Notes du passé

Difficile assimilation des Betsimisaraka

Les signes extérieurs de l’organisation des villages administratifs mis en place par le pouvoir merina sur la voie Antananarivo-Toamasina, vers la fin du XIXe siècle, semblent attester que « l’administration royale a réussi dans son désir d’assimiler les Betsimisaraka, de les élever au niveau des Merina qui ont acquis le Fahazavana ou la lumière, grâce à l’évangélisation et à l’instruction »

C’est ce que l’on peut lire dans un chapitre de l’ouvrage de Manassé Esoavelomandroso, intitulé La province maritime orientale du Royaume de Madagascar à la fin du XIXe siècle (1882-1895).

Mais en réalité, poursuit l’historien, l’existence des tanàm-panjakana révèle beaucoup plus les difficultés de l’administration royale à maintenir les Betsimisaraka dans l’obéissance que son efficacité (lire précédentes Notes).
En février 1885, en pleine guerre franco-merina, Rainilaiarivony écrit à Rainandriamampandry, gouverneur de Toamasina, une « lettre confidentielle » où il regrette que la population betsimisaraka ne suive pas l’exemple de ses dirigeants, Andriambaventy (notables, juges) ou Zanak’ Andriana (princes).

Dès le mois de juillet 1887, les Mpitantsaina ou chefs de villages de Vatomandry, présentent au commandant Rakotovao, leurs enfants, petits-enfants et sujets qui se proposent de devenir soldats. L’année suivante, le nombre de ces miaramila, soldats, augmente tellement que Rainandria­mampandry n’a aucune peine à en
installer vingt dans chaque gros village du gouvernement de Toamasina.

En 1891, l’Andriambaventy Ratsitokana, 12 honneurs, au nom de tous les Betsimisaraka et devant le peuple et l’armée royale réunis à la Batterie de Toamasina, proclame « la satisfaction pleine et entière de son groupe qui est traité par la Reine et le Premier ministre sur le même pied d’égalité que les Merina. Discours démenti par les faits», affirme Manassé Esoavelomandroso, car les Betsimisaraka ne dépassent pas le grade des 6 honneurs,
« à l’exception des Andriambaventy qui peuvent atteindre 10 et 13 honneurs ».

Ils sont, en outre, affectés à des tâches méprisées par leurs collègues merina car non rémunératrices, comme la garde des forêts, la surveillance de leurs villages, la collecte de l’isam-pangady. Aussi dès 1892, les soldats betsimisaraka quittent-ils l’armée merina aussi vite qu’ils y sont entrés.

« L’expérience d’assimiler les Betsimisaraka et de les assimiler aux Merina s’est donc soldée par un
demi-succès. »

Pourtant, dans chaque village administratif, un temple-école semble symboliser la réussite de l’action civilisatrice de l’oligarchie merina. Présent partout, un tel bâtiment témoigne aux yeux des autorités que le royaume de Ranavalona est « un royaume chrétien donc éclairé ». Mais ces établissements souffrent de la pauvreté des moyens et de l’insuffisance du personnel enseignant. En réalité « la fréquentation de l’école ou du temple relève du fanompoana. » Tout bon sujet doit alors montrer son assiduité aux offices et aux cours, et la présence est plus importante que la véritable adhésion.

L’historien explique que dans ces conditions, le fiangonana (temple) et la sekoly (école) qui caractérisent les tanàm-panjakana sont perçus par les populations locales comme des moyens supplémentaires entre les mains des autorités pour les contrôler et les tenir. C’est pourquoi ils fuient dès que l’occasion se présente.

Les tanàm-panjakana sont, à l’origine, censés regrouper les Betsimisaraka afin qu’ils puissent accéder au niveau des Merina. Mais finalement, ces villages administratifs se dépeuplent de manière sensible au fil du temps, car les Betsimisaraka les fuient malgré la paix relative et les facilités qu’ils offrent, telles la proximité du Komandy, de l’école…

Ainsi, au lieu d’être « attractifs », les villages administratifs sont « répulsifs ». Artificiels, ils n’offrent pas aux Betsimisaraka les commodités qu’ils attendent d’un village. Et d’ailleurs, soit ils se sentent étrangers à l’intérieur du tanàm-panjakana car ils y sont transplantés, soit ils ne s’y sentent pas libres à cause de la présence des signes
extérieurs et des représentants du Fanjakana, État.

Commenter

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter