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Editorial

À Malien, malien et demi

Une explosion sociale imminente. Les prémonitions ont été formulées par Serge Zafimahova, bras droit du professeur Albert Zafy, devenu un fervent supporteur de Marc Ravalomanana. À rappeler tout de même que « l’homme au chapeau de paille » n’a jamais reconnu « le self made man » des produits laitiers comme président de la République. Les deux extrêmes ont fini par se liguer pour contester le régime transitoire présidé par Andry Rajoelina. Ceci étant, Serge Zafimahova reste un analyste affûté de la vie politique nationale.

Et les émeutes qui ont éclaté à Ilakaka, capitale mondiale du saphir, suite à une « faute d’inattention » d’un militaire qui a tiré, « par inadvertance » sur un déséquilibré mental, lui ont plutôt donné raison. Une étincelle peut enflammer un brasier. Le « bleu » en question, plus à plaindre qu’à blâmer, a voulu appliquer à la lettre et dans son esprit le port obligatoire de cache-bouche. Un attirail souvent difficile à supporter dans la fournaise de certaines localités comme Maevatanàna ou Miandrivazo, par exemple. Où le mercure du thermomètre peut monter jusqu’à 40°C à l’ombre.

Certes, ces révoltes à Ilakaka, peuvent être considérées comme des cas isolés. Mais elles n’en attestent pas moins d’une frustration latente, d’un ras-le-bol qui tend à se généraliser. Car, le confinement a fait le job. Il a étouffé les activités économiques, toutes professions confondues, jeté sur le chemin du chômage de nombreux salariés du secteur privé, frappé de plein fouet l’informel. À part quelques secteurs qui ont pu tirer les marrons du feu – grande distribution, pharmacies, commerces du détail, boutiques de linceuls et des pompes funèbres – les œuvres destructrices du coronavirus sont ressenties dans chaque foyer.

Aussi, les tenants du pouvoir ne sont-ils pas à l’abri des convulsions politiques. La lutte contre la Covid-19 ne peut leur servir de prétexte à toutes les difficultés du quotidien. L’état d’urgence sanitaire ne peut constituer une carapace imperméable pour eux de s’accrocher à leurs fauteuils indéfiniment. Les Maliens ont prouvé qu’il est possible, en dépit des « gestes barrières », de descendre dans la rue pour revendiquer le départ du président de la République en exercice, Ibrahim Boubacar Keïta, élu de façon démocratique. En la matière, les Malgaches passent pour être des experts en Afrique.

D’autres « numéros Un » sont en difficulté. Donald Trump a sous-estimé la capacité de nuisance du mal. Le maître de la Maison Blanche fait face à la colère noire des Américains. Emmanuel Macron dut remercier son Premier ministre, Edouard Philippe, devenu le chouchou des Français, par sa gestion « saine » et sans fioriture de la lutte contre la pandémie. Pour que le longiligne maire du Havre ne vienne le toiser à la prochaine présidentielle. Jair Bolsonaro, en refusant le port du masque, a fini par « avaler » le virus.

Comme disait Me Francisque Ravony. Le plus difficile n’est pas d’atteindre le sommet. Mais comment faire pour s’y maintenir. Le journaliste Rachid Arab, visage familier d’Antenne 2 des années 90, aujourd’hui chez LCI, conclut. « Profitez des joies de la conquête. Car l’exercice du pouvoir est un apprentissage à la déception ».

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