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Chronique

«Sosoa» au Nuoc’Mam

«Annales de l’Université de Madagascar» : des publications qui firent la réputation d’excellence de l’Université sise à Antananarivo, avant que la science et son partage ne soient victimes des contraintes budgétaires dans les comptes de l’Éducation, de l’Enseignement et de la Culture, d’autant plus scandaleuses que des largesses incompréhensibles flattaient une clientèle moins intellectuelle.

1973, millésime du numéro 16-17 des Annales série «Médecine et Biologie» que j’ai sous les yeux. Les conséquences économiques de l’héroïque année 1972 n’allaient pas se faire sentir aussitôt. Mais, dans le texte des contributions, se dessine une réalité implacable qui n’avait pas attendu 1972-1975, il est vrai.

L’article qui m’intéresse, déjà entrevu dans le Bulletin de l’Académie malgache puisque la communication y avait été faite le 15 mars 1973, s’intitule «Le Nuoc’Mam dans le traitement de la malnutrition de l’enfant», par MM. Razanamparany (M.), Mark (J.) et Rakotoarimanana (D.R.).

C’était une époque bénie de la disponibilité des outils de décision et d’analyse avec, par exemple, l’existence de statistiques pour les années 1967, 1968, 1969, 1970, 1971 et 1972, dans le service Pédiatrie de l’Hôpital Général de Befelatanana.

Une première définition peut surprendre : «le terme de la malnutrition groupe divers troubles provoqués par un déséquilibre de l’apport alimentaire, soit par excès (obésité…), soit le plus souvent par défaut (rachitisme, anémie ferriprive, etc…)» (p.29) ; avant qu’une précision ne rende les choses plus familières : «Dans les pays africains et malgache, la malnutrition porte essentiellement sur l’insuffisance de l’apport calorique (marasme ou «alofisaka» en malgache) et protidique (kwashiorkor ou «alobotry»)».

Ce qu’on a pu entendre de l’époque «idéalisée» d’avant 1972 est mis à mal par un constat clinique : «Le taux de mortalité dans la tranche d’âge de 1 à 4 ans passe pour être le reflet fidèle de l’état de nutrition d’un pays : depuis 1947, ce taux ne cesse d’augmenter à Madagascar» (p.30).

L’essai de supplémentation du riz («vary sosoa») par le Nuoc’Mam dans la prévention de la malnutrition chez l’enfant fut effectué du 1er août au 31 décembre 1972, sur 26 enfants malnutris (12 garçons, 14 filles), âgés de 5 mois à 4 ans. On déplora 2 décès sur 18 chez les cas de marasme pur ou de kwashiorkor pur et 4 décès sur 8 chez les cas de forme mixte protéino-calorique, mais ces taux (23%) étaient moindres que la moyenne de létalité (34%) chez les autres enfants qui ne bénéficièrent pas du traitement au Nuoc’Mam (p.37).

«La malnutrition aggrave l’évolution des autres maladies (affections digestives, rougeole, affections respiratoires) et entrave le développement intellectuel et constitue une grave menace pour l’avenir d’une nation» (p.31) : la lutte contre la malnutrition est oeuvre de défense nationale.

En 1972-1973, le Nuoc’Mam ivoirien dénommé FINUMA était vendu à 500 FMG le litre tandis qu’un Nuoc’Mam chinois était proposé à 245 FMG la bouteille de 750 ml. Le kilo de viande ou de poisson revenait à 200 FMG, et un oeuf valait de 15 à 20 FMG. Les prix actuels de Nuoc’Mam (7500 ariary la bouteille de 125 ml) ou de sauce poisson (5500 ariary le flacon de 200 ml), tous deux produits en Thaïlande, témoignent de la hausse continuelle des prix entre 1972 et 2021. Rapportés aux prix de la viande de porc (28300 ariary le kilo) ou d’un oeuf (700 ariary), l’apport protéinique de cet «autolysat naturel de protéines de poisson» semble avoir conservé un bon rapport qualité-prix.

Le Nuoc’Mam est d’emploi commode : nul besoin de manipulation puisqu’il se mélange directement au riz. Le Nuoc’Mama ne bouscule pas non plus les habitudes alimentaires traditionnelles puisque l’alimentation à base de riz est conservée : ce qui est aux antipodes de certaine invite incongrue à s’alimenter en concombre de mer…

Alors que le Sud de Madagascar est confronté à un kere, structurel parce que de cause climatique, mais qui ira en s’empirant ; que dans les campagnes on se contente toujours du basique plat de riz sans supplémentation, matin-midi-soir ; que le prolétariat urbain est exposé à un risque d’entrave intellectuelle par malnutrition, il faut faire large diffusion des conclusions de cet article de 1972 : «Le Nuoc-Mam suffit souvent à réparer l’anémie de la malnutrition protidique» (p.36) ; le Nuoc’Mam a une bonne teneur en sels minéraux et vitamines (notamment B12) (p.39) ; «Le Nuoc’Mam améliore la valeur biologique du riz, la supplémentation par le Nuoc’Mam transforme le riz en aliment de haute valeur biologique intéressante sur le plan protéinique» (p.40).

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