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Chronique

Tout Madagascar, chaque Madagascar

J’ai été interpellé par un reportage de France 24. Pas tant le fond, habituellement triste sur fond de réalité du tiers-monde, que par la forme.

Avec les guillemets de rigueur, je reprends de larges extraits du résumé écrit sur le site france24.com. Et d’abord le gros titre: «Avoir ses règles à Madagascar : un tabou qui freine l’émancipation des femmes». On le sait depuis l’école primaire, et dans tous les manuels de géographie, que Madagascar est une île «aussi grande que la France et le Benelux réunis». Sur cette île immense donc, dire simplement «à Madagascar», c’est comme confondre la réalité de la Flandre (Belgique) avec le quotidien à Bayonne (pays basque), généraliser à l’Avignon papal (France) ce qui se conçoit libéralement à Amsterdam (Pays-Bas).

Et, même à l’intérieur des frontières de la France, appliquer à la Bretagne les clichés sur la Corse. Et, d’ailleurs, qu’en sais-je, puisque, comme toutes les grandes généralisations, il y a nécessairement d’énormes approximations.

Toujours avec les guillemets de rigueur, je reprends ma lecture: «Pour les femmes de Madagascar, la période des règles est maudite. Avoir accès à des toilettes, de l’eau claire ou encore des protections hygiéniques jetables est un luxe dont elles sont pour la très grande majorité privées. Nos reporters ont enquêté sur l’île où entre la pénurie d’infrastructures de base, le manque d’accès aux biens de première nécessité mais aussi les croyances, tabous et humiliations, l’hygiène menstruelle est un combat pour des millions de femmes».

Mais, bien entendu que c’est scandaleux que de telles situations puissent perdurer au XXIe siècle. Sauf qu’il ne s’agit absolument pas «DES» femmes de Madagascar mais «DE» femmes de Madagascar, dussent-elles se compter par millions. Les femmes, qui lisent habituellement mes Chroniques, ont fait des études supérieures, occupent des postes de décision (il n’y a plus finalement que Premier Ministre ou Présidente de la République qu’elles n’aient pas fait) et sont financièrement autonomes vis-à-vis de leur époux, quand d’ailleurs elles prennent la peine de se marier. Nos compagnes, nos soeurs, nos filles, peuvent témoigner de la banalité sociale, et logistique, de leur cycle menstruel dans l’autre Madagascar finalement trop «normal» pour qu’on en parle.

Et c’est cette précision d’importance qu’il eût fallu annoncer d’emblée: on peut, n’est-ce pas, parcourir toute la (grande) île de Madagascar mails aller seulement «à la rencontre de femmes vulnérables»: et c’est donc dans cette frange malheureuse de la population que «la quasi-totalité des femmes rencontrées utilisent du tissu en guise de serviette hygiénique».

C’est plus loin qu’on apprend incidemment que cela se passe en «milieu rural» et on comprend mieux la situation même si la généralisation maladroite, et donc l’amalgame inopportun, n’est jamais loin: «pour les femmes de Madagascar, avoir ses règles est, cycle après cycle, une période génératrice d’anxiété, d’exclusion sociale, nourrie de tabous et d’idées fausses».

Cette seule Chronique ne changera pas le monde. Ni la manière de le décrire. À plus d’un titre, la société malgache est plurielle. Pour mieux situer le propos sur la quatrième plus grande île du monde, je recommande chaque fois l’affichage d’une carte. Ici, l’Est, le Sud, l’Ouest, le Nord, peuvent se mesurer en plusieurs centaines de kilomètres de distance par-delà, et au-delà, de frontières géographiques naturelles qui ont façonné l’archipel intérieur de la Grande île. Pour paraphraser Blaise Pascal, «Vérité en deçà du Tsaratanàna ou de l’Ankaratra ou de l’Andringitra, erreur au-delà».

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