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ONG – Éducation – Des jeunes démunis sur la voie de la réussite

Chaque samedi et pendant les vacances,  les bénéficiaires du centre se réunissent pour différentes activités.

«Education for Madagascar» scolarise des enfants démunis à Ambohibe-Ilafy. L’initiatrice des activités, Jackie Sutter, est satisfaite des résultats obtenus jusqu’ici.

Chaque samedi et pendant les vacances,
les bénéficiaires du centre se réunissent pour différentes activités.

Dix ans d’investissement dans le domaine de l’éducation et une pluie de « success-stories ». Jackie Sutter, fondatrice de l’Organisation non gouvernementale « Education for Madagascar », finançant la scolarisation d’enfants démunis du village d’Ambohibe-Ilafy, en témoigne. Cette ONG offre une chance de réussite pour des jeunes démunis. « Concrètement, je touche des mains les progrès des enfants. Chaque fois que je reviens ici, ils ne sont plus pareils, ils sont différents. À commencer par les tout-petits, ils sont ouverts aux nouvelles technologies, ils s’expriment en français et ils l’apprennent à leurs parents », témoigne cette dame qui réside en Angleterre.
Elle pourrait citer de nombreux success-stories. « Ma plus grande joie est la métamorphose d’une éducatrice. Elle s’appelle Michou Andriamalala. Quand je l’ai rencontrée, elle avait 16 ans. Maintenant elle en a 19 ans, je crois. Elle est arrivée chez nous comme éducatrice bénévole. Son changement est important. Au début, elle était très réservée, très timide, mais aujourd’hui, elle prend des responsabilités, elle devenue un leader », enchaine-t-elle. La fondatrice de l’ONG considère ces changements des enfants éduqués et des éducateurs juniors devenus éducateurs confirmés, comme ses plus grandes réussites.

«Education for Madagascar» compte soixante bénéficiaires pour cette année scolaire 2018-2019. Ils fréquentent les écoles du village et des établissements d’enseignement supérieur à Antananarivo. Ainsi, Michou Andriamalala poursuit des études dans une Business School de la capitale tandis qu’un autre éducateur, Mahery, suit des cours en énergies renouvelables à l’Ecole supérieure polytechnique de Vontovorona.

« Au début, le projet était destiné à des enfants de 4 à 18 ans. Actuellement, il est également ouvert à ceux de plus de 18 ans. Nous payons les frais de scolarité de ces jeunes de plus de 18 ans. En contrepartie, ils sont promus éducateurs, car notre ONG ne fonctionne qu’avec des bénévoles », précise Jackie Sutter.

Jackie Sutter, la fondatrice de l’ONG
Education for Madagascar.

Initiative familiale
Tout a commencé il y a dix ans. En 2009, Jackie Sutter et sa famille ont financé la scolarisation d’une vingtaine
d’enfants à Ambohibe-Ilafy par leurs propres moyens. Il s’agissait donc d’une initiative familiale venue « tout naturellement », comme elle ne cesse de le préciser.

« Dans notre famille, on a toujours aidé quelqu’un. Mon mari a été éducateur spécialisé dans une association lorsqu’il avait vingt ans. J’ai également initié quelque chose du genre quand j’étais plus jeune. En fait, tout le monde en Angleterre propose des heures de service en faveur de la communauté. Ainsi à l’école que fréquentent mes enfants, il faut effectuer cent heures de bénévolat. Tant qu’à le faire, comme je suis de Madagascar, je l’effectue ici. On le fait au nom de la famille, pour les enfants », indique Jackie Sutter.

Puis, en 2015, l’ONG Education for Madagascar a vu le jour. « Inclure tout ça dans le budget de la famille dérègle un peu les choses. Il faut séparer les dépenses. Peut-être, lorsqu’une structure bien spécifique existera, on pourra réfléchir un peu plus sur le financement et aller plus loin », ajoute-t-elle.

Les jeunes d’Education for Madagascar bénéficient d’iPad pour leurs études.

Tout avait commencé quand cette famille « cherchait un terrain où elle pourrait s’installer pendant son séjour à Madagascar ». Jackie Sutter a eu la préférence pour un lopin sis à Ambohibe-Ilafy. La mère de famille a alors été frappée par la pauvreté des habitants du village. « On s’est rendu compte qu’ils étaient très pauvres, parfois les enfants ne vont pas à l’école. Donc, on s’était dit que si on payait les frais de scolarité des enfants et si on aidait les parents, alors ces derniers enverraient leurs progénitures à l’école. Je pense que la scolarisation est obligatoire à Madagascar, mais ça c’est théorique. En réalité, en milieu rural, c’est autre chose. Là-bas, les enfants travaillent », fait-elle remarquer.

L’ONG compte, actuellement, quarante membres. Toute la famille Sutter avec l’appui de leurs amis, de plusieurs

bénévoles, se mobilise et s’investit pour que les activités de l’ONG réussissent.

L’apport de tout un chacun compte beaucoup dans la réussite des activités de l’ONG.

Méthodes d’enseignement

Le siège d’Education for Madagascar se trouve à AmbohibeIlafy. Il s’agit d’un centre ouvert le samedi et pendant les vacances. Il est fermé pendant les jours où ses bénéficiaires vont dans les écoles du quartier. « Le samedi on effectue des soutiens de cours, car, selon les écoles, les niveaux diffèrent. Parfois il faut vraiment recommencer, surtout au niveau des langues, le français et l’anglais », indique Jackie Sutter.

Diverses activités sont proposées, à savoir, l’apprentissage des langues anglaise et française, la santé, la préservation de l’environnement, etc… L’ONG dispose de vingt iPad pour aider les jeunes à mieux avancer dans leurs études. Certains éducateurs suivent des cours dans une grande école de formation de la langue anglaise. Les soutiens sont, en outre, appuyés par Francine Ratsimbazafy, directrice du lycée Chateaubriand. Avec ses riches expériences de vingt-cinq années dans le domaine de l’éducation, la formation est au « top » au centre de l’ONG. « Il n’y a pas de miracle, il faut que l’enseignement soit de qualité », indique Jackie Sutter.

Michou Andriamalala a participé à l’Young Africa leadership initiative en Afrique du Sud, en septembre 2018.

Témoignage – Michou Andriamalala :
« On s’entraide pour grandir ensemble »

J’ai connu «Education for Madagascar» grâce à ma tante, en septembre 2016. À l’époque, elle était la première responsable de l’ONG à Madagascar. Je venais de rater mon bac cette année-là, car j’avais rencontré beaucoup de difficultés au lycée. J’habitais en-dehors de la ville et le rythme de vie était difficile.

J’ai commencé par donner des cours de français et d’anglais à une trentaine d’enfants. Ce n’était pas facile pour une jeune fille de 17 ans de gérer cela mais je voulais être une modèle. Les enfants me consideraient comme une personne très compétente et ils attendaient beaucoup de moi. Dans ce genre de situation, on ne peut que donner le meilleur de soi-même.

Quand on te considère comme quelqu’un de compétent, dans mon cas, j’ai tout fait pour améliorer ma capacité d’adaptation, ma capacité de donner aux autres, surtout le partage. Apprendre à partager, c’est la clé pour avoir un monde meilleur.

Depuis que je suis bénévole à Education For Madagascar, j’ai beaucoup donné aux autres, mais à mon tour, j’ai beaucoup reçu. En aidant les autres, j’ai pu moi-même m’aider. J’ai participé à YALI (Young African Leadership Initiative) en septembre dernier pour apprendre sur le Leadership en Afrique du Sud. C’était une expérience qui a vraiment marqué ma vie.

Actuellement, Michou Andriamalala suit des études dans un grand établissement d’enseignement de renom à Antananarivo. « Bien sûr je n’aurai jamais pu m’offrir ce genre d’éducation sans avoir parcouru ce chemin », reconnait-elle et poursuit : « Mon rêve, c’est de pouvoir offrir à mon tour ce genre d’aide à beaucoup d’enfants Malagasy. Grâce à mon travail à l’ONG, je suis devenue quelqu’un qui aime mon pays. Mon plus grand rêve, c’est de voir un Madagascar qui brille, et que ses jeunes réussissent et soient cultivés ».

Selon elle, de nombreux jeunes bénéficiaires de l’ONG ont beaucoup évolué depuis son existence.
« On s’entraide pour grandir ensemble. Tous les samedis, ou chaque fois que je les rencontre, j’apprends toujours quelque chose d’eux aussi. Il faut croire qu’ils nous apprennent d’autres points de vue. Pour moi, Education For Madagascar constitue une famille. En fait, il existe beaucoup d’autres jeunes bénévoles comme moi. C’est une expérience très enrichissante d’être bénévole. J’invite tout les jeunes à rejoindre cette route. On a tendance à imaginer que l’on n’a rien à partager, mais au fond, on en a bien plus que l’on ne pense », conclut-elle.

Quelques personnalités féminines invitées au centre de l’ONG Education for Madagascar lors de la célébration
de la Journée mondiale des droits des femmes.

Les femmes à l’honneur

Education for Madagascar a célébré la Journée internationale des droits des femmes dans son enceinte à Ambohibe-Ilafy, d’une façon particulière, le 8 mars dernier. Le grand événement a vu la participation d’artistes de renom comme Fanja Andriamanantena, Imiangaly, de médecins, de politiciennes, d’enseignantes, des mères des bénéficiaires et des femmes partenaires de l’ONG dans sa mission. Elles ont toutes pris une part active lors de la célébration de cette journée.

« Les femmes malgaches disposent d’une multitude de lois pour défendre leurs droits. Toutefois, par ignorance ou par le poids d’une tradition silencieuse installée dans la société depuis des décennies, le quotidien n’est pas gai pour certaines, principalement celles en milieu rural », indique le communiqué publié dans le cadre de cet événement.

Plusieurs thèmes ont été abordés le 8 mars, dont des conseils d’ordre médical, des formations sur les maladies sexuellement transmissibles, l’éducation, la violence à l’encontre des femmes.

La famille et l’équilibre

Education for Madagascar élargit ses interventions auprès des jeunes. Elle complète son programme avec l’école des parents. « On a besoin de voir les parents, premièrement, pour être en phase sur ce qu’on dit, et en deuxième lieu, pour connaître leurs points de vue », indique Jackie Sutter. Pour elle, l’équilibre mental chez les enfants passe par la famille. « On ne remplacera jamais la famille », continue-elle.

Plusieurs thèmes sont proposés. Ils sont basés sur la santé et l’hygiène. « On pourrait expliquer aux parents, par exemple, que les enfants doivent se brosser les dents. Des réflexes évidents mais qu’il faut rappeler. On doit faire des rappels sur l’hygiène corporelle et dentaire, etc… L’état de santé des enfants vient d’abord de l’hygiène : si leurs dents sont cariées, c’est qu’ils n’ont pas eu de suivi. Ils se brossent les dents au centre mais est-ce qu’ils le font chez eux ? Ça coute moins cher d’acheter de la dentifrice et une brosse à dents que de soigner une dent cariée », indique Jackie Sutter.

L’ONG souhaite aussi mettre les choses à leurs places au sein du noyau familial, et donner aux parents de l’autorité.
« On apprend aux jeunes le respect, mais parfois quand ils savent plus que leurs parents, le respect s’estompe. Ce n’est pas parce que quelqu’un est plus instruit que ses parents qu’il a le droit de leur adresser la parole n’importe comment », spécifie-t-elle.

Les activités ont commencé depuis le 8 mars où les mères ont été invitées pour discuter de plusieurs thèmes, dont le contrôle de naissance. « La mère est la clef de voûte de l’éducation, la famille en est le support indispensable », aime-t-elle à répéter.

Les protégés de l’ONG Education for Madagascar.

Perspectives d’avenir

Jackie Sutter voit en rose l’avenir de l’ONG et de celui de ses bénéficiaires. Elle envisage de créer une entreprise sociale pour ses jeunes, plus tard.
« J’estime que notre projet d’entreprise est très importante. Je pense à ces jeunes de 18 ans qui auront 28 ans, dans dix ans. Quand ils auront cet âge-là, je les verrai dans notre entreprise sociale. J’ai envie de les garder. Bien sûr, ils ont le choix, mais on a créé un lien affectif », indique-t-elle avant d’ajouter « Il y a la partie éducation aujourd’hui, et demain, il y aura la partie entreprise ».

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