Notes du passé

Une bonne impression qui cache la triste réalité

Deux vieilles images de Toamasina telle qu’elles illustrent une carte postale.

LOrsque Jacques Albant débarque à Toamasina, au début des années 1940, il a des idées préconçues. L’« Ile heureuse » pour lui se traduit par ce qu’il voit de prime abord : la mer légère et pure, les villas claires bien abritées, les palmiers au bord de la route, des fruits pleins les rues, le temps au beau fixe, des « indigènes » robustes à l’allure nonchalante.

Quelques jours plus tard, au cours d’une visite approfondie de la ville, la réalité lui saute aux yeux.
« Je rencontrais une Ramatoa qui portait un enfant sur son dos enveloppé du lamba traditionnel. Je lui demandai de poser l’enfant à terre pour prendre une photo, elle fit non de la tête. Comme j’insistais, un vieux Malgache intervient et soulevant le lamba, me montra les jambes de l’enfant : maigres et faibles, elles étaient paralysées !

J’étais si peu préparé à cela, dominé par des impressions si superficielles, baignant dans l’euphorie, que j’en fus saisi. Le vieux Malgache m’expliqua que de tels cas étaient nombreux. »Jacques Albant se renseigne auprès d’une femme âgée, depuis quelques années dans le pays où elle est connue pour son franc-parler. « Dans ce domaine comme en beaucoup d’autres, bien peu de choses ont été faites. » Affirmation confirmée par la lettre de Sœur Lagleize de Taolagnaro qui écrit à Mme de Saint-Mart, épouse du gouverneur général de la Colonie et présidente de l’œuvre de la Goutte de lait.

« Nous venons de recevoir de petits jumeaux dont la maman est morte. Ils vivront, j’espère, et grâce à vous. Par ailleurs, une maman grande et forte nous apporte son bébé de deux mois. Elle n’a plus de lait parce qu’elle n’a plus à manger. Les deux ainés sont maigres et mourant de faim. Je donne du lait pour le bébé et la femme, rude, me dit : Vous avez fait vivre mon fils. Donnez-moi de quoi manger et je nourrirai mon enfant. C’était logique, mais je n’avais pas de quoi la nourrir, elle. »

Pour Jacques Albant, l’impulsion aux œuvres sociales doit être donnée. À Antananarivo où il s’installe quelques mois plus tard, il a l’occasion de le constater. Outre l’assistance médicale indigène, il existe à l’époque, une œuvre privée, la Goutte de lait malgache, qui deviendra la Croix-Rouge. Sa création remonte à 1920, mais tous les moyens et les activités sont nettement insuffisants.

Une visite à l’hôpital de l’organisation est édifiante.On n’y trouve que cinquante cinq lits pour cinquante mille consultants chaque année et, depuis longtemps, les médecins réclament l’extension de l’institution. En vain. Son budget est assez maigre car l’œuvre est peu connue.

« Il a fallu quelqu’un qui la reprenne en main, qui intéresse le public, qui sache secouer la poussière des
dossiers ou des bureaux, qui l’anime enfin. »

Quand Mme de Saint-Mart vient à Madagascar, début 1943, une somme importante est réunie pour pouvoir augmenter les secours en conséquence. On redouble d’efforts, le comité de la Goutte de lait et les bonnes volontés répondent à l’appel de la nouvelle présidente qui sollicite de nouvelles subventions, organise des fêtes dont certaines connaissent un succès considérable, obtient de nouveaux dons réussissant à recueillir une somme énorme en 1944.

En même temps, la parité constructive se développe : les distributions de lait sont doublées, celles de vêtements
triplées, celles de tissus augmentées dans toute l’ile, portant à quarante deux le nombre de Gouttes de lait. On connait l’importance de la santé de l’enfant, des repas sains et chauds pendant l’hiver et pour maintenir les scolaires dans une bonne condition physique. Des cantines sont instituées dans quatorze établissements du 1er degré pour la distribution journalière d’un repas chaud complet pendant toute la saison froide.

Les colonies de vacances gratuites, supprimées depuis 1938, sont rétablies. En novembre et décembre 1944, une centaine d’enfants sont envoyés à Foulpointe au bord de la mer. Ils sont habillés entièrement, la nourriture servie est abondante et tous les pensionnaires prennent du poids au bout de huit jours. À partir de Pâques 1945, la colonie de vacances de Foulpointe recommence à fonctionner pour recevoir cinquante enfants par mois.

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