Editorial

Exécution sommaire

Un gros coup de pied dans la fourmilière. C’est dans un silence absolu que les grands responsables de la police ont écouté la liturgie prononcée par le Premier ministre Christian Ntsay hier au Centre de conférence internationale d’Ivato lors d’un atelier de concertation des grands responsables. Ils ne s’y attendaient pas du tout. Tout le monde pensait qu’il était venue pour faire de la complaisance comme cela a toujours été le cas en pareille circonstance où il s’agit de raffermir le corporatisme, de justifier la corruption, d’argumenter les exécutions sommaires, le copinage dans la promotion.

C’est justement tous ces fléaux que le Premier ministre a dénoncés sans prendre de gant. Christian Ntsay est rentré carrément dedans brisant un tabou, détruisant un mur jusque-là infranchissable, lançant un défi à tout l’ensemble de la police, objet de toutes les récriminations de l’opinion dans son comportement et sa conduite. Depuis l’assassinat en pleine audience du juge Michel Rehavana le 9 décembre 2011 par des policiers, les exactions se sont multipliées. Annoncé en mars 2017, le procès des trente-neuf policiers impliqués dans ce crime avait été ajourné sans plus reprendre. Aucun policier n’a comparu jusqu’ici.

Puis il y eu l’affaire Antsakabary où un peloton d’une quarantaine de policiers a incendié tout un village après avoir torturé la population en mars 2017. Là aussi l’enquête traîne malgré l’existence d’une vidéo qui accable les policiers. Des auditions ont eu lieu mais qui n’ont pas abouti à des arrestations encore moins à un procès.

Il y a eu d’autres exactions policières comme les exécutions sommaires d’individus non armés soi-disant bandits. Sans oublier la corruption sur les routes nationales qui a poussé les autorités à supprimer la police de la route.

On a eu beau changer le ministre de la Police nationale mais la situation reste immuable. Le système est tellement bien structuré, ses membres bien soudés qu’il est difficile pour un ministre de mettre fin à cette pratique alors que les présidents n’osent pas toucher à un bras armé du pouvoir au risque de voir son trône vaciller. Christian Ntsay est d’une autre trempe. Il fonce tête baissée là où d’autres ont la queue entre les jambes. C’est un véritable procès qu’il a tenu hier à l’endroit de la police nationale. Les charges sont assez lourdes et s’il était un juge, la sentence serait au minimum une réclusion à perpétuité à défaut d’une exécution sommaire.

Reste à savoir comment ce coup de semonce sera perçu au sein de la police nationale. C’est d’autant plus intéressant que le Premier ministre a même soumis une sorte de feuille de route assortie d’un échéancier au bout duquel des résultats devraient être palpables et ressentis par la population. Ce n’est pas trop tôt mais ce n’est pas trop tard non plus. Tout vient à point à qui sait attendre.

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