Editorial

Billets mal acquis

Détournement de fonds par ci, détournement de fonds par là. La presse en fait son choux gras ces temps-ci. Les vaccins, les deniers publics, le patrimoine de l’État font partie des cibles de ceux qui croient plus malins que les inspecteurs, les contrôleurs et les censeurs de l’utilisation de l’argent de l’État. On comprend pourquoi, malgré les milliers de millions de dollars et d’euros engloutis par les bailleurs de fonds dans l’économie depuis presque un demi-siècle, la pauvreté n’a cessé d’empirer. À croire que les détournements ont toujours eu lieu et les bailleurs de fonds ont laissé faire. Beaucoup de projets ont été initiés dans divers secteurs comme la santé, l’éducation, l’agriculture, l’environnement, le transport, l’industrie, l’administration… mais il semble qu’on n’a pas fait un pas. Des écoles sont toujours en nombre insuffisant de même que les hôpitaux, le rendement à l’hectare reste insignifiant, la déforestation galope et les lémuriens disparaissent, les routes se dégradent, la corruption gangrène l’administration. On manque d’enseignants qualifiés, de médecins, d’ingénieurs, de leaders…
Par contre, la pauvreté ne concerne que les pauvres puisque le marché de l’automobile et le bâtiment n’a jamais été aussi florissant. L’immobilier est un secteur en plein boum et la vente de ciment atteint des sommets inimaginables. L’argent des bailleurs est-il alors détourné pour servir un autre domaine ? C’était déjà arrivé dans les années 90 quand le financement d’un projet avait atterri dans le compte d’un concessionnaire de voitures.
L’État dit avoir changé les traditions dans l’utilisation de l’argent de l’État dans le confection de la nouvelle loi de finances en mettant fin à la gabegie généralisée. Le montant du budget est fixé à 8607 milliards d’ariary soit une augmentation de 750 milliards d’ariary par rapport à la loi de finances initiale. Pour le moment, aucun détail supplémentaire n’a été livré sur la répartition du budget par département ministériel et par institution. On se demande tout simplement comment on va financer cette hausse alors que la croissance a été maintenue à 5,2% . En attendant davantage d’éclairage, une transparence ne serait pas de trop dans les dépenses entreprises par l’Etat alors que le budget n’a pas encore été validé par la Haute Cour Constitutionnelle. C’est bien de faire l’acquisition de plusieurs hélicoptères ou d’autre matériel, il ne suffit pas de dire qu’ils vont servir l’intérêt national, il faut apporter toutes les informations nécessaires sur leur prix, leur financement, leur contrepartie. On n’est plus en période de Transition où il n’y avait aucune caméra de surveillance autour du pays, que tout était permis même vu. C’est le moindre respect vis à vis des contribuables et des citoyens. On avait reproché à Ravalomanana d’avoir acheté un jet présidentiel de 62 millions de dollars sans mentionner ni le prix ni l’origine de l’argent. On refait exactement la même chose. Le crime est le même en dépit de la finalité de l’achat.
On ne peut pas lutter contre la corruption, anéantir la concussion en œuvrant dans une totale opacité sous prétexte qu’on est un nouveau président visionnaire préférant l’acte au verbe. L’exemple vient d’en haut comme on dit et ce n’est pas parce qu’on achète un bijou pour rétablir la sécurité qu’on est sans tâche. C’est d’autant plus douteux que l’achat de trois vieux Alouettes durant la Transition avait défrayé les chroniques à l’époque dans les médias internationaux. Tout finira par se savoir. Ce n’est qu’une question de temps et pas forcément d’argent.

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