Texto de Ravel

La cour des miracles

Comme tous les vendredis, la descente du stade d’Alorobia vers le rond-point au niveau d’Ivandry accueille une petite foule assez particulière. Tout d’abord, ce jour de la semaine n’est pas anodin pour nos frères musulmans. Et généralement à Madagascar, c’est aussi le moment de la Zakât. Ce dernier est l’un des cinq piliers de l’Islam qui consiste à donner aux pauvres pour s’acquitter de l’obligation envers Dieu. Le mot zakât connu également en tant que « l’aumône légale » comprend le sens de purification, et aussi de croissance et de bénédiction. Ainsi, chaque vendredi dans tout le pays, on voit des mendiants faire la manche devant les magasins des karana.

Comme des perles d’un chapelet le long de la route, on aperçoit ces petits regroupements un peu spéciaux. Ici, le groupe des aveugles qui sont assistés par une flopée de petits enfants qui servent tristement de canne blanche. Là, la communauté des personnes avec handicaps moteurs. Plus en bas encore, celui qui est presque toujours là durant la semaine, un adolescent avec un handicap mental. Un parterre de personnes handicapées qui étalent leurs malheurs pour essayer d’attirer le regard d’un passant qui, peut-être, tendra un billet. Comme dans le film d’animation Casimodo, la cour des miracles où chacun essaie de survivre.

Il existe également une cour où les faiseurs de miracles express, miracles divins, miracles spéciaux, miracles mon ami, miracles XXL auront la bouche bée. Car là-bas, comme le dit la bible « Tu seras béni en entrant, et tu seras béni en sortant ». Tu y entres, tu t’assieds et en sortant de là, toutes tes dettes seront payées. Tu seras tellement riche que tu n’auras plus à travailler pour toute ta vie. Comme dans ces salles de cinéma où Jésus fait des visites sur commande, la seule chose que tu auras à faire afin d’assurer cette bénédiction miraculeuse, c’est de lever ta main. Lève ta main mon frère, lève ta main ma sœur et ta destinée glorieuse, faste et bien grasse sera assurée !

Une cour de miracles où les gurus, pasteurs, prêtres et autres charlatans seront estomaqués, à coup sûr. C’est là où les pires ennemis d’hier viennent manger à la même table. Ne dit-on pas toujours qu’il est important de laisser les armes à la porte du temple, de venir en frère et sœur et de louer l’éternel d’une même voix ? Alors, là-bas, dès la première rencontre, tout le monde s’est mis d’accord au point où il n’y avait qu’un candidat unique pour mener les messes à venir. Des adversaires depuis des dizaines d’années se lancent des mots doux, des félicitations car tous seraient maintenant d’accord. Une amnésie miraculeuse du fait qu’il est temps de passer à table. Les discours ont changé et ces spécialistes des vocabulaires que l’on ne retrouve pas dans les dictionnaires sont eux-mêmes des témoins vivants du miracle.

Des salaires qui s’élèveraient entre 17 millions et 36 millions d’Ariary soit entre 5 000 et 11 000 euros. Des forfaits carburants juteux de 4 millions à 20 millions en plus des frais de loyer, des indemnités en tous genres. Dans la cour des miracles de Tsimbazaza, tu y vas sans rien et tu en ressors avec l’assurance d’une vie peinarde pour les enfants de tes petits enfants. Les vieux ennemis d’hier ont été touchés par une grâce divine et soudaine. Normal, on sait tous qu’il est impoli de parler la bouche pleine.

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