Covid-19 dans l'Analanjirofo - Un bilan socioéconomique tolérable


La région Analanjirofo a une certaine particularité en termes de développement. La population a une double vocation, agricole et touristique, favorisée par la situation géographique de la région et son environnement encore recouvert, en grande partie, de forêts denses. Une double vocation qui a permis d’atténuer les impacts de la crise sanitaire sur le quotidien de la population. « Les activités de la région, dans l’ensemble, ont été impactées par la pandémie de coronavirus. Notamment le tourisme et l’exportation qui ont été frappés de plein fouet par cette crise sanitaire avec la fermeture des frontières et la conjoncture économique mondiale», regrette Marcellin Randriamanantena, actuel gouverneur de la région Analanjirofo. Toutefois, « l’agriculture n’est pas vraiment affectée », ajoute-t-il. En effet, le bureau de la région, a mené, avec le concours de plusieurs autres acteurs aussi bien locaux qu’au niveau national, des campagnes de sensibilisation massive sur les mesures à prendre pour lutter efficacement contre la propagation du virus. Ce, afin d’éviter justement que l’économie ne soit frappée plus sévèrement encore. Sachant que d’éventuels nouveaux confinements pourraient être fatals à la population. «Nous avons enregistré de nombreuses pertes d’emploi, notamment dans le secteur du transport, du tourisme, de l’artisanat et de l’événementiel», atteste le directeur régional de la Population, Kami Channe. Avec la fermeture des frontières et les mesures sanitaires imposées en raison de la pandémie de Covid-19, le secteur du transport et du tourisme sont les plus touchés dans la région Analanjirofo. L’ile Sainte-Marie, une des destinations mondiales des touristes, ou encore le district de Maroantsetra, ont affiché des taux de contamination assez élevés. Les hôtels, restaurants et sites touristiques ont fermé leurs portes. Ce qui a engendré un gap incommensurable pour l’économie de la région. De plus, l’insécurité a augmenté pendant le confinement, et une forte déperdition scolaire a également été constatée. Selon Kami Channe « la créativité de la population a néanmoins augmenté et se base surtout sur des activités génératrices de revenus ». C’est l’un des points positifs de la pandémie pour la région. Pour leur survie, les habitants ont essayé de se débrouiller comme ils le pouvaient afin de faire face à la crise. Inégalable Tel est l’adjectif qui reflète le mieux le potentiel économique de cette région d’Analanjirofo. La disponibilité des forêts de Masoala, Mikajy et Makira, dans les zones limitrophes aux régions Sofia, Sava et AlaotraMangoro au niveau de la forêt de Zahamena, en constitue la richesse naturelle. En tout, elle dispose d'environ 1 200 000 km² de forêts. Celles-ci jouent un rôle très important dans l’économie ainsi que dans l’équilibre climato-géographique de Madagascar. L’agriculture, forte d’un climat favorable, englobe les principales activités de sa population. « La région se distingue notamment par ses produits phares,la vanille et le girofle, mais également par d'autres produits dérivés de cette large couverture forestière dont elle dispose, entre autres, les divers épices et les huiles essentielles. L'élevage et la pêche constituent aussi un point fort de l’économie régionale », souligne le gouverneur Marcellin Randriamanantena. Le secteur agricole, l’élevage et la pêche sont, de ce fait, très dominants dans l’activité quotidienne de la population. Naturellement, les autres secteurs tels que le commerce occupent une grande place dans l’économie d’Analanjirofo puisque ces différents produits de rente sont destinés au marché aussi bien national qu’extérieur. Conscient de ce fort potentiel agricole, le gouverneur a inclus dans son programme la « Professionnalisation de la pratique de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche respectant les aspects de la réduction des risques et des catastrophes (RRC) ». Le but étant de « renforcer la capacité des paysans afin de maximiser la production et contribuer à l’atteinte des objectifs de développement socioéconomique et de croissance fixés par le gouver­nement et l’État». Actuellement, les impacts de la politique menée sont de plus en plus palpables. « Avec la saison qui marque la production rizicole, nous pouvons affirmer que la population ne rencontre plus beaucoup de problèmes », atteste le gouverneur. Avant d’ajouter que « les campagnes de la vanille et du girofle qui s’ensuivront, sont assez prometteuses ». À titre d’exemple, 500 à 800 tonnes de vanille verte sont attendues cette année. Une baisse des prix des produits agricoles mettrait ainsi en grande difficulté la population de la région. Et toujours d’après le gouverneur, «les producteurs sollicitent actuellement une révision à la hausse des prix de ces produits de rente et une intervention de l’État par rapport à cette situation ». Perspectives « L’ouverture du transport terrestre avec la région Atsinanana a atténué l’impact économique de la pandémie dans la région Analanjirofo. Mais cela nécessite des mesures strictes accompagnées de larges sensibilisations tant au niveau des zones urbaines que rurales », affirme Marcellin Randriamanantena. Le président de la République et le gouvernement auraient confié des missions importantes à la région. Aussi, le gouverneur a-t-il essayé de mobiliser toutes les entités et tous les acteurs locaux pouvant contribuer au développement. Actuellement, « nous menons des négociations avec le ministère du Tourisme, des transports et de la météorologie afin d’augmenter la desserte aérienne à, au moins, deux fois par semaine, particulièrement pour Sainte-Marie et Maroantsetra », souligne-t-il. Le but étant de redynamiser le secteur du tourisme qui est l’une des plus importantes sources de revenus des habitants d’Analanjirofo. En ce qui concerne la forte déperdition scolaire due à la pandémie, les membres de la Structure régionale de coordination des actions de Communication pour le Développement (SRCA-C4D) d’Analanjirofo, membre de la Plateforme C4D, ont mené de nombreuses activités de sensibilisation auprès des parents. « Les élèves ont rejoint petit à petit les bancs des écoles car les parents ont été convaincus de la valeur des études pour leurs enfants », certifie Kami Channe qui est également le lead technique de cette structure. Cependant, actuellement, « les gens n’arrivent plus à se projeter, ils cherchent des solutions immédiates, à court terme », ajoute-t-il. Ce qui démontre à quel point la crise a touché le quotidien de la population. La SRCA s’est alors attelée à identifier les réels problèmes de la population, et ont mené des actions sociales concordantes afin de les aider au quotidien. Ces actions se constituent notamment de sensibilisations de masse, notamment en ce qui concerne les pratiques familiales essentielles (PFE), des campagnes de vaccination avec les agents de la santé, la sensibilisation des jeunes dans la lutte contre les différents types de violences… Les acteurs au niveau local s’accordent sur le fait que ce genre de structure joue un rôle important dans le développement local et régional. La crise en a d’ailleurs témoigné. Aussi, est-il prévu, d’après Kami Channe, « d’étendre la SRCA au niveau des districts ».  

Girofle - Vers la mise en place d’une plate forme commune afin de maîtriser le prix

Analanjirofo, signifiant littéralement «  la forêt de girofliers  » est une région qui se distingue par sa forte potentialité dans la production de girofle. Cette culture de rente fait même le renom de la Grande île à l’international. Le prix du kilo de girofle a été fixé entre 13 000 à 15 000 ariary en 2020. «Nous menons des négociations visant à fixer le prix à 20  000 ariary comme le souhaitent les producteurs », affirme le gouverneur Marcellin Randriamanan­tena. Car la volatilité des prix constitue depuis toujours, un problème majeur pour cette filière. Coût qui est toutefois conditionné par le cours à l’international, sans oublier la conjoncture due à la pandémie de Covid-19 qui entraînerait une baisse de la demande. Le gouverneur d’Analanjirofo annonce néanmoins que « les négociations sont entamées pour aménager le circuit de vente de ce produit avec le ministère de l’Industrie, du commerce et de l’artisanat (MICA) ». « Il est de notre ressort de faciliter les négociations entre les cultivateurs, les opérateurs locaux, les collecteurs et les exportateurs avec le ministère de tutelle et de régulation du commerce extérieur», souligne-t-il. Le but étant toujours à ce que les producteurs tirent profit pleinement de leurs productions. En outre, « nous sommes également en pleine concertation pour mettre en place une plateforme commune afin de maîtriser le prix de celle-ci jusqu’ au mois d’octobre », indique-t-il. Ce produit est l’une des principales sources de revenu des ménages dans la région. Et durant ces trois dernières années, on a constaté une baisse de la production. Si la quantité à l’exportation était de 18 000 tonnes pendant la saison 2019-2020, elle connaîtra une baisse de 6 000 à 8 000 tonnes pour la saison 2020-2021, selon les estimations du Groupement des exportateurs de girofle de Madagascar (GEGM). Malgré cela, le gouverneur reste positif en déclarant que « pour le girofle, des milliers de tonnes sont attendues pour novembre». À titre d’information, quatre vingt-quinze opérateurs-exportateurs de girofle ont été jugés éligibles par le ministère et ont obtenu l’agrément pour cette campagne.

Huit cents tonnes de vanille verte attendues cette année

Compte tenu du climat qui s’avère être approprié à la culture de la vanille, cinq cents à huit cents tonnes de vanilles vertes sont attendues cette année dans l’Analanjirofo. Malgré la crise, la production de vanille dans la région est, en effet, plus ou moins prometteuse pour la prochaine campagne. Comme toujours, le problème demeure au niveau de la distance entre la zone de production et le consommateur final, ce qui favorise les intermédiaires. « Le prix minimal fixé pour la vanille verte n’est pas respecté. Toutefois, nous avons essayé d’approcher les opérateurs pour qu’ils se conforment à ce prix minimum de référence de 75 000 ariary le kilo pour le bien des producteurs », affirme le gouverneur de la région Marcellin Randriamanantena. Le prix de la vanille préparée est fixé à 250 dollars. Ce qui induit une perte considérable pour les producteurs en faveur des intermédiaires et autres opérateurs économiques de la chaîne de valeur. « Pour pouvoir répondre à la demande des producteurs, nous avons opté pour des négociations et des entretiens menés par la région au niveau local avec les opérateurs économiques et les collecteurs », déclare le gouverneur. Le but étant que les producteurs puissent tirer pleinement profit de leur activité. Notre interlocuteur déplore néanmoins que « les intermédiaires aient l’habitude d’avoir des bénéfices allant de 300% à 400% ». Ce qui complique davantage ces négociations.

Interview - Dr Marcellin Randriamananten, gouverneur de la région Ananlanjirofo : « Malgré la pandémie, le combat pour le développement se poursuit »

Comment avez-vous vécu la crise de la Covid-19 dans la région Analanjirofo ? Cette pandémie avait déjà atteint les Fokontany et les zones rurales les plus reculées de la région. Mais avec une campagne de sensibilisation massive, nous avons pu maîtriser ses effets négatifs sur l’activité quotidienne des agriculteurs et des opérateurs économiques locaux. La communication a joué un rôle très important. L’objectif de cette sensibilisation, effectuée avec tous les membres locaux, était d’éviter que la pandémie n’ait un impact irréversible sur l’économie de la région. Ce qu’on a encouru l’année dernière avec le confinement total décrété durant quelques mois dans la région. Cette année, malgré le nouveau variant de la Covid-19, nous avons essayé de maintenir l’ouverture avec la région Atsinanana et la région Analamanga. Le transport terrestre est opérationnel. Toutefois, nous avons dû suspendre quelques réseaux afin de réduire les risques de contamination et surtout, les impacts économiques et sociaux qui seront plus désastreux dans un scénario où l’on devrait totalement couper toutes relations avec l’extérieur. Concrètement comment avez-vous procédé dans la mobilisation des structures locales dans le cadre de la riposte à la Covid-19 ? Malgré la pandémie, le combat pour le développement se poursuit. Nous avons donc poursuivi les activités de développement en dépit du fait que le virus a atteint quatre des six districts de la région, à savoir Fenoarivo-Atsinanana, Sainte-Marie, Soanierana-Ivongo et Maroantsetra. Et en ce moment, la région essaye de mobiliser toutes les entités et surtout les responsables de tous les services techniques déconcentrés concernés afin qu’ils doublent d’efforts dans la protection de la population et de leurs activités quotidiennes contre la Covid et ses impacts. Désormais, avec les nouvelles infrastructures construites et celles qui sont en cours de construction et/ou de réhabilitation, nous poussons tous les secteurs de manière à augmenter la production locale. Notamment en ce qui concerne les cultures de rente et celles des produits vivriers. La région, en tant qu’organe de coordi­nation de développement et en collaboration avec les maires, a soutenu chaque commune dans la réalisation de ses objectifs en matière de développement. Sinon, où en est la région Analan­jirofo en termes d’écart de productivité et de revenus entre la période d’avant la Covid et aujourd’hui ? Compte tenu de la sensibilisation que nous avons menée ainsi que de la mobilisation sociale, la Covid-19 n’a pas vraiment eu de conséquences majeures, surtout par rapport aux activités quotidiennes de la population. Le secteur agricole a été plus ou moins épargné. C’est surtout le secteur touristique qui subit les effets dévastateurs de la crise, avec le confinement et la suspension des vols internationaux. Les districts de Maroantsetra et de Sainte-Marie sont les plus touchés. Des hôtels et des centres d’hébergement touristiques sont fermés temporairement et ce n’est que maintenant que certains commencent petit à petit à rouvrir leurs portes. Justement, y a-t-il des actions que la région mène pour appuyer les opérateurs touristiques ? Notre appui consiste à trouver un moyen pour redynamiser, avec le ministère du Tourisme, des transports et de la météorologie, le trafic terrestre et surtout aérien car la desserte Antananarivo-Sainte-Marie a été réduite à une fois par semaine. Il s’agit donc de régulariser les vols et de les augmenter à, au moins, deux fois par semaine, particulièrement pour Sainte-Marie et Maroantsetra. Nous avons également contacté les opérateurs qui travaillent dans le transport maritime. Nous avons négocié pour qu’ils améliorent leurs prestations de service, afin que les touristes aient l’accès et la sécurité par rapport au transport maritime reliant Foulpointe à Sainte-Marie et Maroantsetra. Des bateaux sophistiqués sont mis à disposition, pour faciliter l’accès des voyageurs et des touristes à la partie Nord de l’Analanjirofo. Nous avons également fait des regroupements des opérateurs touristiques, des renforcements de capacité de tous les hôteliers avec l’appui de partenaires comme le Fonds d’intervention pour le développement (FID) et l’Agence française de développement (AFD) pour améliorer la qualité d’accueil et la qualité des services des restaurants et des hôtels.
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