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Chronique Opinions

Fin de NOTAM pour Air Madagascar

Air Madagascar est sorti de la fameuse Annexe B, celle qui bannissait ses avions du ciel européen. C’est naturellement une bonne nouvelle, depuis le temps (avril 2011 – juin 2016) que nous sommes proprement traumatisés par cette exclusion technique, devenue curseur de bonne gouvernance. Nous en avions véritable­ment fait un enjeu de crédibilité interna­tionale, nous qui avions toujours vu en Air Madagascar le symbole de notre existence «Andafin’ny Riaka», outre-mer.
L’image est durablement écornée, les parts de marché arrachées par la concurrence, même la survie de la Compagnie fut évoquée par ceux qui ne souhaitent sa liquidation que pour mieux se repaître de sa dépouille. Le scénario de la transparence, de la cohérence, de la compétence, semble le seul à garantir le retour de la confiance. Afin que, tous ceux qui aiment Air Madagascar et se sont identifiés dans «Voron-tsara dia», puissent à nouveau en faire un objet de fierté nationale, très chauvine et très cocardière, sans risquer le ridicule de retards chroniques ou la honte de vieux coucous hors d’âge.
Cette bonne nouvelle est, cependant, annonciatrice de sacrifices qu’il va falloir précisément expliquer et dûment justifier. Car il ne faudrait pas que les efforts, menés pour sortir de cette honteuse liste, soient ruinés par un activisme syndical prenant (mauvais) exemple sur l’anarchie syndicale la plus médiatiquement envahissante du moment, celle de la France prise en otage par l’immobi­lisme du syndicat CGT.
Marche ou crève, se réformer ou mourir : ou comment en finir avec quatre décennies de procrastination. L’État malgache garde un rôle pivot et fondamental dans l’avenir qui se décide maintenant, en tenant compte des paramètres du passé et de la réalité de l’existant.
Compagnie emblématique de notre île-continent, Air Madagascar devra, cependant, sa survie, et son développement futur, à une mobilisation formidables de capitaux colossaux dont on voit difficillement comment ils pourraient être exclusivement malgaches. Ce tour de table, s’il doit associer l’État malgache et se faire avec sa caution, doit rassurer au-delà des simples jetons de présence d’un État qui n’a plus les moyens d’être providence.
Les sacrifices dont il s’agit, s’ils touchent à la masse salariale globale, ne peuvent pas épargner les dividendes indues de ceux qui ont toujours considéré Air Madagascar comme une vache à lait. Nourrir cette volonté politique et se donner les moyens de la traduire en actes, on le sait déjà, ne sera pas chose facile. Pourtant, que ce cobaye si prestigieux devienne le champ d’expérimentation d’une bonne gouvernance qui, cette fois, ne sera pas que nominale et d’incantation, et toutes les autres sociétés publiques ou à participation publique pourraient espérer pour leur propre sort. Et au-delà d’elles, c’est bien tout Madagascar qu’on regarderait autrement.

Nasolo-Valiavo Andriamihaja