Bemiray - Baleines - Des géants en danger de disparition


Alors que la saison de l’écotourisme baleinier a débuté à Madagascar, une annonce a récemment fait l’effet d’une bombe dans les milieux de la conservation de la nature. Ils sont, en effet, trois pays à n’avoir jamais cessé leur chasse à la baleine, et l’un d’eux s’est toujours réfugié derrière des arguments scientifiques. C’est ainsi que Tom Andriamanoro débute sa chronique hebdomadaire. Le subterfuge n’a jamais trompé personne, et le masque a fini par tomber, souligne Tom Andriamanoro. D’autant que le pays en question, sous prétexte plus que l’espèce n’est plus menacé, a officiellement confirmé sa décision de reprendre ouvertement une chasse commerciale à laquelle il n’a, en fait, jamais renoncé. À preuve, ses réserves de viande de ce cétacé regorgent de milliers de tonnes d’invendu… Les scientifiques distinguent trois familles dans l’ordre des cétacés, selon leur mode de nutrition : les « écumeurs » qui se nourrissent de krill en surface, la bouche ouverte à moitié. On les appelle les baleines franches. Les « fouisseurs » qui se nourrissent de crustacés dans le fond des océans, et sont représentés par les baleines grises. Les « gobeurs » dont la gorge peut se distendre pour leur alimentation. Ce sont des baleinoptères, un groupe auquel appartiennent les baleines à bosse qui viennent, chaque année, de l’Antarctique jusqu’aux eaux malgaches, ce qui représente une distance de plus de 5 000km… La taille des baleines varie entre six mètres pour les plus petites, et trente-trois mètres pour les plus grandes. La baleine à bosse qui s’observe à partir de juillet à Madagascar, notamment à Sainte-Marie, est de taille moyenne, alors que la baleine bleue est deux fois plus longue et quatre fois plus lourde. La baleine à bosse possède, en revanche, les plus longues nageoires, ce qui lui a aussi donné le nom de classification de « mégaptère », ou baleine à aile. Quant à la bosse qu’on lui attribue, il s’agit d’un renflement situé à la base de son aileron dorsal. La baleine à bosse est la plus douée dans l’art du saut, avec cette particularité de pouvoir sortir entièrement de l’eau. Cela a souvent été dit, mais il n’est pas inutile de le rappeler : la baleine, ou « trozona » en malgache, n’est pas un poisson, mais un mammifère à sang chaud qui allaite son petit. C’est au milieu du XIXe siècle que débutèrent les massacres de cétacés, et Madagascar figurait parmi les lieux de prédilection des chasseurs. Ils y opéraient surtout en trois endroits : la Baie d’Antongil, la Baie de Saint-Augustin dans le Sud, et la Baie d’Ampasindava à Nosy Be. Les progrès techniques tant en matériel de chasse qu’en moyens de navigation et de traitement des prises, tels les navires-usines, ont permis en cinquante ans de tuer, sur toutes les mers concernées, un million de cachalots, un demi-million de rorquals, trois cent cinquante mille baleines bleues, deux cent cinquante mille baleines à bosse. L’océan Indien est devenu un sanctuaire pour les baleines en 1979, et une loi internationale interdit désormais d’y tuer quelque espèce que ce soit. Depuis 1994 et sur l’initiative de la France, l’océan Antarctique, lieu de provenance de « nos » baleines à bosse, a également été décrété sanctuaire baleinier. Et pourtant, un des pays chasseurs invétérés de baleines continue à y braconner, notamment, les rorquals et les cachalots, au mépris de l’indignation quasi générale. Les initiatives pour la sauvegarde de l’Antarctique constituent une mesure capitale pour le rétablissement des populations de baleines. Car dans l’ensemble des mers, il ne reste plus aujourd’hui qu’entre 5 et 10% des populations originelles, toutes espèces confondues. Autrement dit, la cote d’alerte est largement dépassée. Nourries de krill Revenons à cette occupation bien pacifique qu’est l’observation des baleines à bosse qui débute ce mois-ci dans nos eaux. Elle offre l’occasion de donner libre cours à la curiosité d’en savoir un peu plus sur ces géants des mers. La question se pose, par exemple, de savoir si elles se nourrissent une fois « chez nous ». La réponse est non, puisqu’elles font le plein de nourriture avant leur départ en ingurgitant des quantités à leur mesure de petites crevettes appelées « krill ». Habituées des latitudes antarctiques, ces crevettes forment sous l’eau des nuages gigantesques. Les baleines ont l’art de les emprisonner en émettant des rideaux de bulles qui font office de filets dans lesquels elles viennent s’engouffrer. Autre curiosité, les baleines restent parfois immobiles sous l’eau, leur nageoire caudale étant alors la seule partie de leur corps qui reste à l’air libre. Ce comportement permet aux scientifiques d’établir la « carte d’identité » photographique de chaque baleine étudiée, car aucune caudale n’est identique à une autre. Terminons par le fameux « chant » des baleines que les plongeurs peuvent entendre à plusieurs kilomètres, et dont les mégaptères possèdent le plus large répertoire. Il se caractérise par des grognements, des sifflements, des grincements, des gémissements, des grondements, des pépiements, des ronflements. Des « phrases » forment des séquences répétées parfois pendant des heures. Rien de bien mélodieux, mais bonne écoute quand même des enregistrements effectués avec des micros étanches appelés hydrophones… [caption id="attachment_83580" align="alignleft" width="300"] La baleine bleue est l’un des plus grands sinon le plus grand de tous les animaux.[/caption] Rétro pêle-mêle - Il était une fois les Bahamas… L’année 2007 restera l’année de toutes les désillusions pour beaucoup de travailleurs malgaches qui rêvaient d’une expatriation dorée dans ce pays mythique pour beaucoup. Cette année-là, les Bahamas se classent en sixième position des paradis fiscaux avec plus de 170 milliards de dollars de dépôts bancaires étrangers, répartis dans 119 succursales de banques internationales et 76 banques d’investissement.. Les paradis fiscaux ont comme caractéristique commune le blanchiment d’argent de provenance douteuse pouvant être le trafic de drogue ou le financement du terrorisme. On les appelle aussi les « antimondes », des endroits où les dérogations sont monnaie courante et vont à l’encontre des lois reconnues et appliquées dans tous les pays « normaux ». On ne s’étonnera pas que les paradis fiscaux soient souvent le théâtre d’actes maffieux. On y ajoutera l’enregistrement offshore de navires de complaisance dont certains sont de la ferraille rouillée et hors d’âge. L’économie bahamienne dépend majoritairement des banques et du tourisme qui emploient la moitié de la population active de cet archipel de plus de 700 îles. Dans ces conditions, il est permis de se demander quel rêve peuvent bien y nourrir des travailleurs malgaches. Avec une économie dominée par seulement deux secteurs, les Bahamas n’ont guère un besoin pressant de main-d’œuvre qualifiée et de compétences particulières supplémentaires, d’autant plus que le réservoir nord et latino-américain est à proximité. Toute l’opération s’avèrera d’ailleurs être une arnaque orchestrée par un pseudo-homme d’affaires étranger. [caption id="attachment_83583" align="alignright" width="300"] Pasteur Bizimungu, ancien président du Rwanda.[/caption] Histoire - Le négationnisme, ou l’art de travestir l’Histoire L’ancien président rwandais, Pasteur Bizimungu, purgeait une peine de quinze ans de prison pour association de malfaiteurs après que son parti eut été interdit officiellement pour divisionnisme ethnique, quand il a été gracié par son successeur Paul Kagamé. Les deux hommes étaient, en fait, très proches, Bizimungu ayant même été propulsé à la présidence par Kagamé pour des raisons symboliques, : il voulait constituer une paire rassemblant un Hutu francophone et un Tutsi anglophone pour marquer la réconciliation, mais le fossé n’avait pas tardé à se creuser entre eux. Le choix de la date de sa libération, le 7 avril 2007, n’était pas fortuit, puisqu’elle coïncidait avec la 13e commémoration du génocide rwandais qui fit des centaines de milliers de morts.   [caption id="attachment_83584" align="alignleft" width="300"] L’ancien président iranien, Mahmoud Ahmadinejad.[/caption] Savoir pardonner, même si l’oubli n’est pas toujours à la portée de l’esprit humain, voilà indéniablement une vertu à ne surtout pas confondre avec cette autre attitude consistant à effacer ou travestir des pans entiers de l’histoire, pour la réécrire dans l’intérêt d’une idéologie ou d’une ligne politique particulière. À une certaine période du communisme pur et dur, les dirigeants chinois avaient l’art de retoucher les photos officielles pour en extirper les indésirables. Jean-Marie Le Pen, de son côté, a toujours minimisé l’horreur des chambres à gaz systématisées par les nazis dans leur entreprise d’extermination totale des Juifs, connue sous le nom de « solution finale ». Il parlait de simples épisodes de la guerre malgré les preuves laissées devant le monde entier par les camps de Buchenwald ou d’Auschwitz. Son parti, le Front National a mis longtemps avant de pouvoir se débarrasser, un tant soit peu, de son étiquette antisioniste et raciste, et devenir un parti de droite « normalisé » adepte d’une Europe des Nations, comme beaucoup de ses pairs européens. Un autre chantre du négationnisme est l’ancien président iranien Ahmadinejad. La démarche est la même sous toutes les latitudes quand il s’agit de « blanchir » tel acte ou tel personnage : un, exiger des preuves absolues et le nombre exact des victimes, ce qui n’est pas chose facile ; deux, défendre la thèse de la double faute, en arguant que celle dont on parle le plus a, en fait, été précédée et provoquée par une autre en amont. C’est ainsi que, concernant le Rwanda, les négationnistes soutiennent qu’il y a déjà eu des exactions ethniques perpétrées par les Tutsis avant le génocide imputé aux Hutus, quand le Front Populaire Rwandais est arrivé au pouvoir fin 1994. Le but est d’aboutir à un dédouanement des coupables et à un renversement des responsabilités. Toutes proportions gardées, ce fut le cas à Madagascar après certains évènements d’une certaine année de braise. Les « victimes » ont fini par ne plus être ceux qui fuyaient à corps perdu les exactions de tel ancien ministre, de tel gradé, ou de telle députée, mais les bourreaux eux-mêmes, sous couvert de la qualification fourre-tout de « prisonnier politique ». L’histoire est parfois faite de sang qui sèche vite et d’amnésie préfabriquée, et pas seulement dans l’ancienne Serbie de Milosevic… [caption id="attachment_83582" align="alignleft" width="300"] L’ile de Jeju est l’un des sites à recevoir le Mondial de 2001 en Corée de Sud. La construction
du Stadium a débuté en 2001.[/caption] Échange culturels - Quand Madagascar est allé en Corée Les relations entre Madagascar et la Corée, celle du Sud s’entend, sont annonciatrices de lendemains prometteurs. Elles ne sont pas le fruit d’une génération spontanée. Il a bien fallu que certains évènements aient, même indirectement, contribué à préparer le terrain. C’est le cas de cette déjà lointaine participation de la Maison du Tourisme au Festival des Iles de Jeju de 2001. En ce temps-là, que savaient les Coréens de Madagascar ? En réalité, très peu de choses. Dans le Main Hall de Jeju trônait une kora africaine avec pour légende « Instrument de musique de Madagascar ». Un peu plus loin, la photo d’une femme indienne était censée représenter le type humain malgache. Tout était à faire dans un pays reconnu comme puissance économique émergente. La délégation malgache, forte de 23 membres, comportait notamment un groupe artistique des Hauts-Plateaux qui portait à l’occasion le nom de Kanto Miray, les Hazolahy de Taolagnaro, ainsi qu’une brodeuse et un peintre sculpteur. Tous les frais de voyage étaient à la charge de la partie coréenne. Les artistes malgaches ont littéralement séduit, à tel point que, même en dehors des spectacles officiels, au restaurant ou dans la rue, on leur réclamait une danse ou une chanson. Durant les quinze jours du Festival, Madagascar a fait, à quatre reprises, la Une des journaux, et participé à cinq émissions TV. La veille du grand retour, M. Cho Si Joo du Comité d’organisation n’a pu s’empêcher de dire : « Madagascar est maintenant très populaire en Corée. Dommage que vous partiez déjà ! » Lettres sans frontières - Les indépendances tombèrent sur l’Afrique Les soleils des indépendances s’étaient annoncés comme un orage lointain et dès les premiers vents. Fama s’était débarrassé de tout : négoce, amitié, femmes, pour user les nuits, les jours, l’argent et la colère à injurier la France, le père et la mère de la France. Il avait à venger cinquante années de domination et de spoliation. Cette période d’agitation a été appelée les soleils de la politique. Comme une nuée de sauterelles les indépendances tombèrent sur l’Afrique à la suite des soleils de la politique. Fama avait comme le petit rat de marigot creusé le trou pour le serpent avaleur de rats, ses efforts étaient devenus la cause de sa perte car, les indépendances une fois acquises, Fama fut oublié et jeté aux mouches. Passaient encore les postes de ministres, de députés, d’ambassadeurs, pour lesquels lire et écrire ne sont pas aussi futiles que des bagues pour un lépreux. On avait pour ceux-là des prétextes de l’écarter, Fama demeurant analphabète comme la queue d’un âne. Mais quand l’Afrique découvrit d’abord le parti unique (le parti unique, le savez-vous ? ressemble à une société de sorcières, les grandes initiées dévorent les enfants des autres), puis les coopératives qui cassèrent le commerce, il y avait quatre-vingts occasions de contenter et de dédommager Fama qui voulait être secrétaire général d’une sous-section du parti ou directeur d’une coopérative. Que n’a-t-il pas fait pour être coopté ! Prier Allah nuit et jour, tuer des sacrifices de toutes sortes, même un chat noir dans un puits ; et ça se justifiait ! Les deux plus viandés et gras morceaux des indépendances sont sûrement le secrétariat général et la direction d’une coopérative… Le secrétaire général et le directeur, tant qu’ils savent dire les louanges du président, du chef unique et de son parti, le parti unique, peuvent bien engouffrer tout l’argent du monde sans qu’un seul œil ose ciller dans toute l’Afrique. Mais alors, qu’apportèrent les indépendances à Fama ? Rien que la carte d’identité nationale et celle du parti unique. Elles sont les morceaux du pauvre dans le partage, et ont la sècheresse et la dureté de la chair du taureau.
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