Editorial

Sous doués

C’est fini. On ne verra plus les inscriptions sur grand tableau à l’entrée de certaines écoles la mention « 100% de réussite au BEPC ». La faute en est à un taux de réussite encore plus faible que le taux de participation aux dernières législatives. Autrement dit ces deux secteurs sont frappés par une forte déflation. On aimerait que cela arrive également aux biens de consommation dont les prix flambent actuellement.

Dix sept collèges d’enseignement général, public comme privé, ont été crédités de zéro réussite. Du jamais vu en soixante ans de retour à l’indépendance. C’est encore plus dramatique dans une ville comme Tana où seuls 36% des candidats ont été reçus et Toamasina où le taux de réussite tourne autour de 17%. On préfère arrêter là l’hémorragie c’est assez pour réaliser l’étendue de la calamité. On est en train de produire des citoyens sous doués incapables de distinguer recettes et bénéfices en mathématiques, féminin et singulier en français, pire de donner le sens de certains mots usuels en malgache.

Qu’il est loin le temps où la presse se focalise sur les candidats biberons en lice aux divers examens. Le Cepe à trois ans, le Bepc à huit ans, le bac à douze ans. La tendance s’est ainsi totalement inversée. À ce rythme et d’ici cinq ans on aura le Cepe à 15 ans, le Bepc à 20 ans et le bac à 30 ans si on a la chance de le décrocher au cinquième essai. Il faudra s’armer de beaucoup de patience et de courage pour décrocher un diplôme dont la valeur ne vaut pas un brin de fétu.

Une situation prévisible que ne peuvent pas expliquer complètement la longueur exceptionnelle de l’année scolaire, la grève des enseignants et des élèves de l’année passée, les réformes du calendrier scolaire, le programme sectoriel de l’enseignement…

Dans le passé, quels que soient les aléas dans l’enseignement, on n’a jamais touché le fond. À preuve l’année dernière, malgré la longue grève des enseignants, les résultats ont été mieux que ceux de l’année précédente.
La chute est ainsi trop brusque pour être imputée à des facteurs exogènes. Elle est en réalité prévisible. Avec le recrutement massif d’enseignants sans autre qualification que l’ancienneté dans la médiocrité, on devrait en arriver là. On avait tiré la cloche d’alarme dès qu’on commençait à recruter dix mille enseignants Fram en 2014. En 2018, l’État s’enorgueillit d’avoir embauché quarante mille enseignants sans diplôme. Cette année huit mille cinq recrutements sont prévus.

Dès 2016, la Banque mondiale elle même a tiré le bilan de l’opération. Le constat est implacable. Des enseignants ne sont pas aussi compétents que leurs élèves. Beaucoup ne savent pas faire une opération avec des décimaux.
Il n’a fallu donc que cinq ans pour qu’on récolte ce qu’on a semé. Plus tard le taux de réussite va davantage diminuer au niveau du bac pour tendre vers moins l’infini à l’université. On ne le dira jamais assez, c’est un crime contre la nation que de s’amuser avec l’éducation à tous les niveaux. Ce n’est pas en obligeant les enseignants à montrer pattes blanches en conseil des ministres pour pouvoir faire une mission à l’étranger qu’on trouvera la solution.

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