Editorial

Patriautisme

On ne vend pas la terre aux étrangers. Pour avoir osé braver le tabou, Marc Ravalomanana en avait payé de son trône. Il voulait louer 1,3 millions d’hectares aux Coréens pour des exploitations agricoles de grande échelle. Il était la cible de toutes les attaques faute d’avoir préalablement expliqué le projet à la population. L’opinion sentait plus un intérêt personnel qu’une intention d’atteindre l’autosuffisance alimentaire. Douze ans après que la pauvreté s’est aggravée, Madagascar importe toujours une importante quantité de riz pour satisfaire la demande.

L’État a signé un partenariat avec une société arabe pour mettre en valeur 60.000 hectares dans le Bas Mangoky. Outre les productions de riz, maïs, blé, soja… prévues, le projet va créer beaucoup d’emplois directs et indirects, créer des infrastructures pour la région, relancera le commerce local…Les mêmes réactions des vrais-faux patriotes refont surface. Madagascar compte 33 millions d’hectares de surfaces cultivables dont 3 millions d’hectares seulement sont mis en valeur. Le reste ne demande donc qu’à être mis en valeur et attend des promoteurs nationaux ou étrangers. Ils sont là depuis des siècles.

Les participants à la campagne de reboisement, dimanche, ont réalisé combien le pays est immense après avoir fait plusieurs kilomètres à pied dans la savane à perte de vue de Tampoketsa pour arriver à l’endroit où il fallait mettre les plants. Par la suite, ils ont constaté que la surface reboisée ressemblait à un petit lac à côté d’un océan. Il va falloir faire preuve de beaucoup de courage et de persévérance pour reboiser tout le pays. On n’arrive même pas à exploiter les 30 millions d’hectares de surface cultivable qui vont encore rester des terres en friche pendant des siècles si on s’arc-boute sur l’immobilisme et le patriautisme en arguant qu’il appartient aux Malgaches de produire ce qu’ils consomment. Pour que la production de riz réponde aux besoins de la population, pour que le prix du riz soit à la portée des plus vulnérables, pour que Madagascar soit le grenier de l’océan Indien, il faut procéder à la production industrielle. Il faut cesser de raisonner comme l’épicier.

En 1975, Ratsiraka avait expulsé les colons réunionnais qui avaient mis en valeur la région du Moyen Ouest. Sakay, Analavory, Tsiroanomandidy… étaient un petit Eldorado avec des fermes et de la culture. Aujourd’hui la situation est à pleurer. Il n’y a que ruine, désolation et pauvreté. La région est totalement abandonnée. Quelques vestiges du passé, les traces d’une station-service rappellent pourtant que c’était un petit paradis. Les Réunionnais sont partis mais les terres sont restées. On a préféré la souveraineté au développement, la pauvreté à l’opulence. On en est toujours à cette mentalité quarante-cinq ans après. Lamentable.

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