Chronique

Madagascar : pays de l’EVASAN pour un AVC

Les dirigeants malgaches ont pris l’habitude de se faire soigner à l’étranger. En 2019, un ancien président de la République, médecin de profession, est même décédé dans un hôpital de La Réunion, un «simple» département français mais manifestement équipé de tout ce que les gouvernants successifs ont oublié de doter les hôpitaux malgaches. Une «EVASAN» pour un bête «AVC». Dans une Chronique du 11 juin 2007 (il y a treize ans), je notais que Fidel Castro a été opéré dans un hôpital cubain, par un chirurgien cubain, plutôt que d’être évacué à Moscou ou Pékin.

Arrivé à Antananarivo le 26 septembre 1896, le général Gallieni créait une «École de Médecine» dès le 11 décembre 1896. Pour donner un ordre d’idée de ses priorités, pour l’époque : c’est seulement le 2 janvier 1897 qu’il signa la naissance d’une école, «Le Myre de Vilers», pour la formation des fonctionnaires de l’administration. La santé publique, d’abord.

En 2015 et en 2016, l’ONG Mercy Ships avait envoyé à Madagascar un bâteau-hôpital pour prodiguer des soins médicaux et pratiquer des actes chirurgicaux au port de Toamasina sur des patients préalablement détectés dans une dizaine de villes malgaches, et victimes de fistule obstétricale, fente labiale, diverses tumeurs, cataracte, pied bot. Une troisième mission était prévue pour 2020, mais le calendrier reste suspendu à l’évolution mondiale du coronavirus.

En 2016, lors du salon des produits indiens à l’Hôtel de Ville d’Antananarivo, le «Kokilaben Dhirubhai Ambani» de Mumbai (Inde) était venu vanter son activité : bilan général de santé, depuis le cancer jusqu’à la chirurgie plastique, en passant par la cardiologie, la pédiatrie, la neurologie, l’orthopédie, l’osthéopathie. Chez notre petite voisine, l’île Maurice, beaucoup de Malgaches fréquentent la «Fortis Clinique Darné» de Curepipe, fondée en 1953, et qui revendique une centaine de médecins spécialistes : chirurgie cardiaque, endocrinologie, diabétologie, maladies cardio-vasculaires, rhumatologie, etc.

Le 15 novembre 2019, l’OCDE publiait les statistiques pour l’ensemble des pays membres (26 pays d’Europe, 2 d’Asie, 2 d’Amérique du Sud, États-Unis, Canada, Israël, Turquie, Australie, Nouvelle-Zélande). Quelques enseignements intéressants : l’espérance moyenne de vie est de 81 ans malgré une prévalence de l’obésité et du diabète et la progression des maladies respiratoires (grippe et pneumonie) notamment chez les personnes âgées ; un décès sur trois est dû aux AVC et un décès sur quatre est lié au cancer ; les pays qui consacrent des dépenses plus élevées à la santé comptent davantage de médecins (moyenne de 3,5 médecins pour 1000 habitants) et d’infirmiers (moyenne de 8,8 infirmiers pour 1000 habitants) ; il est possible de mettre en place une couverture universelle (ou quasi-universelle) pour un éventail de services essentiels même moyennant un niveau comparativement faible de dépenses de santé.

Si les dépenses de santé se situent à une moyenne de 8,8% du PIB, les États-Unis y consacrent 16,9% du PIB, la Suisse 12,2%, l’Allemagne et la France 11,2%. Les pays scandinaves réputés pour leur modèle social s’inscrivent dans la moyenne haute : Suède 11%, Danemark 10,5%, Norvège 10,2%, Finlande 9,1%. Pour Madagascar, les chiffres indiquent 3% du PIB consacrés à la santé chez une population dont l’espérance de vie plafonne à 65/68 ans (OMS, 2014).

La promotion du «Vita Gasy» (produire Vita Gasy, consommer Vita Gasy) ne doit pas oublier la case Hôpital public. Le confinement universel dû au coronavirus est un moment propice à actualiser de vieilles réflexions et à mener des actions bien actuelles.

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