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Editorial

Éducation de base politique

Enfin une femme qu’il faut à la place qu’il faut. En nommant Michelle Sahondrarimalala à l’Éducation nationale, le président de la République Andry Rajoelina a voulu envoyer un message fort. Gagner d’abord les paris de l’Éducation mais aussi et surtout dépolitiser et assainir ce département gangrené par la politisation à outrance et la corruption.

Depuis la première République, le ministère de l’Éducation de base ou nationale, selon les gouvernements successifs, a été utilisé par le parti au pouvoir pour constituer une base politique. Les fonctionnaires en général et les enseignants en particulier étaient automatiquement membres du Parti social démocrate lors de la première République. Un gage de victoire aux élections. Une tradition perpétuée par Ratsiraka pendant l’époque socialiste où l’Arema puisait ses militants parmi les enseignants. Albert Zafy n’a pas eu le temps d’en faire autant pendant son court règne. Mais Marc Ravalomanana ne s’en privait pas en créant le TIM Fanabeazana, regroupant le personnel enseignant sous sa coupe tout en prônant à cor et à cri la dépolitisation de l’administration.

Par la suite, même si le parti au pouvoir n’a pas daigné mettre la main sur le département de l’Éducation, le ministre nommé a fait sa priorité la politisation du monde éducatif au profit de son parti.

Du coup, les attributions principales du ministère ont été reléguées au second plan. Les tournées politiques ont occupé la majorité du temps des techniciens et des enseignants. Même le programme scolaire a été politisé de manière à inculquer certaines idéologies aux élèves. Voilà comment on en arrive à la situation actuelle.

Le président de la République a donc assigné une mission sacrée au nouveau ministre, qui était auparavant une femme de confiance du Président qu’on connaît par ses compétences, sa pondération, sa clairvoyance. Elle devra donner un grand coup de balai dans ce département qui s’occupe de la base du développement. Le laïus du Président hier a été en grande partie consacré à l’Éducation. C’est dire l’attente qu’on a du nouveau ministre.

C’est d’autant plus vrai que ce département est également réputé pour être le théâtre de malversations diverses. La cantine scolaire, la réhabilitation ou construction d’infrastructures, l’achat de matériel didactique, la nomination ou l’affectation des enseignants font régulièrement l’objet de complaintes pour corruption ou de détournement de deniers publics.

Pour la première fois donc, une pure technocrate sans étiquette politique malgré son appartenance à l’entourage présidentiel, va prendre en main la destinée de l’Éducation nationale. Elle peut faire une véritable purge pour se débarrasser des éléments nuisibles accumulés depuis des années dans ce département si elle veut réussir sa mission. Femme tranquille mais déterminée, préférant la force des idées à la puissance du biceps, elle va jusqu’au bout de sa conviction, jusqu’au terme de sa vision pour faire de l’Éducation ce qu’elle n’a jamais pu être depuis 60 ans.

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