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Football – En attendant les Éléphants

Éric Rakotondrabe et l’Ivoirien Boubacar Sanogo se disputent la balle lors du match Barea-Éléphants, le 11 octobre 2008 à Abidjan.

La première grande échéance internationale de l’année approche à grands pas pour le football malgache, et le temps n’est pas malvenu pour se souvenir de quelques faits et anecdotes de l’histoire du ballon rond, à Madagascar comme dans le monde.

Coup d’envoi fictif avec le Mundial 2006. La consternation règne dans toutes les vidéos publiques de la capitale, avec l’élimination de la bande à Drogba par une rugueuse équipe hollandaise qui a réussi à redevenir blanche. Plus aucune trace de l’époque multicolore des Ruud Gullit et autres Frank Rijkaard qui ont porté le maillot orange sur le toit de la planète foot. Ce n’est pas tout à fait la ligne de conduite de l’entraîneur français Raymond Domenech pour qui, « si les meilleurs joueurs sont black, ce n’est pas ma faute ». Fidèle à ses convictions, il lui est arrivé, une fois, d’appeler dix-huit joueurs de couleur en équipe de France… Retour dans les vidéos de quartier où l’euphorie règne de nouveau avec la victoire du Ghana sur la République tchèque. Qui a dit que les Malgaches n’étaient pas des Africains ?

2008, la grogne est partout sur le marché abidjanais de Treichville où les mamas en boubous errent comme des âmes en peine d’un étal à l’autre : tout est cher, trop cher même ! La crise n’empêche pas les Éléphants de garder leur train de vie princier pour leur déplacement à Madagascar : séjour d’acclimatation à La Réunion avant de mettre le cap sur Ivato, hébergement d’une délégation lourde de quarante cinq personnes au Carlton et nulle part ailleurs, et on en passe. Sur le plan purement sportif, quelques grosses pointures manquent à l’appel, mais l’équipe reste impressionnante, avec, notamment Boubacar Sanogo du Werder de Brême, Didier Zokora de Tottenham, Arthur Boka de Stuttgart, Marc-André Kpolo du Benfica de Lisbonne, Roland Demel de Hambourg, Kanga Akalé de Marseille et tous les autres. Les Scorpions jouent leur va-tout, et obtiennent un nul 0-0. Ce n’est pas rien !

Changement de décor pour le Stade de France et un certain match dit amical gagné 3-1 par les Bleus contre la Tunisie. Comment comprendre qu’il ait pu se produire, lors de ce match sans enjeu, une forte montée de xénophobie… à l’envers, puisque venant, pour une fois, des supporters de l’équipe visiteuse ? Et pourtant, le Maghreb dont fait partie la Tunisie a donné à la France parmi ses plus grands joueurs, pour ne citer que Zinedine Zidane hier, Mustapha Dahleb et Rabah Madjer avant-hier, Rachid Mekhloufi le magicien dans des temps plus anciens. La Marseillaise se trouva littéralement noyée dans les sifflets et les huées. Une explication est, peut-être, que le match correspondait avec l’anniversaire de la fin de la Guerre d’Algérie en1962. La guerre de libération s’achevait, mais la France des Droits de l’Homme réactualisa certaines lois coloniales pour réprimer les manifestations de Nord-africains dans les banlieues chaudes.

Paroles de rechange

Ce match posa tout haut la question de l’utilité des hymnes nationaux dans les stades. Ne servent-ils, en réalité, qu’à exacerber les nationalismes, aussi bien chez les acteurs que chez les spectateurs ? L’intention n’est pas toujours sportive, et l’hymne français porte le problème jusqu’à la caricature. Qu’on se mette à la place d’une équipe visiteuse et de ses supporters, quand tout un stade hurle « Aux armes citoyens ! Formez vos bataillons…Qu’un sang impur abreuve nos sillons ! » Comment leur en vouloir, s’ils peinent à rester poliment au garde-à-vous à écouter pareille incitation à la boucherie ? Un grand monsieur qui s’appelle Michel Platini a émis l’idée de donner à la Marseillaise des paroles de rechange plus fraternelles, destinées spécialement aux manifestations sportives. Il n’a pas été suivi sur ce qui était pourtant la voie de la sagesse.

Phase de jeu lors de la rencontre amicale France-Tunisie au Stade de France, le 14 octobre 2008.

Passons à ce qui était peut-être la plus belle victoire du même Michel Platini, ancien meilleur joueur du monde. Cela se passait au Hilton de Düsseldorf, lors de l’élection du président de l’UEFA, l’Union européenne de football. Il avait 51 ans, et l’ambition de redonner vie à un football où le beau jeu et le fair-play seraient les maîtres-mots. En face de lui se trouvait le Suédois Lennart Johansson, 77ans, fort de la réussite économique de l’UEFA durant les dix dernières années. Platini gagna l’élection en présence de ses parents qui étaient dans l’assistance, sur le score serré de 27 voix contre 23. C’était la victoire d’un football à visage humain sur celui des technocrates calculateurs et des froids gestionnaires. Il avait commencé sa campagne en visitant des petits pays ne comptant guère sur l’échiquier, comme la Moldavie.

Poignée de mains entre Michel Platini
et Lennart Johansson.

Terminons ces raccourcis sur une note hilarante, avec un match tout ce qu’il y avait de plus officiel, joué à Toamasina il y a plusieurs années de cela, et qui s’est terminé sur l’incroyable score d’une vingtaine de buts à zéro. Le plus étonnant n’était pas ce score en lui-même, mais le fait que le match ait été homologué comme si de rien n’était, après quatre-vingt dix minutes d’une farce du plus mauvais goût.

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