Notes du passé

Deux jours à rendre visite aux mânes des ancêtres

Avant toute cérémonie royale nécessi tée par un événemen t important, le Mpanjaka antankarana doit demander la bénédiction de ses ancêtres dans les grottes de la falaise de l’Ankarana. Ce qui est le cas le vendredi 2 septembre 1949, en vue d’élever le mât du pavillon détruit en 1947 durant l’affaire MDRM.

Quand les danses sacrées au rythme guerrier sont terminées, tout le monde, le Mpanjaka Mohamad Tsialana III en tête, quitte Ampamahambahiny, se dirige vers le nord, traverse la rivière de l’Ankarana sur un tronc d’arbre branlant et pénètre dans la grotte qui mène au cirque de l ‘Antavy où sont  enterrés Andriantsirotso et Lamboeni. Mais selon certains observateurs, ce sont les cercueils qui y sont déposés, car les An tankarana décédés n’étaient pas enterrés avant l’islamisation de leur pays. Les princesses portent les « Tsontso» et autres objets consacrés. Il faut entrer dans les grottes, vêtu d’un pagne et non de pantalons ou de culottes. Les Européens se passent seulement l’étoffe sur les épaules pour que les ancêtres ne les confondent pas avec les Hova à cause de leur teint clair.

Avant d’entrer dans la grotte, le Mpanjaka annonce que les Hova, Antemoro, Betsileo, Betanimena et les Antankarana descendants de Njakalagnitsy, « le traître qui a livré le passage aux soldats hova », ne doivent pas entrer. « L’on marche dans les éboulis du mur que les Hova d’Ambohimarina avaient construit en 1835-1837 pour bloquer le roi Tsimiaro. » Cinq minutes plus tard, on franchit une espèce de porte naturelle très étroite, « passage obligé où les Antankarana avaient arrêté les ennemis ». Finalement, au bout de dix minutes, à la lueur des torches de feuilles de latanier, tous accèdent à une ouverture donnant sur le cirque à ciel ouvert de l’Antavy.

Écoutons Maurice Vial raconter ce qu’il a pu y voir. « Dans la partie inférieure de la grotte, la plus spacieuse, ont lieu à nouveau les danses sacrées et les « Rary ». Ensuite l’on monte à une sorte d’étage où, dans le flanc du rocher, est enterré Tsialana Ier. Le cérémonial habituel se déroule, mais en plus, il est déposé dans la tombe l’étoffe blanche, cousue le matin. En effet, ce roi mourut d’une maladie contagieuse, la petite vérole, et fut enterré enveloppé simplement dans une étoffe, sans cercueil. »

De là, on gravit d’autres marches « jusqu’au cercueil de Tsimiaro posé sur le sol et protégé de l’humidité par des tôles sous un porche naturel. Derrière, l’on a mis un vieux fauteuil qu’il affectionnait». Dans son invocation, Mohamad Tsialana rappelle que c’est ce roi qui a signé le traité de 1841 avec les Français. Et comme il a aussi été le premier à être converti à l’Islam, avant de partir tous récitent la Fatiha.

D’autres auteurs apportent plus de précision sur ces « visites royales ». En fait, elles se pratiquent en deux jours. Le premier jour, un vendredi, se déroule à Ambatoanjahana et les soins des visiteurs sont particulièrement concentrés sur la tombe de Tsialana Ier. « Car c’est grâce à lui que la royauté est tombée à la lignée issue d’une femme, Sozo, l’aînée de Lamboeni. » On y trouve aussi les rois Tehimbola et Boanahajy. Puis le lendemain, samedi, l’on se dirige à Nosy Ankarana où repose Tsimiaro Ier, héros de la résistance antankarana contre l’occupation merina: « Il avait consacré 50 ans de sa vie contre les Merina. »

De retour à Ampamahambahiny, le Mpanjaka, sa suite et les assistants y passent la nuit suivante pour littéralement « faire dormir la prière » (mampandrijoro) et ne rentrent à Ambatoaranana que le lendemain.

Les mêmes auteurs indiquent que les rois Tehimbola et Boanahajy ont été également enterrés dans l’Antavy, mais leurs tombes ont été violées et détruites par les Hova, ainsi que celles de plusieurs princes. « Elles ont été bouchées et personne n’y va plus. » Il existe d’autres tombes de nobles ou de princes dans toute la falaise, mais aujourd’hui, « ne s’y font enterrer que ceux qui sont restés païens ».

Le roi Tsialana II, musulman de naissance, fait construire en 1905 un Mausolée familial sur une colline, au nord d’Ambatoaranana, vaste enceinte en pierres (Anjombavola, au palais d’argent) où il est enterré à l’angle nord-est et où reposent depuis lors tous les princes et princesses, parents très proches du Mpanjaka.

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