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Chronique

Malaise

La Fondation Akbaraly avait réuni les ambassadeurs de France, de l’Union Européenne, des États-Unis et les représentants onusiens à Madagascar, PNUD, OMS, UNICEF, pour discuter de la situation face au Covid. Malgré leur présence à cette réunion, on avait le malaise que le Ministre des Affaires étrangères, le Ministre de la Santé ainsi que le Secrétaire Général de la Présidence, n’avaient manifestement pas le «lead» sur les trois minutes de la vidéo.

Madagascar vit sous le régime d’état d’urgence sanitaire et il aurait été cohérent que l’initiative d’une telle réunion stratégique vienne de l’État. En juillet 2020, l’appel à l’armée malgache pour gérer la plate-forme nationale de gestion médicale de Covid-19 reconnaissait de facto la gravité suffisante de la situation. En ces mois de mars-avril 2021, la situation ne semble pas moins préoccupante que le précédent pic hivernal.

La survenue de cette crise du coronavirus interroge sérieusement le système de santé malgache. Outre la Recherche & Développement, à ériger en accessoire indispensable de la souveraineté nationale médicale, la décentralisation oubliée par les administrations successives depuis 1959 aurait pu trouver un début d’exécution en empruntant le maillage territorial des plateformes militaires. Pour éviter des situations absurdes d’EVASAN intérieures, il faudrait pouvoir compter sur des plateformes régionales Covid-19 dont la cartographie épouse au mieux l’autre cartographie des CSB 1 et 2 (centres de santé de base) qui ont vocation à devenir autant de centres hospitaliers simplement aux normes («manara-penitra»). Au-delà, on pouvait espérer que ce maillage militaire devienne l’outil pour «civiliser» les nombreux déserts, médicaux, scolaires, sécuritaires, administratifs ou énergétiques, que compte en abondance le pays profond.

Le recrutement récent de 40 élèves-officiers de spécia­lités médicales, au titre du PFMCS (Peloton de formation militaire des cadres spécialistes), semblait conforter ce choix. Israël, qui a vacciné 80% de sa population, et qui déconfine avec levée de l’obligation du port du masque, avait eu recours à la puissance logistique de son armée pour s’autoproclamer «champion du monde de la vaccina­tion». Dans un pays comme Madagascar, où les structures militaires semblent être les dernières opérationnelles, l’urgence commanderait que la riposte au coronavirus s’y déploie.

Un autre ministère dit de souveraineté, les Affaires étrangères, serait-il à ce point dépourvu que l’État malgache déléguerait à une Fondation privée le soin de réunir ses partenaires internationaux, au rang desquels brillaient d’ailleurs par leur absence deux acteurs majeurs de la gouvernance médico-pharmaceutique mondiale, la Russie et la Chine?

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