Des filles mineures travaillent dans l’industrie du sexe, que ce soit dans la rue ou sur les réseaux sociaux. Une opération organisée avec la police de la capitale le justifie. Prostitution enfantine ou exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales. Ce sujet mérite une enquête en cette période de lutte contre le travail des enfants prononcée à la 111e Conférence internationale du Travail, à Genève, la semaine passée. Avec le feu vert du directeur de cabinet du ministère de la Sécurité publique, Mandimbin’ny Aina Mbolanoro Randriambelo, une opération avec la police a pu être réalisée pour tirer quelques renseignements intéressants. Avec la police des mœurs et de la protection des mineurs (PMPM), le service de l’information, de communication et des relations avec les institutions (SICRI) les hommes du commissariat du premier arrondissement (CSP1), nous nous sommes donnés rendez-vous, le 14 juin, à 19 heures, à Analakely. Cinq travailleuses de sexe dans le secteur ont été embarquées et emmenées à l’Hôtel de Police, à Tsaralalàna pour un entretien d’une quarantaine de minutes. Elles sont âgées de 19 à 25 ans. Certaines d’entre elles ont commencé à prendre place à Analakely avant 18 ans. [caption id="attachment_148448" align="alignleft" width="519"]
L’opération menée avec la police, à Analakely, le 14 juin.[/caption]
Violées
« Aujourd’hui, les nouvelles filles sont nombreuses par ici et elles sont mineures. La majorité d’entre elles sont bien plus grandes qu’on ne le croit. Elles ne vont plus à l’école. D’autres sont sur les réseaux sociaux. Elles font du plan (prostitution en ligne), mais nous, non », révèlent les filles. Elles reconnaissent être exposées à toutes sortes d’insécurité en se tenant debout dans la rue toute la nuit, endurant les grands froids et parlant à des inconnus. Mère de trois enfants, dont le plus petit a, à peine, huit mois, F. raconte que sa collègue et elle avait déjà été volées et violées. « Un malfaiteur nous a trompées. Il voulait coucher avec nous en promettant 50 000 ariary. Il avait dit que la chambre se trouve à Behoririka. Or, une fois là-bas, il nous a entraînées dans un couloir où il nous a dépouillées de nos téléphones et de nos chaussures. Il nous a menacées avec une bouteille de bière. Il a arraché nos vêtements et nous a violentées », décrit-elle. Toutes les cinq ont expliqué avoir du mal à trouver un emploi décent. Elles sont prêtes et pensent quitter la prostitution quand elles auront amassé assez d’argent permettant de créer une nouvelle activité. Le problème financier est la principale raison qui les a plongées dans ce dur travail. Pour certaines, leurs maris les ont quittées et elles doivent nourrir toutes seules leurs enfants. Elles sont confrontées à d’autres formes de violence et de harcèlement dans la société. Le ministère de la Santé publique, celui de la Population, celui du Travail et des Lois sociales se chargent des actions de prévention, de sensibilisation et de prise en charge des victimes. L’Organisation internationale du Travail qui n’arrête pas d’évoquer le sujet, avait déjà établi en 2014 un programme international qui mise sur l’éducation pour aider surtout les enfants victimes de la prostitution à construire leur vie. [caption id="attachment_148447" align="alignleft" width="449"]
Le commissaire de police Hassan Mouigni, chef de la Division Cybercriminalité.[/caption] COMMISSAIRE HASSAN MOUIGNI - Des mineures se cachent derrière les réseaux sociaux Chef de la division Cybercriminalité de la Police nationale, le commissaire Hassan Mouigni a parlé de la prostitution juvénile et enfantine suivant les données disponibles et les quinze années d’expérience puisées à la PMPM. D’après lui, l’évolution technologique n’a pas rendu leur tâche facile. « Si nous voyons la réalité sur le terrain, nous pourrions être induits en erreur en pensant qu’il n’existe plus de mineures dans la prostitution. Or, elles sont nombreuses derrière les réseaux sociaux où elles se sentent beaucoup plus en sécurité et dans la discrétion. Le principal problème est que ces enfants-là ne pensent jamais qu’elles sont victimes. Elles prennent seulement en compte les intérêts. Et personne ne porte plainte », explique-t-il. Des clients trouvent des filles mineures par l’intermédiaire de masseuses majeures qui se regroupent et louent des appartements privés.
Projet obscène
L’existence des réseaux interactifs et sites web pornographiques, comme stripchat ou le fameux call rose, a attiré des proxénètes malgaches. Les prédateurs sexuels que la Cybercriminalité a déjà ciblés, étaient tous des Français. Le commissaire Hassan a révélé un dossier que son département a traité cette année. Le délinquant sexuel vit à La Réunion. « Il a parlé à une femme qui pratiquait le téléphone rose. Il voulait des photos nues et vidéos de mineures. Alors, elle a commencé à filmé quatre enfants de sa famille, âgées de 5 à 12 ans. Plus tard, elle a trouvé une autre fille. Celle-ci a fini par entrer en contact direct avec le client qui a promis de venir au pays, de louer une villa pour son projet obscène. Le quidam lui a même offert un téléphone, un Redmi Note 10 », raconte-t-il. « L’intermédiaire, elle, était jalouse de la supposée réussite de l’enfant qu’elle a proposée au pédophile. Puis, elle a créé un compte fake pour publier ses photos nues sur Facebook. C’est à ce moment-là que les parents de la jeune fille ont déposé plainte pour diffamation. Si nous étions restés à la diffamation, notre enquête n’aurait pas abouti. Heureusement, nous avons fouillé le portable de la proxénète et avons découvert plusieurs vidéos et photos, des preuves concrètes », conclut le commissaire Hassan Mouigni. [caption id="attachment_148485" align="alignleft" width="493"]
Rose de Lune Rejojoarisoa, juge des enfants au tribunal de première instance d’Antananarivo.[/caption]
Interview - ROSE DE LUNE REJOJOARISOA « Six mois à cinq ans de prison ferme… », prévient-elle
Ces dernières années, le tribunal a reçu d’innombrables signalements sur les violences faites aux enfants, dont leur exploitation sexuelle. Rose de Lune Rejojoarisoa, juge des enfants auprès du tribunal de première instance d’Antananarivo, nous a accordé une interview, le 15 juin, dans son bureau, à Anosy.
- Hajatiana Léonard (H.L) : Quel est l’âge d’une personne qu’on appelle « enfant », selon nos textes ?
- H.L : Que pourriez- vous nous dire au sujet du travail des enfants ?
- H.L : La prostitution des mineures, parlez-nous de l’état de la situation.