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Air Madagascar : 5R-MFA, 5R-MFB, 5R-MFT

Il y a un «affect Air Madagascar». Notre insularité y aura aidé, les avions de la Compagnie nationale devenant un morceau d’extra-territorialité, une sorte d’ambassade, un genre de consulat, mais surtout une visibilité à l’internationale pour cette île natale que nous savons pertinemment, éloignée et excentrée. La seule présence d’Air Madagascar, dans un aéroport étranger, compensait ce que Madagascar avait de transparent et d’inaudible. Face à la litanie des statistiques PIB ou PNB défavorables, devant la honte de classements onusiens ou bretton-woodsiens désavantageux, le «Voninahitra» national s’était réfugié dans ce fuselage blanc, frappé d’un logo familier, et surligné du nom Air Madagascar, en lettres capitales, à la taille maximale.

L’exacerbation de cet affect participe clairement d’une posture identitaire. Celle-ci ne se soucie pas de rationalité économique et n’a cure de justifications techniques. La moindre question Air Madagascar est un plébiscite de chaque instant depuis près de soixante ans.

L’officialisation d’une période trouble pour Air Madagascar a réactivé notre sentimentalisme nostalgique. Le premier Boeing 707, le premier Boeing 737, le premier Boeing 747. Quand Air Madagascar allait à Milan, Singapour, Bangkok. Le «bon vieux temps» des avions achetés neufs.

Jusqu’aux appellations des avions (5R-MFA, 5R-MFB, 5R-MFT), qui sonnaient étrangement familier, comme des sobriquets qu’on accorde à un membre de la famille. Le 5RMFA, par exemple, était le Boeing 737 baptisé «Boina», qui effectua son premier vol le 5 septembre 1969, avant d’être livré à Air Madagascar le 19 septembre suivant. Véritable fierté nationale qui fut célébrée sur un timbre de la Poste malgache en 1970.

Ce 19 octobre 2021, Air Journal parle de «location avec équipage, maintenance et assurance» pour une nouvelle compagnie à naître de la fusion entre Air Madagascar et sa filiale Tsaradia. Donc, le nom Air Madagascar va disparaître, un mois après le 59ème anniversaire de la marque.

Au départ d’Ivato vers l’Andafy, Air Madagascar retardait l’expatriation. Les vexations inséparables d’un passeport déprécié étaient reléguées au plus loin, c’est-à-dire cependant guère plus que dix heures de vol. Depuis l’étranger, ce qui faisait le charme des voyages avec Air Madagascar, c’était l’accueil des navigants malgaches. Presque un rendez-vous avec de vieilles connaissances. Et l’assurance de (re)manger et (re)boire malgache. Un avant-goût de ce «Tanindrazana» dont tout bon Malgache est censé se languir.

Tout autre nom qu’Air Madagascar n’aura pas ce «riche legs de souvenirs». Malgré tous ses défauts, quant à la ponctualité, la vétusté, la cherté. Et un équipage étranger de location ne tissera jamais cet affect incompréhensible et irrationnel. Bref, amoureux.

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