d’architecte, rafistolage de budget. Le tout mélangé accouche de bâtiments utilitaires : quatre murs bêtes coiffés d’une toiture de rigueur et percés de meurtrières qu’on hésite à appeler fenêtres. ainsi est-il du bâtiment de délivrance des passeports au ministère de l’Intérieur, comme du bâtiment de l’Ordre des avocats, ou encore du bâtiment de la Chambre administrative.

Des travaux sont actuellement en cours sur le parvis du Palais de Justice. La visibilité monumentale, qui fait toute la majesté de cet immeuble, en sera diminuée. Ménager de la profondeur à l’espace, théâtralise pourtant avantageusement le paysage. C’est la fonction de la large avenue qui s’ouvre devant la gare de soarano. C’est le rôle de l’avenue, qui libérée, dégagerait la belle perspective sur le palais d’ambohitsorohitra depuis le terre-plein d’antaninarenina. C’est l’utilité de la longue allée qui débouche sur la résidence présidentielle à Mantasoa. C’est l’objectif de l’interminable ligne droite qui laisse loisir d’admirer le palais d’Iavoloha au-delà de son corps de garde.

Les permis de construire devraient exiger l’essentiel d’une construction : la beauté. On a vu les temples et églises témoins du 19ème siècle être agrandis intempestivement pour faire de la place à des fidèles qu’on n’éduque donc ni à l’histoire ni à l’architecture. On voit se multiplier les initiatives privées qui empilent des locaux à louer dans des tours sans âme, sous prétexte de modernité. On assiste désormais à une surenchère administrative dans la défiguration organisée d’antananarivo.

Sur d’autres photos anciennes, l’actuel immeuble de la Haute Cour Constitutionnelle, qui fut l’hôtel du secrétaire Général de l’administration coloniale, trône dans la solitude altière de sa forte identité architecturale. On lui avait déjà adjoint cette quelconque salle d’audience. Bientôt, sa perspective sera davantage encore gâchée par cette nouvelle annexe qu’on devine juste fonctionnelle. Utilitaire et fonctionnel, les maîtresmaux d’une administration peu soucieuse de faire Beau : les constructions du ministère de la Défense qui encombrent le paysage autour du palais d’andafiavaratra, les rajouts qui alourdissent les flancs de la Bibliothèque nationale à anosy, ce cube qui cache le bel immeuble du Télé-Enseignement à ankaditapaka…

L’État administre, il lui a fallu des administrateurs civils. L’État finance, il lui a fallu des inspecteurs du Trésor. L’État construit, il lui faudrait un corps d’architectes. L’État a un patrimoine, il lui faudrait des inspecteurs des Beaux-arts. L’État veille plus généralement à la Culture, il lui faudrait spécifiquement des administrateurs culturels.

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