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Nouvelle revue trimestrielle – Autocritique de la magistrature

Un jeune magistrat, rédacteur en chef de la nouvelle revue du ministère, met le doigt dans l’œil des maux qui minent la Justice.

Dans le monde de notre justice, les intègres et les corrompus se croisent. Le constat de Firiana Ranesa, magistrat, mais aussi rédacteur en chef de « Justice », la nouvelle revue trimestrielle du ministère de la Justice se veut sans complaisance aucune pour le corps auquel il appartient. Dans un article intitulé, tout simplement, « Notre Justice », le magistrat décrit les maux qui minent le monde de la justice, mais ne manque pas de souligner l’existence de « personnes qualifiées qui travaillent en toute intégrité » dans le secteur.
Dans la litanie des mauvaises choses vient, évidemment en tête de liste, la corruption. Le magistrat dénonce notamment ces « personnes exerçant dans le monde judiciaire (qui) ont décidé de faire de la justice, et surtout de leur fonction, une entreprise personnelle qui fait des bénéfices », ou encore celles qui « profitent de leurs fonctions pour soutirer de l’argent aux usagers du service ». Il regrette alors que des « magistrats soient taxés de corrompus, les avocats d’arnaqueurs », tandis que les greffiers jouent le rôle de rabatteurs et les pénitenciers marchandent chaque traitement de détenus ».
Mais Firiana Ranesa ne manque pas non plus de mettre à l’index le manque d’indépendance de la justice. Une situation parfois due à la présence au sein de la corporation de « personnes peureuses et carriéristes qui ne pensent qu’à leurs intérêts ». Du coup, « pour conserver un poste, beaucoup cèdent à la pression et à la soumission », souligne-t-il. Il reconnaît néanmoins que cette situation peut aussi être due à « la façon de gérer les carrières professionnelles » dans le milieu de la justice. « Aucun des corps et des organes de
gestion existant au sein du ministère de la Justice ne dispose d’une politique de gestion de carrière claire et fiable », déplore-t-il.

De l’espoir
Parmi les regrets du jeune magistrat figure également le manque de motivation de ceux qui intègrent le monde de la Justice. Certains « font de la justice le domaine privilégié de la famille pour travailler », souligne-t-il. D’autres ont juste « eu de la chance d’être admis à un concours ». Puis, il y a « ceux qui veulent éviter le chômage, ceux qui veulent se faire de l’argent, et ceux qui sont portés par leurs ambitions ». Mais il y a aussi ceux qui lui donnent des raisons d’espérer : « des personnes qui veulent (réellement) être  au service de la justice ».
Car tout n’est pas noir dans ce milieu. « L’espoir est quand même permis », soutient-il néanmoins. Des « bonnes volontés » existent. La revue étant celle du ministère, il ne manque pas de glisser que « les responsables entreprennent plusieurs efforts pour reconquérir la confiance de la population envers la justice ». Mais Firiana Ranesa entend surtout louer ces « personnes (qui) assurent leurs fonctions en toute dignité et (qui) aspirent à redorer
l’image de cette noble institution », « ces personnes qualifiées qui travaillent en toute intégrité » et qui continuent d’y rester, quitte à subir « l’humiliation d’être dans le monde de la justice ».
Ces personnes, estime le rédacteur en chef de Justice, « constituent l’avenir d’une justice saine, crédible et indépendante ». Et il ose espérer que celles-ci triompheront de l’affrontement entre le bien et le mal qui règne au sein de la justice et que « le peuple malgache aura de nouveau confiance en la justice ».

Bodo Voahangy