Editorial

Opac

Le Pole Anti-Corruption continue sa chasse aux gros poissons. La célèbre entrepreneuse Claudine Razaimamonjy, égérie de l’administration Rajaonarimampianina était à la barre, hier. L’audience était publique mais curieusement elle a été interdite à la presse. Les journalistes ne font donc pas partie du public. Alors que tout le monde avait accès au procès, les journalistes se voyaient bloqués à l’accueil par un personnel zélé. Ils ont été traités comme des moins que rien par les responsables à l’entrée qui leur réclamaient une invitation. De vives altercations ont eu lieu , le personnel ayant visiblement assimilé les journalistes aux prévenus au point de se montrer inflexibles et impitoyables malgré l’intervention du procureur du PAC. Bizarre pour une juridiction qui prétend jouer à fond la carte de transparence. Comment peut-on accorder crédit à une juridiction censée lutter contre la corruption qui refuse qu’un procès soit assisté par la presse? Du jamais vu. Même le procès Ratsimandrava avait été public et fut retransmis en direct sur les ondes de la radio nationale malgré le contexte de guerre civile qui menaçait et la tension extrême qui entourait le procès. En quoi le procès de Claudine Razaimamonjy constitue-t-il un danger pour être fermé à la presse? L’accès à l’information trouve là la parfaite expression de sa difficulté.

On peut trouver réponse dans le verdict prononcé par le PAC. Claudine Razaimamonjy a été condamnée pour complicité. Qu’importe l’ampleur de la peine. L’auteur principal du crime n’a donc pas été inquiété. On dit qu’il s’agit d’un ou des ministres ou d’anciens Premiers ministres dont le statut fait que leur jugement est du ressort de la Haute Cour de Justice. Ils pourraient donc ne jamais être inquiétés. D’habitude, le code pénal est d’interprétation stricte. Quand un crime n’a pas d’auteur, on ne peut pas condamner un complice. C’est d’autant plus vrai que Claudine Razaimamonjy n’est pas un fonctionnaire d’État pour être accusée de détournement deniers publics. Elle n’est qu’une entrepreneuse ayant obtenu des marchés publics. Que les travaux aient été mal faits ou fictifs, il s’agirait alors d’un autre délit et non de détournement de deniers publics.

Les échanges entre les juges et l’accusée, entre l’avocat de l’accusée et le pouvoir public, entre le réquisitoire et la plaidoirie auraient pu permettre justement aux journalistes d’en savoir un peu plus sur les détails de l’affaire au lieu de devoir se contenter des bribes d’informations ou de communiqué officiel comme c’était le cas sur le détournement de fonds à la Croix-Rouge où tous les accusés ont été uniformément condamnés alors qu’ils n’avaient pas le même niveau de responsabilité ni le même niveau de culpabilité. Mais, il semble qu’on empêche la presse de tout savoir et de bien savoir. C’est bien de sévir et de punir les coupables. C’est mieux de faire les choses dans les règles de l’art et dans les normes requises. Difficile de réussir sa mission quand tout l’environnement est Opac.

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