Chronique

Air du temps – La Terre Sainte, 2019 années plus tard

Le « mur » érigé par Israël dit de séparation sociale, est un système de protection multicouche.

En Israël la sécurité n’a pas de prix, ou plutôt si : le pays est mis dans un environnement général tellement surveillé qu’il lui donne parfois des airs d’un immense camp de détention. La liberté sécurisée à l’ombre des barbelés en quelque sorte. Cette hantise de la sécurité a amené les dirigeants successifs à se relayer pour la réalisation du plus grand projet jamais envisagé au pays du « peuple élu » : une barrière de séparation courant sur sept cents kilomètres, et dont le kilomètre a coûté dix millions de shekels, soit deux millions d’euros.

Les partisans de cette construction utilisent la dénomination officielle de « barrière antiterroriste », ou encore de « mur de protection ». Les opposants, y compris dans les rangs des mouvements israéliens de gauche, parlent quant à eux de « Mur de la honte », de « Mur d’annexion », ou encore de « Mur de l’apartheid ». Ce vocabulaire des « anti » est catégoriquement rejeté par le politologue Gerald Steinberg qui n’y voit rien d’autre qu’une stratégie de diabolisation. D’autres milieux parlent simplement de « the Wall », une appellation toute simple, mais qui dit tout. Pour les Palestiniens, cette barrière est un « Mur de séparation raciale ». Le gouvernement israélien voit dans ces qualificatifs de la propagande, voire de la manipulation de l’histoire et de la réalité. D’ailleurs argumente-t-il, le terme de « mur » est inadapté à 95% de la construction.

Sur cette longueur en effet, la barrière n’est pas un mur, mais un système de protection multicouche de cinquante mètres de large, comprenant sur des tracés parallèles une pile de six bobines de barbelés, un fossé, un grillage muni de détecteurs électroniques, des pistes pour les patrouilles militaires, ainsi qu’un chemin de sable pour l’identification des traces. Le béton n’est prévu occuper que 5% de la longueur totale, le tout étant muni de postes d’observation tenus électroniquement.

Le tracé de l’ouvrage est complexe. Au début, il était censé suivre la « Ligne verte » de 1949 qui délimitait le territoire de Cisjordanie. Il a par la suite reçu de multiples modifications en fonction des intérêts sécuritaires ou territoriaux d’Israël. Il s’agissait notamment d’inclure les colonies de peuplement juives pour les sécuriser. Les violations des terres palestiniennes se sont, de ce fait, multipliées, dénoncées par la Cour Suprême d’Israël elle-même. En certains endroits, le tracé s’écarte de plus de 23 kilomètres de la Ligne verte qui servait initialement de référence. Mais d’autres intérêts sont aussi entrés dans la partie. C’est ainsi que le Vatican, par exemple, a demandé que les monastères et églises soient inclus du côté israélien de la démarcation pour les protéger. En 2005, Israël s’était approprié 8,5% du territoire de Cisjordanie ainsi que les quelque 30 000 Palestiniens qui y vivent.

Psychose
Certaines aberrations motivées par la seule psychose sécuritaire ne sont concevables qu’en Israël. Une ville comme Tulkarem, par exemple, se retrouve totalement enclavée avec d’un côté, un mur de séparation de huit mètres de haut, et de l’autre une « barrière d’isolement ». Dans le nord de la Cisjordanie, Qalqilya est elle aussi totalement enfermée avec ses 50 000 habitants. 45% des terres cultivées et un tiers des puits s’y retrouvent désormais du côté israélien. Les paysans doivent demander des permis aux autorités israéliennes pour accéder à leurs terres. Trois points de passage sont ouverts trois fois par jour à cet effet, pour un total de cinquante minutes. C’est contre cette injustice flagrante que le Pape François s’est insurgé en 2016, pour réclamer un nouveau tracé qui ne coupe pas les paysans de leurs propres terres. Ailleurs à Jérusalem, la barrière serpente entre les quartiers arabes jusqu’à la route menant à Bethléem.

Des observateurs croient de moins en moins aux arguments sécuritaires d’Israël concernant cette barrière. Certains y voient en réalité la future frontière voulue par Israël pour le jour où se négociera la formation d’un État palestinien. Le professeur Gadi Alga va plus loin en en subodorant une « bantoustanisation » à la sud-africaine de la Cisjordanie. Il y aurait alors trois cantons dont l’accès ne pourra se faire que par les postes de contrôle de l’armée israélienne : ceux de Jénine à Ramallah, de Bethléem à Hébron, et autour de Jéricho. L’ONU, pour sa part, a déjà condamné la barrière de séparation dans sa Résolution du 21 octobre 2003. Mais l’on sait aujourd’hui ce que valent les Résolutions de l’Assemblée générale : elles n’ont jamais pu empêcher une grande Puissance de se dire chez elle sur des îles incluses dans l’espace maritime d’un autre pays, à des dizaines de milliers de kilomètres de ses propres côtes…

Bientôt Noël. Les dirigeants de l’Autorité palestinienne, dont notamment Yasser Arafat de son vivant, n’ont jamais manqué une seule fois la messe de minuit à Bethléem. Pour le judaïsme et le gouvernement israélien, la Nativité est un non-évènement. Ils en sont toujours à l’Ancienne Alliance, quand Dieu prescrivait à Moïse « de ne jamais conclure un rapprochement avec les habitants du pays dans lequel vous pénètrerez ». Autrement dit de construire une barrière de séparation étanche « entre eux et vous ». C’est aujourd’hui chose faite.

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