Editorial

Jeux débiles

Juste une illusion. Le succès des Barea serait-il l’arbre qui cache la forêt à propos des maux qui gangrènent le sport ? On le sentait venir et on l’avait prévu. On avait bien su récupérer la réussite inattendue des Barea avec une exploitation politique à fonds et une campagne de communication exceptionnelle comme l’ancien producteur de spectacle devenu président sait le faire. L’intendance semble avoir du mal à suivre le train imposé par le TGV.
L’amateurisme flagrant constaté lors de l’accueil des Barea semble suivre les athlètes aux Xes Jeux des îles de l’océan Indien disputés à Maurice. Outre l’impréparation flagrante des équipes complètement délaissées par le ministère de la Jeunesse et des sports malgré l’annonce faite en février par le ministre Roberto Tinoka Raharoarilala annonçant que le budget consacré aux JIOI était ficelé, des négligences inadmissibles ont été constatées. Les cyclistes ont du courir avec des polos de volontaires mauriciens faute de maillots. Ironie du sport, les polos de couleur orange semble leur avoir porté chance puisqu’ils ont ravi la médaille de bronze à l’épreuve contre la montre. Il s’agit là de la première médaille du cyclisme depuis 1990. C’est dire le mérite des coureurs en dépit de cette défaillance inacceptable des responsables. Ils ont montré ce qu’ils ont dans le ventre et les jambes et ne demandent qu’un meilleur traitement, une meilleure considération pour rivaliser avec leurs adversaires nettement mieux préparés et mieux lotis.
Les Barea version Jeux des îles ont justement montré qu’il ne suffit pas de donner des primes pour avoir des résultats. Qu’il ne fallait pas voir le vrai niveau du football à travers le prisme déformant des exploits du Caire qui sont l’œuvre de joueurs expatriés pris ici et là dont l’expérience professionnelle a été déterminant.
Incapables de battre les Seychelles comme c’est souvent le cas depuis l’élimination du Cosfa par Saint-Michel United en coupe d’Afrique inter-clubs en 1992, les protégés de Roro livrés à eux -mêmes pendant la préparation au camp de concentration de Carion, ne pouvaient donner que leur cœur. Un résultat jugé honteux par les supporters mais il faut savoir que si pour les autres îles, battre Madagascar en football vaut plus que toutes les médailles d’or, ce tournoi ne devrait être qu’une étape pour les échéances plus importantes pour les Barea. Cela ne veut pas dire qu’on ne doit pas le prendre au sérieux. Au contraire il s’agit d’un tremplin pour l’avenir et Madagascar a un rang à préserver, un prestige à sauvegarder. Une équipe bien préparée, bien équipée, bien soutenue peut nettement faire la différence même sans expatriés. À ce propos on se demande le rôle de Tafita qu’on entend davantage dans d’autres domaines que dans le développement du sport et de la jeunesse à travers les taxes parafiscales sur le tabac et l’alcool qu’il perçoit.
Visiblement on ne sait pas par quel bout prendre le développement du sport. Quand on veut commencer par une académie, on voit très bien que les problèmes ne sont pas cernés. On veut tout simplement impressionner, bâtir des murs pour pouvoir dire qu’on a fait des édifices sans avoir pensé au préalable à son fonctionnement, à son efficacité, à son apport. Ratsiraka a eu ses éléphants blancs, Rajoelina pourrait avoir ses mammouths orange avec les hôpitaux manarapenitra, les buildings, les villes nouvelles.
Les haltérophiles ont mis du baume au cœur hier en remportant neuf médailles d’or pour sauver une situation que d’aucuns sentaient déjà catastrophique mais il ne faut pas se faire trop d’illusions dans une édition où les disciplines ont été choisies de manière à donner avantage au pays hôte. C’est ainsi que le tennis, le handball, la pétanque, le karaté, le taekwondo ont été écartés au profit d’autres disciplines dans lesquelles Madagascar n’ont aucune chance de médailles.
Dans tous les cas, le succès des Barea implique désormais qu’on n’a plus le droit de faire moins. L’opinion attend de pied ferme les résultats de ces Jeux débiles et la belle solidarité spontanée autour du sport pourrait se retrouver pour demander des comptes et réclamer des têtes. Il n’y a plus de place pour les dirigeants dont l’incompétence n’a d’égale que la malhonnêteté et la voracité et qui vivent de l’exploit des sportifs. Alefa supporters.

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