Editorial

Sans toit ni loi

Deux criminels condamnés à la perpétuité détenus à Tsiafahy avant d’être transférés à la prison à ciel ouvert de Vohitany à Ejeda où ils se sont fait la malle. Une prison où le seul détenu est le penitencier. C’est tout simplement une invitation à l’évasion. N’importe qui à leur place aurait profité de cette aubaine providentielle pour retrouver la liberté. On a beau affirmer que la Justice se refait une santé à travers la mise en place d’équipements de surveillance au tribunal ou des ateliers anti-corruption, preuve en est qu’il y a loin de la coupe aux lèvres.
Le fait d’extirper deux criminels qui ont assassiné une étudiante à Toliara en 2017 recèle déjà un fort relent de corruption étant donné que le transfert devrait relever d’une décision judiciaire bien argumenté. Quand on les envoie dans une prison à l’autre bout du pays sans toit ni loi, là la ficelle est trop grosse pour passer inaperçue. C’est clair qu’il s’agit là d’une affaire impliquant de hautes autorités judiciaires. Coïncidence ou pas, il y a quelques semaines, le ministre de la Justice avait autorisé le transfert de détenus qui se sont dits victimes de racket des pénitenciers de Tsiafahy. Une affirmation démentie par le chef pénitencier de Tsiafahy qui rétorque avoir reçu l’ordre de libérer ces détenus. On ignore s’il s’agit des mêmes prisonniers. Dans tous les cas, le fait est gravissime et anéantit tous les efforts pour rétablir la notoriété de la Justice. On aura beau arrêter tous les auteurs de détournements publics, tous les trafiquants de bois précieux, tous les délinquants fiscaux, tous les réactionnaires, la crédibilité de la Justice restera très précaire avec ce genre de situation. Il est absolument impensable qu’il s’agit d’une petite combine entre les détenus et les pénitenciers étant donné qu’il fallait d’abord avoir l’autorisation de transfert.
On comprend mieux pourquoi la justice populaire supplante la Justice des juges. Il faut se mettre à la place de la famille de la victime pour comprendre l’envie suprême, la tentation inexpugnable de vengeance et de pratiquer la loi du talion. Du moins si c’est possible étant donné que les criminels seraient déjà à l’étranger. On vient juste de constater leur disparition. Tout a été donc bien organisé depuis le début. Du transfert des détenus, à leur départ à l’étranger en passant par l’évasion.
La Justice mettra du temps à se remettre dans le sens de la marche. On a eu de l’espoir avec les efforts entrepris par la ministre Vololona Harimisa Razafindrakoto pour redorer le blason de la Justice mais il semble qu’on fait plusieurs pas en arrière.
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’une libération de criminel se passe depuis le début de l’année . On se souvient de l’élargissement d’un présumé patron de kidnapping emprisonné à Toamasina, candidat aux législatives. Un ordre d’en haut est venu pour enjoindre les pénitenciers de la prison d’Ambalatavoahangy de lui ouvrir les portes. Il aurait eu son billet d’avion pour Tana avant même sa sortie de prison. Aucune poursuite n’a eu lieu sur cette affaire. Cela risque encore d’être le cas cette fois ci à en juger les circonstances de l’évasion. Si tel n’était pas le cas l’État devrait sévir avec la dernière rigueur. Sinon il faut arrêter d’embobiner l’opinion avec la lutte contre la corruption et de tourner en bourrique la population alors que la corruption à perpétuité est désormais munie d’un décret.

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