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Editorial

Es…crime

La criminalité en hausse de 7 à 8 %. Le constat est accablant mais c’est l’évidence. C’est loin d’être une surprise. C’est une fatalité dans presque tous les pays pauvres. Tous les désœuvrés deviennent des spécialistes es… crime. Au propre comme au figuré puisque les poignards et les sabres sont leurs armes de prédilection à défaut d‘ armes à feu réservées pour les gangs d’un cran au-dessus.

Éradiquer le banditisme, réduire la criminalité c’est presque mission impossible dans l’état actuel de la pauvreté. La répression policière constitue une nécessité sans pour autant être une panacée au mal. Cela plus d’un demi-siècle que la police lutte contre le grand banditisme de Rainivoanjo à Lama en passant par Ombrax, Bob et Carter, Mahandry, Dorick, Del Kely… À chaque époque correspond un bandit notoire. Et si Rainivoanjo était plutôt un bandit gentil, n’ayant jamais tué personne se plaisant à se transformer en serpent ou en lézard, Bob et Carter étaient impitoyables. Et si le taux de criminalité a augmenté de 8%, la cruauté des bandits a été multiplié par mille actuellement. Les crimes sont de plus en plus sordides et odieux à l’image du meurtre d’une dame à Ambohidrabiby ce weekend qui a été mutilée par ses bourreaux. Ou cet enfant albinos dont les globes oculaires ont été enlevés par ses agresseurs.

L’énorme écart social entre les pauvres et les riches constitue une violence et provoque une forme de vengeance de la part des bandits. Les pillages des magasins constituent une forme de révolte sociale contre cette inégalité criante et qui ne cesse de se creuser. Cette « armée sociale de réserve » est une épée de Damoclès plantée au-dessus de la tête de ceux qui s’estiment avoir été gâtés par le sort et favorisés par les circonstances. En attendant c’est dans la criminalité que cette explosion sociale s’exprime.

La police aura beau déployer tous les moyens pour mettre hors d’état de nuire le dernier bandit, il en existera toujours aussi longtemps que la pauvreté règnera. Il est des bandits comme il est des jacinthes d’eau, plus on les coupe plus elles poussent et envahissent tout l’étang.

Si la répression policière était la solution définitive, il ne devrait plus avoir un seul bandit avec tous ceux que la police a abattu en cinquante ans. C’est théorique étant donné que plus la population augmente plus il y a des risques d’augmentation du nombre de bandits. C’est d’autant plus vrai que des millions d’enfants naissent sans copie d’état civil, donc sans identité, sans avenir. Dès leur naissance ils sont condamnés à n’avoir qu’un seul sort, la rue, les crimes, la prison.

La réduction de la pauvreté, la création d’emplois pour les jeunes restent ainsi la seule solution pour annihiler la criminalité.Il n’y a pas de miracle dans ce domaine. Tant que les gens ont faim, tant qu’ils n’ont rien que leur dignité, tant que l’inégalité est une réalité au quotidien, tant que le taux de chômage est une grandeur directement proportionnelle au taux d’illettrisme et de naissance, la criminalité restera la seule issue de secours pour toute une couche de la population qui vit le même rêve de vie de bonheur, de réussite sociale, de standing de vie que le reste la population.

On ne le répétera jamais assez, la solution à la criminalité reste la création d’emplois, l’anéantissement de la pauvreté. Cela implique une hiérarchisation des projets de développement. Le nécessaire doit passer avant le plaisir.

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