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Chronique

J’étais à Miadampahonina

En 1984, le prolifique Ministre français de la Culture, Jack Lang, lançait la première journée portes ouvertes dans les monuments historiques avant que l’initiative ne s’étende à l’ensemble de l’Europe à partir de 1991.

En ce weekend, j’ai porté jusqu’aux portes d’Antananarivo cette excellente idée de «journées du patrimoine» pour partir à la rencontre d’un petit monument en péril aux environs d’Ambohijanaka. Entre le Rova d’Antananarivo et le Rova d’Ambohijanaka, il y a 9,13 km à vol d’oiseau, jusqu’à ce «ventre historique», au Sud-Est d’Antananarivo, entre l’Ikopa et son affluent Sisaony.

Selon un ancien relevé de l’archéologue Adrien Mille, «à partir d’un simple stéréoscope et d’un couple de photographies aériennes» («Les anciens villages fortifiés des Hautes Terres malgaches», Revue de Géographie, n°12, janvier-juin 1968), Imerimanjaka y «culmine» à 1280 mètres d’altitude, Alasora est guère plus élevée (1330 mètres), tandis qu’Ambohijanaka, légèrement en hauteur des champs de culture (altitude moyenne entre 1250 et 1270 mètres), est franchement surplombé par Ambohitrandriamanitra (1460 mètres).

Le premier patrimoine en péril est le «vatolampy», ces gros blocs de roches qui ponctuent le paysage des collines. Dans l’indifférence générale des autorités, ces «vatolampy» sont systématiquement pillés: les flancs Ouest d’Ambohitrandriamanitra portent les traces de ce forfait avec l’empreinte des «avalanches» dans le sol ferralitique. Espèce en voie de disparition, les «vatolampy» n’existeront bientôt plus que dans le souvenir des «Ohabolana» ou dans l’imagination des poètes.

Le second patrimoine en péril est «Miadampahonina». Une haute demeure qui aurait abrité la première église catholique aux temps héroïques (1883-1885), qui justifièrent la béatification de Victoire Rasoamanarivo par le Pape Jean-Paul II en 1989. Éloignée de la route par un dédale de «tamboho gasy» admirablement conservés, elle se signale pourtant immanquablement par son altitude sous pignon. À une époque bénie, elle servait de vigie pour contrôler les champs et rizières dont elle était le château. En fait de château, une haute Trano Gasy dont les concepteurs auraient hésité entre la dessiner en «L» classique, ou mettre sa façade en «U» dont le renfoncement conduit à un perron de trois marches de pierres: une première carrée, l’intermédiaire semi-ovale, une dernière rectangulaire. Hésitation originelle ou adjonction tardive, à l’origine d’une difformité baroque, mais qui n’est pas sans charme derrière un «lavarangana» semi-circulaire juché sur de fines échasses en pierre sculptée. Elle aura tenu près d’un siècle et demi avant que de menacer ruine, fatiguée par l’usure du temps et «manara» par la désaffection des hommes. Les derniers habitants dorment de leur dernier sommeil dans le Rova d’Ambohijanaka, tandis que les héritiers sont «montés» à Antananarivo.

Mais, avant de pouvoir admirer cette bâtisse précoloniale, on passe en revue les nombreux panneaux de «zone de développement mixte» délivrés par les communes rurales qui ont prise sur les trottoirs du bypass entre RN7 et RN2. En fait de «développement mixte», il ne s’agit que de permis de remblayer à échelle industrielle: tandis qu’ailleurs, les plus hautes autorités exaltent le Patrimoine, ici des autorités secondaires, dont l’exiguïté des locaux est inversement proportionnelle à l’étendue formidable des compétences en aménagement du territoire, achèvent de remblayer ce qui fut le lac de Dorodosy au pied d’Imerimanjaka.

À quelques jours de l’équinoxe de printemps austral, les paysans font rentrer l’eau dans leurs rizières. Le «mampidi-drano» qui n’est pas étranger au rafraîchissement sensible de la température alentour. «Oyez, bonnes gens, c’est sans doute l’ultime fois que, pour vos cimaises citadines, vous allez pouvoir photographier la cohabitation transitoire entre les rizières, asphyxiées sous les remblais, et une future usine de pâtes alimentaires ou un prochain espace de mariage sinon un imminent lotissement de l’éminent béton-roi.

Qui se souvient encore que les marais de céans abritent les sépultures en «pirogues renversées» des princesses vazimba austronésiennes qui enfantèrent les rois Merina ? Les rizières agonisent sous la terre arrachée aux collines, les «fefiloha» endiguent des cours d’eau en étiage désespéré et même dans le lit des rizières, on ne descend pas à moins de huit mètres si on veut creuser un puits. «Ventre historique» sinistré au Sud-Est de la Capitale.

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