Investissement chinois - Contestation bouillante à Soamahamanina


Les habitants de Soamahamanina contestent fortement un projet d'exploitation minière chinoise. Expro­priation, un contrat opaque et des suspicions de complicité d'autorité locale exacerbent la situation. Seuil critique. La scène vue, hier, laisse craindre que cette localité sise dans le district de Miari­narivo, de la région Itasy est au bord du soulèvement populaire. En cause, les habitants de la commune de Soamahamanina et ses environs qui contestent d'une manière virulente un projet d'exploitation minier d'environ trois hectares. Selon les explications recueillies sur place, la société chinoise Jiuxing mine a obtenu une autorisation d'exploitation émanent du Bureau des cadastres miniers de Madagascar (BCMM), le 5 novembre 2015, après la cession du permis de la société Tanety Lava. L'exploitant est, alors, autorisé à chercher or, argent, fer, plomb, zinc et béryllium pour une durée de 40 ans. Et à voir les scènes sur les lieux prévues pour le projet, l'opérateur semble en passe d'engager le travail, avec tout le matériel nécessaire, dont des camions, des réservoirs d'eau et plusieurs groupes électrogènes, ainsi qu'une tractopelle ont été aperçus sur les lieux. C'est sans compter sur une virulente opposition des habitants. Le principal objet de contestation est l'expropriation de paysans. Des tombeaux seraient, aussi, compris dans la zone d'exploitation de la société chinoise et risquent d'être rasés. D'autant plus qu'il a été constaté, hier, que l'accès à la zone n'est pas autorisé au premier venu. « La société Jiuxing mine a reçu ses documents d'autorisation quinze jours après mon entrée en fonction. Ils me les ont montrés et comme le feu vert a été donné par l'État central je n'ai rien pu faire. Leur autorisation concerne l'exploitation de deux zones, dont l'une dans la forêt de Tapia, sur lequel j'ai formulé une opposition auprès de l'Office national de l'environnement (ONE) », a soutenu Téophile Rabesa­halasoa, maire de la commune de Soamaha­manina. Galvanisés Des personnes ont affirmé, hier, que la zone d'exploitation couvre une large majorité de la forêt de tapia. Aux yeux des profanes, une telle situation pourrait rendre discutable le permis environnemental du projet. Il ne fallait pas compter sur les dizaines de chinois présents sur place pour apporter des explications. Outre la barrière linguistique, la presse n'est, visiblement, pas la bienvenue sur le site strictement gardé par des éléments de la gendarmerie nationale. L'usage des forces de sécurité publique sur un tel lieu paraît aberrant, étant donné, le niveau d'insécurité dans la région Bongolava, voisine de l'Itasy. La tension entre les opérateurs et les habitants de la commune Soamaha­manina pourrait expliquer cette présence militaire. Aucun employé malgache n'a, du reste, été aperçu sur le site, même les manutentionnaires. De tels investissements devraient, en principe, être des opportunités d'emplois pour la population locale, surtout, que plusieurs paysans pourraient se retrouver sans activité, une fois leurs terres définitivement happées par le projet. Pour faire valoir leurs contestations, les habitants de Soamahamanina ont tenu une manifestation dans toute la ville, hier, allant même jusqu'à bloquer durant plusieurs minutes la circulation sur la route nationale 1. La journée de manifestation a coïncidé avec la clôture d'une assemblée générale de Justice et paix où il été, notamment, déclaré par monseigneur Jean Claude Randrianarisoa, évêque du district de Miari­narivo : « L'église ne fait pas de politique, mais elle vous encourage, vous les laïcs à en faire. Faites de la politique pour le bien être commun, pour défendre l'intérêt du pays. Ce que je vous demande c'est : qu'importe ce qui se passera, restez solidaires ». Galvanisés par les propos des prélats présents et ayant pris la parole à l'issue de la messe de clôture de l'événement, la manifestation qui s'en est suivie a été jusqu'à remettre sérieusement en cause la quiétude de la ville. Pour tempérer la situation, les élus locaux, copieusement hués et malmenés par la foule n'ont trouvé d’autre solution que la création d'un comité comme porte parole des habitants. Garry Fabrice Ranaivoson
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